Une image … une histoire : Étoile ( Partie 1)

« Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir. »

Christian Bobin

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Photo KAGAYA

Je suis plongé dans ce rêve,

Encore une fois.

Toujours le même.

Et je te vois

Je sais que c’est toi et pourtant je ne sais pas qui tu es.

Christian se réveilla avec cette sensation pénible récurrente. Il était encore une fois au bord de la nausée. Chaque fois qu’il faisait ce rêve, il avait la sensation d’étouffer et d’avoir un marteau piqueur qui lui pilonnait le cerveau. Il ne savait pas de quoi il s’agissait mais ce dont il était sûr, c’est que c’était toujours le même rêve. Il ne connaissait pas ce lieu, cette forêt immense et sombre, ces arbres qui montaient jusqu’au ciel balançant leurs cimes dans les nuages.  Il courait au milieu des futaies, sans but, mais il fallait qu’il sorte de ce bois. Il y allait de sa vie. Il entendait courir derrière lui, il fallait qu’il accélère et il ne pouvait pas. Puis il arrivait à la lisière d’une clairière, levait les yeux vers le ciel et s’arrêtait, émerveillé par la beauté de la nuit constellée d’étoiles. Il savait qu’il ne fallait pas s’arrêter, mais peu lui importait. Plus rien n’avait d’importance. Le ciel était si beau. A cet instant, il entendait un grognement sourd derrière lui, puis son propre cri qui le réveillait.

Et il se retrouvait assis au bord de de son lit, en sueur, chaque matin de plus en plus hébété.

Il essayait de vivre sa vie, malgré ces matins brumeux, malgré ses nuits d’angoisse. Il n’osait en parler à personne, dans ce monde si l’on sort de l’ordinaire, on a vite fait de vous mettre à l’écart. Ce jour-là, il n’avait pas envie de rentrer chez lui. Il acheta un sandwich et alla s’asseoir dans le square pour le manger en regardant les inconnus qui passaient. Curieusement, il se sentait en sécurité parmi tous ces gens, tant qu’il n’était pas seul, il ne pouvait rien lui arriver.  Il resta sur son banc jusqu’à la tombée de la nuit, les passants se faisant rare, il allait se lever pour rentrer chez lui quand il leva les yeux vers le ciel. Les cimes des peupliers battaient la mesure et semblaient vouloir se rejoindre. Soudain la nuit tomba vraiment et les étoiles apparurent, scintillantes et presque éblouissantes. Où avait-il déjà vu des étoiles aussi brillantes ?

Il n’eut pas le temps de se poser la question plus longtemps, il sentit son sang se glacer en entendant des pas derrière lui. Il n’osa se retourner, sentant ses jambes trembler malgré lui. Une impression de « déjà-vu » le paralysait. Il en oubliait de respirer. Son plus grand cauchemar était en train de le rattraper, et il n’avait même pas la force de se lever et de courir pour lui échapper. Sans tourner la tête, il tacha d’apercevoir d’où provenaient les bruits de pas.

Ce fut à cet instant précis qu’il entendit le grognement sourd de son rêve monter dans la nuit…

–> A suivre <–

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Journal : Inexorablement …

« In three words I can sum up everything I’ve learned about life: it goes on. » Robert Frost

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***

20 avril 2015 :

***

Un cauchemar.

Une année de violences et d’horreurs.

Quatre mois où chaque jour apporte son fardeau de mauvaises nouvelles !

Jusqu’où la barbarie repoussera-t-elle encore ses limites ?

Ce ne sont que les facettes du même mal. La pyramide tourne, tourne et sur toutes les faces, apparaît la même image.

Cette image est celle d’un monde souillé de sang, celui d’enfants martyrisés, celui d’hommes décapités, celui de femmes utilisées, celui de vieillards massacrés, celui de naufragés entassées, celui de l’ humanité disparue.

Comment pouvoir dormir si ces images défilent sous mes paupières closes ?

Fermer les yeux.

Faire le vide.

Se laisser emporter par le vent.
Suivre la ligne des vagues, oublier … ne plus rien entendre, ne plus rien voir …

***

Le bruit du ressac me berce, et je m’endors. Le vent salé me caresse. J’avance dans les vagues vers le soleil couchant.

Soudain la nuit tombe et un froid glacial me paralyse. De sombres nuages étouffent la lune. Autour de moi, la surface de l’eau devient opaque, lourde. Une odeur de mort me prend à la gorge. La mer charrie des cadavres par milliers. Ils me submergent. Je vais me noyer avec eux. J’étouffe !

Je les repousse, je m’échappe, je sors de l’eau en courant et file vers la dune. Je grimpe jusqu’au sommet, j’irai me cacher dans la pinède, ils ne pourrons pas me suivre. Mais derrière la dune il n’y a plus rien, la pinède a disparu.

Devant moi, il n’y a plus que le désert. Du sable à perte de vue, ridé par le vent, nu, brûlant.

J’avance, le soleil est au zénith. Il n’y a plus de couleur. Tout disparaît derrière un brouillard brûlant. J’entends le vent siffler, à moins que ce soit ce serpent qui ondule sous le sable…

Soudain, un mur de briques colorées se dresse devant moi. Un lion magnifique y est sculpté en relief. Il tourne la tête vers moi, rugit de toute la force de son intemporelle beauté. Puis il se détache de son support et saute sur le sable. Il s’approche nonchalamment, ouvre la gueule et se prépare à m’engloutir. A cet instant, un enfant blond, portant une écharpe blanche d’une longueur démesurée, contourne le mur et se place entre le lion et moi.

Il lève le bras, et dit au lion:

– Inutile de faire le malin. Ton déguisement ne trompe personne. Tout le monde sait que j’avais demandé à l’auteur qu’il me dessine un Mouton. Même si ses dessins sont un peu naïfs, tu n’arriveras pas à te faire passer pour un lion !

Et se tournant vers moi, l’enfant poursuivit :

– Allez, réveille-toi, ce cauchemar a assez duré. Cela t’apprendra à lire les nouvelles avant de te coucher. Tu veux qu’ils te rendent vraiment folle, on dirait ! De toute manière, tu auras ton lot de souffrances quotidiennes au réveil. Regarde vers l’horizon, le vent de sable s’est levé sur la terre. Il suffit d’attendre suffisamment longtemps, pour que le sable recouvre les joies et les tourments. La certitude est que sur cette terre, tout passera …

***

A cet instant précis, cinq heures sonnèrent au clocher de St Jacques, et je me réveillai en sursaut, couverte de sueurs et de ce qui me sembla être une fine poussière de sable …

 ***