Un été en bandoulière (4)

« J’ai rêvé d’un livre qu’on ouvrirait comme on pousse la grille d’un jardin abandonné ».

Christian Bobin

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Photo Mch grimard

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Au jardin, les pages se tournent jour après jour poussées par le vent ou par leur propre volonté.

Aucune intervention humaine n’est nécessaire, les fleurs essaiment seules et changent de place d’une saison à l’autre.

Le promeneur flâne de surprise en surprise.

Les verveines ont traversé le jardin, un érable a jailli au milieu des rosiers, la ciboulette a émigré près du laurier-sauce chassée par le thym qui préfère vivre seul.

Il suffit d’ouvrir la grille pour entendre tout ce petit monde respirer dans le vent du matin.

Chaque fois, une histoire nouvelle nous est contée. M’asseoir en silence pour écouter le souffle de la vie me chanter à l’oreille sa tendre mélodie,  est un de mes plaisirs. Le partager avec vous en est un autre, plus savoureux encore !

Partageons le plaisir  de tourner les pages de ce jardin.

En ce petit matin de juillet, poussons cette grille et imaginons la suite de l’histoire, ensemble…

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Un été en bandoulière (2)

« La respiration de l’âme c’est la beauté, l’amour, la douceur, le silence, la solitude.

La respiration de l’âme c’est la bonté.

Et la parole ! »

Christian Bobin

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Photo Mch grimard

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Le temps d’une pause

À l’ombre de l’été 

Savourons le retour du silence

À l’aube de l’été 

Admirons le chant du vent dans les fils

Au matin de l’été 

Taisons-nous ensemble

Dans le silence de l’été 

Dégustons le plaisir de ne rien faire

Dans la beauté de l’été 

Puisque la vie prends son temps

Dans la lumière de l’été 

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Variations et vibrations : le manque. 

« On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir.

Tu m’as donné le plus précieux de tout: le manque.

Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore.

Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour.

Tu as cassé les vitres et depuis l’air s’y engouffre, le glacé, le brûlant, et toutes sortes de clartés. »

Christian Bobin

(La plus que vive)

Photo m.christine grimard

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Le manque. Le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à ceux que l’on aime. L’occasion de se poser et de penser à l’autre.
L’occasion de penser à soi. De faire silence pour écouter vibrer son âme dans la fraîcheur du petit matin.

D’oublier le vacarme et la fureur pour se recentrer sur l’essentiel.

Quelle est cette quête permanente, ces besoins perpétuellement insatisfaits ? Pourquoi et de quoi le monde est-il insatiable ?

Quel est ce besoin d’exister seulement dans le regard des autres ?

Quel est ce besoin d’écraser l’autre pour mieux exister ?

Toujours plus haut, toujours plus fort.

Toujours plus vite.

Moi d’abord ! Il me faut tout, tout de suite ! Regardez-moi ! Répondez-moi !

Réagir plus vite que son ombre, répondre à toutes les sollicitations si possible sans réfléchir, à l’instinct, sur l’instant. Dans l’urgence permanente.

Être sur tous les fronts, de toutes les urgences, de tous les combats, suivre toutes les modes ou mieux les précéder, les initier ! S’acharner sur la dernière trouvaille médiatique et hurler avec les loups sans se poser de question, du moment qu’on est dans l’air du temps. Ne plus voir que l’on est manipulé, que l’on n’est qu’une marionnette parmi d’autres.

Donner de soi l’image qui vous flatte, se regarder dans le miroir de ses propres « selfies », exister seulement dans le portrait que l’autre se fait de vous. Etre tel que l’on vous imagine. Ressembler à ses « tweets » ou finir par croire que l’image que l’on dessine du bout des doigts, est plus vraie que nature.

Oublier qui l’on est derrière l’image que l’on donne de soi.

Se perdre dans l’illusion d’un monde factice.

Se suivre à la trace. Laisser ses empreintes partout pour avoir l’illusion de vivre.

Il est temps de couper les ficelles de la marionnette. Il est temps d’être de nouveau.

Je veux exister pour ce que je suis, et non pour ce que l’on imagine de moi. Je veux laisser le temps au temps qui me porte. Je veux être imparfaite et différente, rebelle et libre  de mes choix. Je veux assumer mes erreurs et mes succès, tranquillement, et m’appuyer sur eux pour aller plus loin sur le chemin de ma vie.

Je veux apprendre chaque jour quelque chose de quelqu’un. Je veux être utile chaque jour pour quelqu’un. Je veux m’oublier pour l’aider. Je veux donner plutôt que prendre. Je veux aimer chaque jour de ma vie et pouvoir en sourire chaque nuit.

Je veux avoir le temps d’exister, sentir le soleil glisser sur mon visage et la vie couler sur ma peau. Je veux croiser ton regard et goûter à ton souffle. Je veux entendre battre ton cœur dans le silence de la nuit. Je veux caresser ton regard et le laisser m’envelopper de sa douceur.

Je veux qu’aux petits matins frais, la vie qui me saute au visage, soit chaque jour un nouvel enchantement.

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Photo mcgrimard

Minute papillon (1) : Poser ses Mots sur le Monde

Principe de cette nouvelle rubrique « Minute papillon » :

  • prendre une minute pour se retourner sur une idée puis décider de la suivre
  • une minute.
  • Pas plus !
  • Top Chrono

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« Il y a dans la nature les fragments d’un alphabet ancien,

des morceaux de lettres capitales, des ruisselets d’italiques,

des grands espacements bleus de silence.

Et parfois, par on ne sait quelle grâce, plusieurs lettres s’assemblent,

des mots apparaissent avec ce qu’il faut entre eux de silence respirant,

une phrase est tracée. »

Christian Bobin

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Photo M. Christine Grimard

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Les mots coulent dans nos veines depuis la nuit des temps, la vie les a inscrits dans nos gênes à l’encre bleue nuit.

Un filament tissé de résidus d’étoiles s’enroule au cœur de nos cellules en une spirale éternelle, si l’on est attentif, on le voit briller au fond de notre regard.

Le temps n’a pas de prise sur nous puisque nos molécules nous survivront.

La poussière de nos os nourrira les fleurs de la forêt et nous reviendrons pour les admirer lorsque le cycle des saisons aura disparu.

Sur la surface de l’océan, scintille la multitude des âmes envolées, dansant légères dans la brise marine sans contrainte ni but, enfin libres.

Dans cet univers, la vie a pris tant de formes inscrites en double hélice en lettres de carbone, qu’une éternité ne suffirait pas à en explorer la diversité.

L’étendue de mon ignorance remplirait un gouffre sans fond, mais la partie infime que j’ai aperçue de cette vie, est une merveille absolue .

La vie court dans mes veines, mais où est le support de ma pensée ?

J’ai nourri mon âme d’amour, d’émerveillements et de poésie, ainsi elle sera plus légère pour s’envoler.

Parfois, durant une minute, il est bon de se taire, d’oublier les mots et de s’asseoir en silence pour admirer « ces grands espacements bleus de silence ».

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Phrases 47 : Mots d’écriture

« L’écriture est une petite fille qui parle à sa poupée.

Les grands yeux d’encre de la poupée lui répondent, et par cette réponse, un ciel se rouvre. »

Christian Bobin

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Photo M.Christine Grimard

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  • A l’encre bleue, les mots s’alignent sur la page comme des mâts ondulant à la surface de l’océan, bien protégés derrière les digues ils attendent que le vent de l’inspiration les emporte vers d’autres regards et prenant leur élan, s’envolent vers le ciel.
  • Quand l’écriture enfile ses lettres noires d’apocalypse, elle détruit l’espoir, dépèce les cœurs et crève les yeux, quand elle enfile sa robe de dentelle violette, elle caresse le visage de l’enfant qui s’endort, quand elle met ses gants blancs elle glisse doucement sur ma joue et vient mourir juste au bord de mes lèvres.
  • L’écriture est un écureuil qui saute de branche en branche aussi léger que le vent, n’ayant peur de rien, ni du vide ni de la profondeur du ciel, nul ne l’arrête ni les censeurs ni les envieux; libre, elle n’écoute que son cœur et emprunte les chemins du ciel.

 

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Note : rappel de la consigne 

Laisser les mots venir se poser sur l’écran en liberté.

Lever les yeux sur la vie, laisser les images prendre forme et simplement les décrire, comme on en ferait le portrait en quelques lignes de fusain.

Trois phrases toutes simples.

Trois images suggérées que l’on voit danser sous ses paupières lorsqu’on a fini de lire la phrase.

Trois raisons d’en rêver lorsque la page est tournée.

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Photo du jour : plage d’écriture

« Écrire comme un boxeur  enfonce le cuir rouge d’une rage dans la poitrine des anges du vide. »

Christian Bobin

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Photo M.Christine Grimard

Écrire pour s’indigner

Écrire pour s’expliquer

Écrire pour s’épancher

Écrire pour ne pas se laisser submerger

Écrire pour partir aussi loin que possible

Écrire pour dessiner un monde meilleur

Écrire pour exorciser ses peurs

Écrire pour aimer le moment qui passe

Écrire pour s’en souvenir au dernier matin

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Refermer le carnet

Laisser son esprit courir sur cette plage

Atteindre le dernier banc de sable

Se laisser couler doucement

Dans la lumière

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Phrases 41 : Mots détaillés

« J’ai tout misé sur un amour qui ne peut entrer dans ce monde même s’il en éclaire chaque détail. »

Christian Bobin

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Photo M. Christine Grimard

  • Aux premières heures du jour si tu es attentif, tu verras la lumière sublimer chaque détail et peu à peu se dévoileront les contours de ta vie telle que tu l’avais rêvée au plus sombre de ta nuit.
  • Chaque jour nous offre sa lumière et dépose sur notre chemin des signes pour nous guider sous la forme de détails parfois insignifiants, noyés sous l’abondance de l’inutilité qui nous occupe, saurons-nous les voir ?
  • Une colombe perchée sur un arbre près du portail lorsque je pars, une fleur soulignée de lumière, le chant d’une alouette, un morceau que j’aime à la radio, il me faut très peu de détails pour sourire à cette journée qui commence, très peu aussi pour que je m’en réjouisse encore quand elle finira.