Nostalgie d’automne (11) : Brassée de branches 

« On lie un fagot de branches enflammées dans le bois et la femme ou la fée qui le charge sur ses épaules paraît voler maintenant, alors que les étoiles couleur champagne s’immobilisent. »

Poisson soluble (1924), andre breton, édition gallimard, coll. poesie, 1996 (isbn 2-07-032917-8), partie 4, p. 38 – prose poetique –

 André Breton
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Photo M Christine Grimard

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Les peupliers déshabillés 

Tendent leurs branches dénudées 

Vers un ciel au bleu délavé  

Pleuplé de nuages mordorés 

Lancent une prière désespérée 

Une supplique pour les fées 

De la forêt pour conserver 

Leurs dernières feuilles encore dorées 

Aux reflets d’ocres enflammés 

Du doux souvenir de l’été 

Dans le vent d’automne, envolé.

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Nostalgie d’automne (1)

‪« J’ai cueilli ce brin de bruyère‬

L’automne est morte souviens-t’en‬

Nous ne nous verrons plus sur terre‬

‪Odeur du temps brin de bruyère‬

‪Et souviens-toi que je t’attends »‬

Apollinaire‬

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Photo m Christine Grimard

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Teintes d’automne

Du mauve des bruyères

Au roux des futaies

Couleurs de terre humide

Fragrances d’humus

Relents de labour

Mélanges de bruns et d’oranges

Saveurs de potimarrons

Nourrissant la nostalgie de l’été fini

Goût de crème de marrons

Persistant sur la langue

En attendant la saison

Des marrons glacés

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Photo du jour : Fou rire ou rire encore dans ce monde fou 

« Le dieu est un enfant qui se cache et il y a un moment où il se trahit : quand on passe près de lui, on entend son fou rire. Tu peux l’entendre dans la musique, dans le silence. Dans le bourgeon qui éclate, derrière le nuage qui passe, dans une bouche édentée. Partout.

C’est incroyable le bruit que peut faire un bouquet de fleurs dans une toute petite chambre. Elles me saoulaient. Aucune philosophie au monde n’arrive à la hauteur d’une seule marguerite, d’une seule ronce, d’un seul caillou discutant comme un moine rasé en tête à tête avec le soleil et riant, riant, riant. »

Christian Bobin 

Photo m.christine Grimard


Écouter le cœur du monde battre de joie dans la clarté d’un petit matin d’automne 

Regarder les feuilles du liquidambar se doucher dans la lumière

Et se dire que plus rien ne compte que cet instant de pleinitude où le temps prend son temps, où la vie coule de source 

Entendre le rire du monde éclater dans les remous de la cascade 

Oublier l’angoisse qui resserre ses griffes entre mes seins, oublier les horreurs promises ou redoutées 

Ne plus entendre la clameur des violences secouant le monde, en se focalisant sur le murmure des libellules en vol stationnaire au dessus de l’étang 

Avoir enfin la paix

Savourer l’instant 

Et tout oublier dans un éclat de rire 

To Do List 44 : Octobre rouge 

Photo m.ch. Grimard

Aimer l’automne pour sa flamboyance.

Apprécier les derniers sursauts d’énergie qu’offre la nature avant la grisaille à venir.

Savourer les nuances de mauve d’une salade de fruits de saison, mi-figue mi-raisin.

Prendre un café en terrasse, histoire de repousser aux calendes grecques l’arrivée de l’hiver.

Confectionner assez de pâte de coings pour tenir jusqu’au printemps.

Sortir son écharpe pour réchauffer les petits matins brumeux.

Admirer la constante de l’aube qui se cramponne à ses dernières nuances de roses avant les longues nuits de novembre.

Photo du jour : Rouge et Or

« J’aimerais vous écrire en couleurs.

Par « écrire en couleurs » je veux dire : rendre hommage à cette vie dont les chars en feu paradent sous nos yeux obstinément clos.
L’extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit.
Le Coeur – cette région non sentimentale que nous avons dans la poitrine, un volcan endormi de pensées. »
Christian Bobin

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Photo M.Christine Grimard

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Se nourrir des couleurs du monde

Les caresser du regard

En absorber les parfums

Les conserver dans ses cellules

Comme on invente sa vie

En colorier ses jours

En iriser ses nuits

Devenir artiste le temps d’un matin

Pour jouer à cache-cache

Avec la lumière

Et s’en souvenir

Les jours de pluie

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