Vases communicants de mars : Mémoire d’aube (1/2)

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants, tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand vous retrouverez la liste des échanges de ce mois

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Je remercie pour sa présence une nouvelle fois sur cette page  Luc alias Aunryz Tamel , qui anime le blog Les décourcis de Lélio Lacaille, où vous pourrez découvrir l’originalité de ce qu’il partage et que j’apprécie beaucoup.

J’ai pris un grand plaisir à réaliser ce nouvel échange avec lui et je le remercie chaleureusement d’avoir accepté de partager ses mots avec moi, à partir de l’idée de «Mémoire d’aube» illustrée par nos photographies respectives de ce moment de lumière si particulier, bien qu’il ait peu de temps libre pour le faire.

Si vous souhaitez lire mon texte, rendez-vous sur son blog, où il me fait le grand plaisir de me recevoir.

Je vous laisse juger du résultat, et vous souhaite une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

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Comment y croire

la nuit est encore si noire.

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Il a beau savoir

que la terre tourne

et toutes ces choses que ses jambes ignorent

à propos du monde des astres, des planètes, de leurs lunes

– tout ce qu’il a appris de ceux qui ont pris les mesures de l’univers –

il a beau savoir

il doute encore

.

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Tout de même

ces branches hautes

dont il commence à percevoir la présence enchevêtrée

elles pourraient le rassurer

lui donner confiance en sa mémoire d’hier

et des jours qui l’ont précédé

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non

quelque chose

dont il ne saurait dire

si elle réside en son œil

dans la paume de ses mains

ou si elle flotte tout autour de son corps

quelque chose de lui

persiste à douter

et sa crainte augmente encore à la pensée que

celle qu’il attend pourrait la ressentir

la partager

et renoncer.

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Alors

il ferme les yeux

ouvre sa bouche comme pour bailler

rejette ses épaules et sa tête en arrière

laisse glisser son esprit le long de ses joues

de ses bras, de son ventre

jusqu’à ses pieds

jusqu’à la terre

balance son crâne de gauche à droite

en dessinant de ses lèvres

les aller et retour du silence dans l’espace.

Et ce n’est que

lorsqu’il est certain d’avoir gommé

tout ce qui dans sa présence

pouvait aider l’obscur à s’accrocher au ciel

qu’il ouvre les yeux

et voit

ébahi une fois de plus

qu’elle est là.

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Texte Aunryz Tamel

Montage photo de Luc à partir d’une photo de M. Christine Grimard

La ronde de Janvier (bis) : Aube

Voici mon texte écrit dans le cadre de la « Ronde » du moins de janvier à laquelle Dominique Autrou m’avait gentiment invitée à participer. Je l’en remercie de nouveau, et publie ici ce texte pour ceux qui n’auraient pas eu la possibilité de le lire.

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AUBE

 

Aube d’hiver. Le soleil se lève en retard, nimbé de plomb.

Un silence inhabituel enserre le monde de Pierre ce matin. Une oppression monte par vagues successives et le prend à la gorge, il refuse d’écouter cette douleur. Dehors, quelque chose a changé. Il ne saurait dire quoi.

Puis il réalise. Cette atmosphère ouatée. Ce froid…

Il a neigé durant la nuit. Il entrouvre ses persiennes. Devant sa fenêtre, les branches du tilleul nues depuis trois mois, se sont parées d’hermine. En toile de fond le ciel irisé de l’or de l’aurore, forme un patchwork de pastels, déclinant son humeur du rose au mauve.

Pierre s’émerveille. Il en oublie tous ses ennuis. Il est encore là pour admirer le ciel et plus rien d’autre ne compte. Il ne veut pas réfléchir, il veut juste savourer.

Il ouvre la fenêtre. Une vague glaciale lui saute au visage. Il frissonne. Peu importe que cela soit bon ou mauvais pour lui, il restera là baignant dans cette lumière. Il s’engourdit, il se fond dans le décor. Sa respiration s’atténue, son pouls ralentit, il sent ses joues s’empourprer et ses yeux se farder de givre. Il aimerait qu’on le retrouve là, immobile statue de gel. Tout serait fini, enfin. Il s’endormirait en douceur, sans souffrir.

Il sursaute. Le réveil vient de sonner. Rappel à l’ordre, ils vont arriver dans quelques minutes. Avec leur blouson bleu à croix blanche et leur sourire de jeunes hommes en pleine santé, il aime leur intrusion dans sa vie quotidienne. Chaque matin, ils le conduisent à travers la ville vers le feu qui le soigne. Il aime leurs plaisanteries et leurs illusions de jeunesse. Ils lui rappellent ses propres folies.

Combien d’aube verra-t-il encore ? Celles d’hiver sont les plus longues à venir, celles de printemps les plus douces, mais ce sont celles d’été qu’il aimerait admirer encore une fois. Ce serait un miracle, lui a-t-on laissé entendre. Et s’il décidait de tous les surprendre ? Il suffirait de le vouloir. Il suffirait de rassembler ses forces vives pour le faire mentir ce jeune médecin si sûr de sa science…

Pierre sourit à l’aube d’hiver, et à toutes les aubes qui suivront.

Non, ils ne l’auront pas avec leur pessimisme médical, cette aube sera la première d’une longue série.

N’est-ce pas magnifique une aube d’été ?

Que disait Rimbaud, l’enfant-poète déjà ? Il cherche dans sa mémoire ses Illuminations :

« J’ai embrassé l’aube d’été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte…»

J’embrasserai les aubes qui me restent, et tant pis pour l’eau qui est déjà morte. Moi je suis bien vivant et le resterai, aussi longtemps que cette lumière me portera.

Pierre referme la fenêtre. Une colombe vient se poser sur la branche du tilleul, juste en face de lui. Elle secoue ses ailes faisant tomber la neige en contrebas. Il la regarde et l’envie, elle n’a qu’à déployer ses ailes pour que le ciel chamarré lui appartienne. Elle se tourne vers lui, cligne des paupières puis entreprend de lisser ses ailes minutieusement. Elle est blanche comme cette aube de neige, comme les blouses blanches qui remplissent sa vie, comme la page qui lui reste à écrire. Il sourit, au fond c’est un beau présage que toute cette blancheur. Il a toujours préféré le blanc au noir. Après tout, à la place de la colombe il aurait pu se poser une corneille…

Pierre sourit à la colombe, à l’aube qui flamboie, à toutes les aubes à venir qui l’inonderont de leur lumière. Pierre sourit à la vie qui coule dans ses veines. Pierre sourit à ce jour supplémentaire qui lui est donné.

C’est si beau une aube d’hiver…

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Photo M.Christine Grimard

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La ronde de Janvier : Aube

Le 15 janvier 2017, la ronde

Participant pour la première fois à la ronde à la demande de Dominique Autrou, que je remercie chaleureusement de son accueil, je vous rappelle le principe qu’il a décrit lui-même sur son blog, et que je retranscris ci-dessous :

« Principe : La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdierle promeneurquotiriens et Dominique Autrou à l’automne 2012. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite.
Pour chaque échange, un thème, un simple mot. Prétexte à un travail d’écriture pouvant prendre la forme d’un récit, une fiction, un poème, une page de carnet… »

J’ai le grand plaisir d’accueillir Franck et mon texte est publié chez Dominique Autrou

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde.

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant, par ordre du tirage au sort (un clic sur le lien de son blog libère le nom de l’auteur) : Dominique A., puis Guy, puis Jacques, puis Élise, puis Noël, puis  Hélène, puis Dominique H, puis Franck que j’accueille sur ma page

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  aube

 

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Communion solennelle

 

Trois générations autour de l’aube

Tout le monde sur son trente et un, jupes plissées, chaussures vernies, mises en pli, cravates et pantalons de costume, blazers neufs aux boutons en fer, pochette et cheveux courts, barrette et nœud dans les cheveux

Cousins cousines frères sœurs oncle tante parents grand-parents sur le gravier du parking devant la maison du lotissement au 104

Lunettes rondes trop grandes cachent la moitié du visage et le regard myope de la grande cousine, jupe presque courte à fleurs ; lunettes noires cachent le regard de la tante, rigide, sourire faible

Le grand cousin derrière, avec les hommes déjà, frange rebelle et cheveux sur l’oreille, sourire narquois

Le grand oncle, par la taille, le plus derrière, sourire franc qui montre les dents ; le grand-père, son père, un cran en dessous, même nez même regard plissé, lèvres fermées regard direct, impeccable

Le père, lèvres pincées regard au loin sourcils froncés ; la grand-mère, sa mère, le regard au loin aussi, lèvres entrouvertes, rêveuse

La mère, casque de laque Elnett, tête légèrement inclinée sourit yeux plissés comme son père, le grand-père impeccable

La sœur, coiffée à la garçonne, chaussettes jupe veste aussi blancs que l’aube du frère, petit sac à main pendant

La cousine germaine sourire coquin rotules proéminentes sous la mini jupe plissée à rayures, les deux mains sur les épaules du petit cousin, le frère du communiant, cravate de travers veston en laine gris ceinture et mains croisées derrière le dos, sourcils blancs, sérieux et fier

Le petit cousin en short, une main frottant l’œil gauche blaser ouvert déhanchement d’impatience

L’autre cousin, plus grand, yeux plissés dents en avant la main gauche tient le bord du blaser ouvert sur une cravate à losanges, genou gauche légèrement plié

L’autre petite cousine, soquettes jupe plissée chemisier blancs aussi, sourire espiègle cornet de dragées dans la main droite bague à l’annulaire droit

Le communiant oreilles décollées sourire discret empaume les épaules du petit cousin, aube immaculée enfilée sur un pantalon de costume et une chemise blanche, fier dans son rôle de vedette familiale d’un jour, victime consentante croix de bois ceinture de corde cierge en main en procession vers la transsubstantiation, intimidé.

France de De Gaulle,

…dans la candeur de l’enfance, la quatre-chevaux beige était pleine de petit gibus butinés sur le chemin de l’école. Tout en rondeur, ce vaillant petit bolide, chaussé de noir et blanc, semblait sourire sous sa triple moustache. Quatre portes s’ouvraient en opposition sur une charnière centrale comme on ouvre les bras. Sous les branchies, à l’arrière, le moteur peinait dans les côtes, poussif sous la charge pétillante. A trois sur le siège avant et un amas indistinct de membres et de cagoules sur la banquette arrière, les vitres se chargeaient instantanément d’une couche de buée qui pleurait sous les continuels essuyages des gants de laine épaisse. Nous étions aveugles dans un aquarium mouvant. Imperturbable commandant d’un navire instable, ma mère, qui était alors une géante couronnée d’un chignon vertigineux, acheminait cette marmaille vers les grilles de l’école maternelle où elle livrait sa cargaison indemne qui jaillissait de toutes parts vers les dames pipi en blouse bleu ciel, gardiennes maternelles de nos exonérations laborieusement contrôlées.

Mai de cette année là, invisible sur la toile de fond du Dimanche cérémoniel, loin de cette banlieue sage, le Monde convulsait alors, comme il convulse aujourd’hui – bombes aveugles au Viet-Nam, guerre de six jours et territoires occupés par Israël contre qui se liguait un front arabe uni, hécatombes au Biafra, la Syrie intimidée par la Russie, mur de la honte à Berlin, guerre froide, première catastrophe écologique du Torrey Canyon, assassinat en Bolivie du Che, émeutes à Detroit, push des colonels en Grèce…

Ce Dimanche de mai, loin des drames du Monde, la famille est sagement alignée pour la photo solennelle consacrant la communion du fils ainé, scarification spirituelle pour éradiquer la religion obligatoire, la fin du catéchisme et de toute pratique catholique pour la grande majorité des ouailles. Baptêmes, communions, enterrements étaient les trois motifs pour lesquels la famille au complet rentrait dans une église. Toujours en habits du Dimanche et pour immortaliser l’événement, le portrait photographique familial comme valeur cultuelle, le plus souvent exécuté par un professionnel. Passé le survol, le spectrum de la photo (Ah oui la communion solennelle de Fifi… Oh les tronches, non mais c’est moi là ?…), surgit le punctum, sensible, presque douloureux, le sourire des disparus, étrangement regroupés à droite de la photo, la grand-mère, le grand-père, l’autre cousin, les trois absents d’aujourd’hui.

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Phrases 38 : Mots perlés

« Demain, je surprendrai l’aube rouge sur les tamaris mouillés de rosée saline,

sur les faux bambous qui retiennent, à la pointe de chaque lance bleue, une perle. « 

Colette

La naissance du jour

Photo M.Christine Grimard

 

  • Demain, je relirai Colette laissant ses mots  distiller leur magie goutte à goutte dans mon esprit puis nourrie de leur sève harmonieuse, j’habillerai mes rêves de ses perles ciselées.
  • La nuit a semé des notes boisées dans le jardin, laissant derrière elle un collier de perles nacrées où les premières secondes de soleil peindront un arc-en ciel qui irisera mon petit matin de joie.
  • Perle après perle, le jardin enfile ses jours et je décore ma vie de leurs reflets nacrés pour oublier la couleur des temps difficiles.
  • Je suivrai la route de la lumière de perles en perles, de joies en espoirs, de soupirs en sourires, écoutant le chant de la pluie sur les pierres jusqu’à ce que mon esprit s’envole avec elle.

Photo du jour : Aube d’hiver 

 

photo M.christine Grimard

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Une aube glaciale

Quelques secondes

De lumière pâle

Et mon monde

Se dévoile

❄️❄️❄️

Quel artiste a créé

Une aussi belle toile

Pour nous émerveiller

Nous donner à rêver

Nous pousser à avancer

Nous aider à respirer

Nous apprendre à aimer

Notre poussière d’étoile

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Photo du jour : Genèse

Premier jour, lumière !
L’aube dispose
Son voile rose
Entre ciel et mer.

La terre encore fumante
Expire des volutes rougies.
La poussière céleste jaillit
En pluie d’étincelles vacillantes.

Pas âme qui vive
Sur cette éponge minérale
Mais déjà la beauté astrale
Brille sur l’autre rive.

Tout au fond de l’océan primaire,
La vie attend son heure.
Elle garde ses joies et ses malheurs,
Pour le temps doux-amer
Où l’homme paraîtra.

Qui vivra, verra…

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Photo d’auteur inconnu

 

Genèse / Arman Amar
genèse Arman Amar