Vases Communicants de décembre : Heur(t)s d’Instant (1/2)

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand vous retrouverez la liste des échanges de ce mois

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Je remercie pour sa présence sur cette page Alain Nouvel, qui anime le blog  Intolérable Mauron, vous pourrez y découvrir ce qu’il partage. Professeur de français retraité, ayant animé des ateliers d’écriture, il est pianiste et passionné de musique, et a publié un recueil de nouvelles: « Au nom du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest » aux éditions des Lisières.

J’ai pris un grand plaisir à réaliser ce nouvel échange avec lui et je le remercie  chaleureusement de m’avoir proposé cet échange qui m’a rendu l’envie d’écrire. Nous avons choisi le thème de « L’Instant », et avons laissé courir notre imagination à partir de photos échangées…

Si vous souhaitez lire mon texte, rendez-vous sur son blog, où il me fait le grand plaisir de me recevoir.

Je vous laisse juger du résultat, et  vous souhaite une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

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Photo M.christine Grimard

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Heur(t)s d’instants.

 

Ta main tenant

à peine

maintenant.

Hier n’est plus,

demain n’est rien.

Reste l’instant.

 

Jeudi 17 novembre 2016

Il a tourné son regard sur cette vitre-là, juste au moment où le soleil s’y reflétait. Une rencontre entre ses yeux et ce reflet. Un flash, soudain. Lui est venue l’image toujours brûlante et vive, toujours renouvelée de l’avion de ligne pénétrant la seconde Twin Tower, il a eu comme un coup au cœur. C’était peu après la rentrée scolaire, ce 11 septembre 2001. Peu après. Il faisait doux encore, il était tourmenté par il ne savait quoi, le temps qui passait, je crois. Il était professeur près d’Aix, il commençait l’année, sa fille était partie de la maison pour ses études à Lyon, il s’était senti seul, très seul. Son fils lui avait dit le matin : « Papa, viens voir ! » Et il y avait eu toute la journée, à la télé, en boucle, ces images sidérantes, qui tournaient, d’avions qui s’écrasaient, de tours qui s’effondraient, tout une Apocalypse qui lui parlait très fort sans qu’il sache de quoi. C’était il y a longtemps, très longtemps, c’était hier.

La veille de ce jour-là, il était sorti, le soir, dans le jardin, devant chez lui, il avait respiré un moment l’humidité de la nuit qui tombait, comme un parfum de temps. Il vivait à côté de sa vie, dans une vie qui n’était pas la sienne, mais il ne savait pas où aller, ni que faire pour vivre enfin ce qu’il était.

C’était le début d’un voyage, vers soi, mais ça, il ne le savait pas encore. Si jamais on pouvait savoir quelque chose comme ça. Aujourd’hui, vers où vais-je ?… En tout cas, aujourd’hui, en ayant regardé ce reflet de soleil, il entend qu’il était en partance. Le jardin doux où il vivait rendait malade celui qu’il n’était plus, celui qu’il voudrait être.

Et il y eut ce message immédiat, la table rase du 11 septembre 2001. Tout était parti de là.

texte Alain Nouvel

Photo M.Ch.Grimard

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NB : Exceptionnellement, Alain n’ayant pas la possibilité de faire paraître une photo sur son blog, je poste ci-dessous la photo qu’il m’a proposée pour inspirer mon texte .

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Photo Alain Nouvel

 

 

 

Vases communicants de Septembre : de l’océan

Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de lire le texte que j’avais écrit pour les Vases communicants de septembre, je le publie de nouveau ce matin et remercie une nouvelle fois Françoise Renaud d’avoir été à l’initiative de cet échange très agréable autour de la mer.

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Ce matin l’air a un goût saumâtre.

Ou peut-être n’est-ce que mon état d’esprit du jour…

Le vent d’ouest laisse sur mes lèvres un goût amer, un goût de rentrée !

Dernier matin ; j’ai rangé la maison, nettoyé le réfrigérateur, remisé les fauteuils de jardin, vérifié l’irrigation des hortensias, bouclé les valises.

Avant de fermer les volets sur la saison achevée, j’irai faire un dernier tour sur la falaise histoire de regarder la mer danser, histoire de ne pas oublier les heures dorées de cet été envolé.

Je sais qu’il sera là, m’attendant comme chaque matin au bord de la falaise.

Je sais qu’il me verra approcher de son regard latéral et qu’au dernier moment il poussera un cri strident pour me signifier de ne pas franchir la limite qu’il a choisi pour nos échanges.

Je m’arrêterai tout au bord du sentier et l’écouterai en silence.

Il me racontera le parfum des embruns mêlés de résine de pin, le bruit des galets glissant sous l’écume, la chanson secrète des coquillages nacrés.

Je lui dirai le sourire que l’océan dessine sur le visage des enfants, la caresse que le vent distille dans les cheveux de ma fille, le frisson du sable ondulant entre mes orteils lorsque la vague se retire.

Il m’aidera à me souvenir du temps sucré des jours de liberté.

Et quand la brume se lèvera sur la mer, je prendrai la route.

Je laisserai les kilomètres défiler et mon esprit vagabonder sur ce rivage blond.

Il me restera quelques nuits pour rêver, à plat-ventre sur le sable, le menton sur les paumes, les cheveux ondulant sous le vent en phase avec les graminées de la dune.

Il suffira de ne pas se réveiller, pas encore, pas tout de suite.

Sur ce matin de rentrée…

                                                                            Photo Françoise Renaud       

Texte M.Christine Grimard    

 

 

 

Vases Communicants de Septembre : De l’Océan (1/2)

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand vous retrouverez la liste des échanges de ce mois

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Je remercie pour sa présence sur cette page Françoise Renaud, qui anime le blog  Terrain fragile, vous pourrez y découvrir ce qu’elle partage.

J’ai pris un grand plaisir à réaliser ce nouvel échange avec Françoise que je remercie  chaleureusement. Nous avons choisi d’échanger autour du thème de la mer, thème qui me tient particulièrement à cœur…

Si vous souhaitez lire mon texte, rendez-vous sur son blog, où elle me fait le grand plaisir de me recevoir.

Je vous laisse juger du résultat, et  vous souhaite une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

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À la surface, ça court ça glisse comme sur une peau. On voit les petites langues levées par le vent puissant.
La ligne de rencontre entre ciel et mer est dure et précise, sans nuages.
Comme soulignée à la plume violette.

Les vagues s’annoncent au loin, à bonne distance de la côte. Chacune ressemble à une boursoufflure. Puis à une faille à travers le bleu brossé d’écume, à une tranchée. On y voit l’intérieur du ventre de la mer. On voit combien dedans ça bouscule et rugit, ça brasse et fracasse. Un corps d’homme serait irrésistiblement aspiré, emporté, chamboulé, avant d’être rejeté à demi-mort sur le sable.

Quand nous étions jeunes, nous enfants de la côte, nous adorions les tempêtes. Elles soulevaient des vagues énormes et remplissaient les criques jusqu’à la goule à marée haute, refoulant la marmaille estivante sur les bancs qui bordaient la corniche. Nous espérions l’orage qui ne manquait pas d’arriver autour du 15 août, accompagné d’un bref coup de vent. Ce jour-là nous enfourchions nos vélos pour gagner des rivages plus sauvages à l’écart du bourg. Plages réputées dangereuses. On ne disait rien à personne. On y allait, on déposait nos vélos à travers les genêts et on se jetait dans la bataille. Pendant plusieurs heures.
Cette ivresse à éprouver la force démente de l’eau,
le corps broyé,
les membres écartelés, la chevelure mêlée de sable et de sel.
Jusqu’à épuisement.
Chaque mur déferlant nous avalait, proposant quelque chose d’effrayant, et nous poussions des cris que nul n’entendait à cause du fracas monumental. Nous n’avions jamais peur, nous n’avions aucune mesure du danger. Parfois une vague plus vicieuse que les autres nous déportait vers la barrière noire des rochers. Nous sortions roués de coups, éraflés, ensanglantés. Nos mères nous demanderaient où donc nous étions encore allés nous fourrer. Nous dirions que ce n’était rien, ces bobos. Rien du tout. De toute façon nous nous en moquions, le paysage et le vacarme étaient nôtres, l’océan nous possédait, nous ne voulions rien d’autre qu’appartenir à ce monde qui nous avait vus naître et qui nous poussait vers l’avant avec en germe la conscience de la phosphorescence et de l’extrême beauté.

 

Texte Françoise Renaud

Photographie Marie-Christine Grimard

Vases communicants d’Août: « Là où l’on se trouve » (2/2)

Pour ceux qui n’auraient pas pu lire le texte que j’avais écrit pour cet échange de vases du mois d’août avec aunryz Tamel, je le publie de nouveau ce matin et en profite pour le remercier encore pour cet échange maritime…

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Rêver de l’été.

Rêver de la chaleur du sable, de la fraîcheur de l’océan, de la chanson des vagues sur le sable de l’estran, de la caresse du vent dans mes cheveux, du claquement des voiles à l’horizon, des gerbes d’eau sur les coques.

Rêver d’une vie sous le vent, les deux pieds rivés au bitume, la tête dans le brouillard, les yeux dans le vague.

Rêver de barques multicolores emportant leurs casiers pour la pêche aux araignées.

Rêver de marées descendantes qui emportent le nageur jusqu’à l’horizon.

Rêver de rochers découpant leurs formes fantastiques sur la pourpre du couchant.

Rêver du parfum du varech chatouillant mes narines.

Rêver de ce combat avec le vent pour rester debout sur la dune les soirs de marées d’équinoxe.

Rêver que la prochaine tempête m’emportera avec le sable pour que plus rien n’ait d’importance que le reflux de l’eau sur ma peau.

Rêver de voiles qui se tendent, de cordages qui tintent, orchestre sous le vent.

Rêver de lendemains qui voguent.

Ne plus rêver et se réveiller là-bas.

Se frotter les yeux pour en être bien sûre.

Et puis entendre, derrière les arbres du jardin, ce bruit rauque de la marée qui monte sur les galets plats. Se souvenir qu’à vol de goéland, la falaise est à deux pas…

Reprendre son souffle. Ici l’air est si léger…

Sourire et se rendormir, bercée par les vagues !

 

Photo Aunryz Tamel

texte M.Christine Grimard

Vases communicants d’août : « Là où l’on se trouve » (1/2)

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand vous retrouverez la liste des échanges de ce mois

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Je remercie pour sa présence sur cette page aunryz Tamel, qui anime le blog  Les Décourcis de Lélio Lacaille où vous pourrez découvrir ce qu’il partage.

J’ai pris un grand plaisir à réaliser ce nouvel échange avec Luc et je le remercie  chaleureusement pour avoir bravé les difficultés de connexion depuis la Calabre où il réside au moment de cette parution. J’ai apprécié son humour et ce partage poétique autour du « Lieu où nous nous trouvons » selon son idée de départ (sourire)². Je le remercie pour cette photo du Stromboli qui m’a fait m’envoler tout là-bas.

Si vous souhaitez lire mon texte, il me fait le plaisir de me recevoir sur la page du jour de son blog

Je vous laisse juger du résultat, et  souhaite une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

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vasoco aout

 

Tamel ne s’ignorait pas goutte tombée du ciel et évaporée de la terre au même instant. Mais n’en savait rien.
Il n’ignorait pas que ce corps dans lequel il avait pris place et qui, au fil du temps, s’était étendu autour de lui, ce corps était aussi celui de toutes les âmes qui l’avaient rejoint, lui permettant de devenir filet d’eau guidé par les ondulations des roches souterraines, puis source fluette, torrent, ru, rivière.
Il ne l’ignorait pas mais ne tournait que rarement sa pensée vers le destin qui l’attendait au loin – peut-être pas si loin – fusion de ses chairs dans celles d’une rivière bien plus vive en eau, dans un fleuve, et cette dissolution finale, à laquelle rien ne pourrait le soustraire, dans les pleurs du ciel et de la terre.
Il ne l’ignorait pas, mais tout au contraire s’apprenait à aimer ce que parfois il entendait nommer la mort, et qu’il percevait comme un instant, une éternité de repos. Un retour, dans l’isolement que procurerai l’immensité de l’océan, à cette goutte qui, dans l’ivresse de la fuite tumultueuse  sur les millions de formes de la vie, dans le bonheur de cette chute sans fin, s’était un peu oubliée
Une éternité de repos avant le retour au ciel et les retrouvailles de la terre.

Texte aunryz Tamel

Photo M.Christine Grimard

Vases communicants : Un jour, la nuit (1/2)

Pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de lire mon texte écrit pour la journée de partage des « vases communicants » de ce mois avec Dominique Hasselmann, je le publie de nouveau. J’en profite pour le remercier pour sa photographie et pour cet échange agréable autour de nos textes et de la nuit…

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Photo Dominique Hasselmann

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La nuit est à moi.

J’aime sa lumière glissant sur le bitume. J’aime l’ombre des arbres qui cache les immeubles, l’instant où la ville reprend son allure de jungle. Quand les hommes se taisent et disparaissent, l’instant où la ville bascule de l’autre côté du miroir. La rue devient un fleuve où les phares des voitures se noient. J’aime l’instant où les lucioles des boulevards prennent leur envol. Je les suis du regard et je m’envole avec elles jusqu’à la cime des arbres. De là-haut, je peux tout observer. La nuit, le monde est différent.

Il faut dire que j’ai l’avantage d’avoir une vision nocturne parfaite. La plupart des hommes ne distinguent pas grand-chose après le coucher du soleil, c’est pourquoi ils ont inventé les réverbères et autres Leds. Ils ont peur du noir. Ils ont peur de tout et surtout de leur vie.

Moi, je n’ai peur de rien puisque je n’ai plus rien à perdre.

Avant, je vivais dans une grange donnant sur la colline, je dormais dans la paille et je courais la campagne dès le lever du jour. J’en ai vu des matins de soie et des soirs de velours. J’en ai dégusté des soleils de miel et des pluies glacées. C’était ma vie, l’aventure et la liberté, dure mais intense, inoubliable. Rien d’autre à faire que de trouver ma nourriture du jour et ma couche de la nuit. La précarité, les bonnes et les mauvaises surprises, les rencontres de hasard, le froid, la faim, mais aussi la liberté. Vu d’ici, je la regrette un peu…

J’ai choisi de venir en ville. Je me demande bien pourquoi.

Les lumières, les paillettes, la promesse d’un avenir meilleur, l’illusion d’une certaine richesse dont j’aurais pu profiter, tout cela m’a attiré comme un aimant. Voilà sept ans que je traîne mes guêtres sur ce bitume. J’en connais chaque centimètre. J’ai appris à mes dépends qu’il ne faut pas empiéter sur le territoire des voisins. J’ai connu des jours meilleurs dans ma jeunesse, mais à mon âge il est difficile de changer de vie. J’ai fini par m’habituer à l’inconfort et à la misère. Si je reste c’est parce que j’aime la nuit sur la ville. Quand le jour pointe son nez, je me cache et j’attends la nuit. Elle me réchauffe dans ses bras de lune, elle me donne la force de continuer à courir l’aventure. Mes nuits sont plus lumineuses que leurs jours. Leurs nuits sont à moi.

Je ne vous raconterai pas mes nuits. Elles sont mon secret, faites de rencontres incroyables, peuplées de fantômes et de fées. J’ai exploré chaque rue, parcouru chaque pavé, en silence. Personne ne me voit, je sais passer en silence. Je glisse sur leurs trottoirs. Tapi dans l’obscurité, j’habite leurs porches. Ils ne savent pas que je suis là. Parfois l’un d’eux me donne un peu de nourriture en passant. Très peu ont le courage de croiser mon regard, en général ils évitent de lever les yeux sur ma maigreur. Une fois, j’ai vécu quelques semaines dans un appartement cossu avec une jolie fille qui avait craqué pour mes yeux verts. Je dois dire que ce fût un moment de grâce. Elle me donnait sa douceur et des petits plats élaborés avec amour, je lui donnais toute la chaleur qu’il me restait en retour. Puis une nuit, l’appel de la liberté a sonné à la porte et j’ai retrouvé le goût âpre du bitume…

Peu importe, je garderai mes semelles de vent. Si je mange peu, je serai plus léger pour suivre mes désirs. Je n’ai plus de chaînes même si je n’ai plus d’amour. La liberté a un prix, celui des larmes de la solitude et du sang ! Peu importe ce qu’il adviendra de moi, tant que je serai libre et que j’éviterai le filet de la fourrière.

texte : Marie-Christine Grimard

photo : Dominique Hasselmann

Vases communicants de juin : Un jour, la nuit [2/2]

Je remercie pour sa présence pour la troisième fois sur cette page Dominique Hasselmann qui anime le blog  Métronomiques où vous pourrez découvrir la richesse et la diversité de ce qu’il partage quotidiennement.

J’ai pris un grand plaisir à remplir ce nouveau vase communicant de nos textes échangés et le remercie d’avoir choisi d’orienter ce partage autour du thème de la nuit. Chacun a écrit son texte à partir d’une photo de l’autre prise une nuit sur la ville.

Vous pourrez retrouver mon texte si vous le souhaitez sur la page du jour de son blog où il me fait l’honneur de me recevoir.

Je vous laisse juger du résultat, et souhaite une belle navigation entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

*

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand, ayant pris la suite d’Angèle Casanova et de Brigitte Célérier, vous retrouverez la liste des échanges de ce mois. 

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Un jour, la nuit [2/2]

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Il y avait comme de l’électricité dans l’air, le ciel était un espace inaccessible ou insensible, je rêvais de le rejoindre mais il me manquait l’échelle à déployer pour y parvenir. La nuit, tous les chats n’étaient pas gris, l’un d’eux, noir aux yeux verts, me suivait depuis un certain temps le long de ce chemin mal éclairé.

Je marchais sans but et sans regret. Le « halage » n’existait plus, on ne voyait personne tirant une péniche ou la moindre embarcation depuis la berge. Le soir, aucun cycliste ne s’aventurait sur ce chemin pourtant goudronné, une atmosphère de pesanteur régnait dans le paysage malgré la suavité des roses célestes au-dessus de ma tête.

Mon téléphone se mit à vibrer (je pensais aux poteaux en bois qui se dressaient encore ici ou là), c’était juste un message d’information. Le gouvernement avait démissionné et une nouvelle équipe allait se remettre dare-dare au travail. La politique, même à la campagne, ne nous lâchait pas les baskets. Mais ici, pas besoin d’essence ou de « gazole », l’air pur suffisait à faire carburer les poumons.

Étrange, comme le calme enveloppait tout : quelques oiseaux se signalaient de temps en temps, peut-être un gentil « bonsoir » envoyé d’un merle à une pie voleuse (un baiser volé). Je me sentais seul – le chat me suivait toujours – et libre, dans ces moments où aucune voiture n’encombrait ma route, où aucune cheminée d’usine ne lançait vers le ciel ses fumées nauséabondes, où les klaxons à deux tons des véhicules de police ou des ambulances ou des pompiers ne vrillaient mes oreilles.

Je savais qu’au bout du chemin il y aurait le café qui s’ouvrirait vers les 7 heures du matin, on était bien encore à 20 km, et je demanderais un petit bol de lait pour mon compagnon de fortune. Ma mémoire me disait que le bistrot s’appelait « Aux mariniers », sans doute une enseigne qui devait dater de l’époque où ils étaient nombreux à naviguer sur la Marne.

Je rêvais déjà de ce petit-déjeuner : une demi-baguette, toute fraîche, une grande tasse de café noir, il me manquerait juste un journal à feuilleter (mais « Libération » était devenu aussi maigre qu’un jour sans pain). Au long de mon parcours, j’avais baptisé le chat :  «Hibou».

Maintenant, le ciel changeait de couleurs peu à peu : il irait sans doute vers l’uniformité du bleu, laissant ses divagations nocturnes me plaire pour une autre randonnée sans horizon autre que celui de mon imagination parfois trop vagabonde.

texte : Dominique Hasselmann
photo : Marie-Christine Grimard

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