Une image…une histoire : sans issue (1)

Photo Marie-Christine Grimard

.

Cette année, elle n’a pas pris de vacances, juste quelques jours pour décompresser entre deux contraintes. La crise n’en finit plus, il ne faut pas se plaindre. Elle ne fait pas partie des gens restés au bord du chemin. Elle ne manque de rien. Matériellement du moins…

L’été touche à sa fin. Les rues sont de nouveau envahies de véhicules. Le bruit a fait sa rentrée comme les passants pressés et les trottinettes.

Elle n’a pas envie de cette rentrée. On lui a volé son été. Rester en ville pendant la canicule devient de plus en plus difficile. Arpenter les rues surchauffées rend les gens nerveux. Même les chiens semblent impatients de rentrer chez eux. Elle sourit à un labrador qui tire sur sa laisse pour s’abriter sous un porche pendant que son maître a les yeux rivés sur son écran de téléphone. Un coursier débouche en courant du coin de la rue, il s’entrave dans la laisse et s’étale au bord du trottoir. S’en suit une bordée d’injures et une copieuse dispute avec le maître du chien. La routine…

Avec un peu d’imagination, elle aurait pu en faire une nouvelle ou un court métrage. Son rêve de devenir romancière n’a pas survécu aux contraintes de la vie d’adulte, sa mère qui aimait lire ses textes serait bien déçue si elle la voyait maintenant. Elle ne se souvient même plus où elle a rangé la boîte contenant ses ébauches de romans. Si elle les relisait maintenant, elle les trouverait sûrement sans intérêt.

Ici, les ruelles sont bordées de maisonnettes sans étage, les façades claires toutes différentes donnent à la ville des airs de demoiselle en dentelles. On s’attend à voir tourner au coin de la rue des couples en costumes de la belle-époque.

Elle s’accorde encore quelques minutes de flâneries avant de prendre son train. Se replonger dans les contraintes horaires ne l’enchante pas. Avec un peu de chance, elle pourrait rater le train…

Elle s’engage dans cette ruelle pour éviter la foule qui descend le boulevard. Ce quartier est peuplé d’artistes, ils ont décoré les façades de fleurs stylisées et de trompe-l’œil. Sur l’une d’elles, une porte bleue est entrouverte, donnant sur un jardin où poussent des roses trémières. Elle adore ces fleurs et ne peut s’empêcher de s’approcher. Si elle pouvait franchir le seuil, elle ferait bien un petit tour dans le jardin.

Le soleil se cache, la ruelle s’assombrit. Derrière elle une moto pétarade et se rapproche. Elle s’écarte prudemment de la chaussée en regardant le ciel qu’une lueur d’orage teinte de vert de gris. Le vent se lève. Elle frissonne. Au-dessus d’elle une mouette lance son cri strident la faisant sursauter. Elle se pose sur la lanterne au-dessus de la porte, et la fixe de son regard latéral.

Elle se retourne, la moto a disparu. Le silence se fait moite. Un parfum de chèvrefeuille tourne entre les murs, lorsque la porte s’ouvre devant elle. Elle n’hésite pas et franchit le seuil en souriant à la mouette qui s’envole et la précède dans le jardin.

–>>> à suivre

20 réflexions sur “Une image…une histoire : sans issue (1)

  1. et la suivant, Aya,t un peu l’illusion de la connaitre… ai salué avec bonheur le (à suivre)

    Aimé par 1 personne

  2. J’adore cette échappée loin du monde ordinaire et de ses contraintes pesantes. J’attends la suite avec impatience.

    Aimé par 1 personne

  3. J’adore l’ambiance de cette histoire, on suit cette femme avec intérêt dans sa promenade réelle et imaginaire, on est avec elle, bravo, c’est magnifique !

    Aimé par 1 personne

  4. Jolie histoire qui sait marier fiction et réalité.
    On espère que tout ça se terminera bien, dans un « bouchon » que l’on ferait sauter malgré les interdictions de demain… 🍷🍷

    J'aime

  5. Très beau et plaisant ce texte. Belle photo. Bonne fin de journée et excellente soirée à vous

    Aimé par 1 personne

  6. (WordPress ne veux pas de mes appuis sur « j’aime » … pourtant)
    Tout dans ce début d’histoire donne envie, fait désirer le calme, le silence, loin de l’agitation et des menaces légères (l’insouciant philosmartphone et sa laisse qui ne laisse rien au chien) ou plus vives (la moto, le cri aigu d’oiseau.
    Et, magie de l’écriture, de la plume qui suscite et devine ce désir … la porte vers ce silence, ce calme protecteur, s’ouvre.
    __
    Joliment écrit … (lu en un retard qui me permet d’enchaîner sur la deuxième page … en prenant juste le temps d’un petit rien.

    Aimé par 1 personne

    • C’est très gentil de venir commenter ici et apprécier ce texte, tant pis si WordPress boude ton « j’aime », moi je le sais et t’en remercie 😀
      Parfois se mettre un peu en retrait, soulage … écrire est (pour moi) un bon moyen pour cela. Je suis contente que le début de cette histoire, résonne pour toi, et j’espère que la suite et surtout la fin, ne te décevront pas !
      J’espère que le petit rien est un bon chocolat chaud 🤗

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.