Ateliers d’écriture de @fbon de l’été 2017 : 5, fantôme de soi écrivain

 

Photo M Ch. grimard


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Voici mon texte écrit pour le cinquième volet proposé par François Bon pour ces ateliers d’écriture de l’été 2017, portant sur le thème des personnages, il s’agissait de décrire l’écrivain fictif que l’on porte en nous. Ayant cherché en vain celui que j’aurais dû porter en moi,  parti pour d’autres galaxies, j’en ai décrit deux autres qui se portaient l’un-l’autre…

***

Chère mère,

Je vous écris devant le vasistas de la mansarde qui me sert de chambre. Je n’ai que quelques minutes avant le coucher du soleil aussi je vais essayer d’être bref. Je n’ai pas beaucoup de temps libre pour vous expliquer la vie que je mène ici mais il faut que je vous décrive la personnalité de Monsieur P. Vous avez souhaité que j’entre à son service pour l’aider à parachever son œuvre et pour que la vie dans son intimité, complète mon éducation littéraire. Vous serez comblée au centuple par le résultat. Après que j’aie répertorié toute sa bibliothèque, il m’a demandé d’écrire son autobiographie à condition que cela reste entre nous. J’ai accepté de grand cœur l’honneur qu’il me fait d’apposer ainsi sa signature prestigieuse sur un mes écrits, ainsi je serai lu par les centaines de personnes qui l’adulent. Par la suite, il a souhaité que je corrige son dernier ouvrage. Au début je ne faisais qu’améliorer l’orthographe puis j’ai tenté de modifier le texte en raccourcissant certaines de ses phrases interminables. L’une d’entre elles comptait près de trente lignes ! Lorsqu’il a accepté, j’ai compris qu’il m’accordait sa confiance. Je retranscris ici pour vous, la quatrième de couverture que j’ai écrite pour son dernier ouvrage qui paraîtra cet automne, afin que vous me donniez, chère mère, votre sentiment sur mon style avant que je lui soumette.

 

Monsieur P. n’est pas devenu écrivain par hasard mais par vocation. Très jeune, d’une santé fragile, il fut obligé de garder la chambre ce qui lui donna l’occasion de parcourir toute la bibliothèque familiale que son père, professeur de médecine, avait patiemment constituée. Cette fragilité constitutionnelle, alliée aux privations de nourriture durant sa petite enfance durant la guerre où il perdit tous les hommes de sa famille, lui ont conféré une grande sensibilité, celle-là même dont son œuvre est empreinte. Sa mère qui lui était toute dévouée, devenue chef de famille à la disparition de son père, a acquis les Éditions du clair de lune qui ont alors édité ses premières parutions : « Le journal d’un muet en 1912 » dont il sera tiré une pièce de théâtre de mime deux ans plus tard, et « La valse des amputés », ode antimilitariste qui fut considérée par la suite comme un des premiers écrits anarchiques. Sa prédilection allant au théâtre, il écrivit de nombreuses pièces dont certaines furent créées par la grande Sarah Bellenhardt, la plus célèbre étant : Les derniers jours du corbeau blanc. Vous retrouverez la liste complète de ses cinquante parutions en dernière page de ce livre.

Sa réputation de conteur n’est plus à faire et dans l’ouvrage que vous tenez entre les mains, vous retrouverez sa manière inimitable de décrire les péripéties d’une famille de grands bourgeois, milieu qu’il a beaucoup fréquenté, et les méandres que peut prendre la férocité de la nature humaine pour parvenir à ses fins. Cette saga comprendra plusieurs ouvrages mais je ne dévoilerai rien ici qui puisse gâcher au lecteur le plaisir de la découverte des protagonistes de cette œuvre merveilleuse qui comptera, à n’en pas douter, parmi les grands classiques de la littérature de ce siècle.

 

Voici chère mère, ce que je lui proposerai. Il acceptera après l’avoir à peine parcouru, comme à son habitude et me demandera de porter le manuscrit à son éditeur dans la foulée. Il me considère désormais comme un fils spirituel. J’espère être digne de cette confiance, vous me connaissez et savez à quel point je peux être dévoué lorsqu’on me prend par les sentiments. Je crois que dans quelques semaines, j’aurai l’audace de lui montrer mes écrits de fiction, en commençant par ma « Recherche du passé retrouvé ». Qu’en dites-vous chère maman, ai-je raison ou se moquera-t-il de moi ? Répondez-moi sans ambages, vous savez à quel point ce texte me tient à cœur.

J’espère que ma missive vous trouvera dans une belle forme, chère mère. Je vous tiendrai informée des dernières nouvelles de ces parutions et de ma vie passionnante avec notre grand écrivain tant admiré.

Je vous embrasse ma chère mère autant que je pense à vous.

 

                                                                                                          Votre fils aimé, Swann

 

 

Texte Marie-Christine Grimard (https://mariechristinegrimard.wordpress.com)

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20 réflexions sur “Ateliers d’écriture de @fbon de l’été 2017 : 5, fantôme de soi écrivain

  1. sourire (plus admiration)

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  2. Il est enfin prouvé que « Monsieur P. » avait un nègre. Il n’était pas évident, à cette époque, d’en utiliser, même pour un salaire sans doute dérisoire.
    (Belle idée de fiction ! 🙂 )

    Aimé par 2 people

    • Celui-ci n’était pas rémunéré, il bénéficiait du gîte et du couvert et de la considération de son mentor. C’était une richesse bien plus grande que ce qu’il aurait pu espérer dans son siècle, en n’étant qu’un obscur correcteur sans naissance.
      Merci à vous d’apprécier ce texte et mes élucubrations en leur donnant suite 😉

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  3. Très beau texte, chère Marie-Christine. Bon dimanche. Votre lecteur discret mais fidèle, Christian (free bear sur Twitter)

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  4. Superbe texte !
    Une rencontre imprévue avec ce cher Swann…sous la lucarne d’un château haut en couleurs…

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  5. 🙂 Bô Dimanche Marie-Christine…..

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  6. 3 septembre, fête des Grégoire.
    « À la saint Grégoire, taille la vigne pour boire. »
    « Pluie du jour de saint Grégoire, autant de vin de plus à boire. »

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  7. A la lecture de cette lettre très inspirée, je constate, chère Marie-Christine, que ce « Marcel Swann » écrit à la lumière déclinante de la fin du jour. Faut-il en déduire que vous aussi, longtemps vous vous êtes couchée de bonne heure ? J’acquiers la conviction que ce doit être une condition essentielle du bel écrit !… 😉

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  8. Très beau et très instructif merci je vous souhaite un bon dimanche

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  9. Très beau texte; on s’y croirait! Le style « proustien » fait merveille…! Jolie photo de la fenêtre d’où on devine un certain regard…

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