Un été en bandoulière (27)

« Associe-toi à ceux qui disent : Même si tout va bien, nous devons aller plus loin.

Parce qu’ils savent qu’il faut toujours aller au-delà des horizons connus. »

Paulo Coelho

Le manuscrit retrouvé

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Photo m.ch.grimard

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Lorsqu’on aperçoit l’île de Ré

L’horizon semble se rapprocher

Inutile de s’illusionner

La pluie est annoncée

L’air, d’eau est chargé

Demain, les nuages auront gagné

Un arrosage gratuit est programmé

Pas la peine de se lamenter

On pourra faire des cannelés

Et tous ensemble les déguster !

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Un été en bandoulière (26)

« Une pierre

deux maisons

trois ruines

quatre fossoyeurs

un jardin

des fleurs

un raton-laveur

une douzaine d’huîtres

un citron

un pain

un rayon de soleil

une lame de fond

six musiciens

une porte avec son paillasson

un monsieur décoré de la légion d’honneur

un autre raton-laveur. »

Inventaire –

Jacques Prévert

Photo marie christine grimard

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Une ombrelle pour coccinelles

Un pied de carottes sauvages

Un plan de salicornes

Un marais salant dans le vent salé

Une aigrette qui prend le soleil

Des moutons de pré salé

Un champ de tournesols

Une balade dans les marais mouillés

Une bicyclette bleue rouillée de sel

Un jour pour aimer la vie

Une après-midi à savourer

Un petit coin de Vendée

Mais pas de raton-laveur

Un été en bandoulière (25)

« Naviguer est une activité qui ne convient pas aux imposteurs.

Dans bien des professions, on peut faire illusion et bluffer en toute impunité.

En bateau, on sait ou on ne sait pas. »

Eric Tabarly

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Photo m Christine grimard

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Au fond du port de pêche

Patientent les bateaux

Attendant la marée haute

Pour pouvoir sortir du chenal

Sans se délester de leur quille

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En ondoyant, ils rêvent

D’îles fabuleuses sous le vent

Où les vagues seraient douces

Et les poissons seraient d’argent

Où le soleil porterait haut

Et l’hiver n’existerait pas

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En attendant, ils affabulent

Jusqu’au petit matin

Sentant craquer le bois de leur étrave

Sous les premiers rayons du jour

Au loin cliquettent les drisses

Le long des mâts des catamarans

De la course au large

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Peu leur importe d’être de bois ou de carbone

Leur vie glisse sur la crête des vagues

Jusqu’à ce que la dernière tempête

Les emporte dans une gerbe d’écume

Etincelante dans le couchant

Au goût de sel et de vent

Un été en bandoulière (23)

« Quand les mouettes ont pied, il est temps de virer. »

Proverbe breton

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Photo m c grimard

Vent du nord…

Les vagues ont des reflets d’icebergs.

Les nuages qui étaient légions au réveil, ont été chassés d’un revers d’aquilon.

Il ne reste qu’à se réfugier au pied de ce qu’il reste de la dune pour observer la ronde des oiseaux marins.

Ils en ont vu d’autre, les bourrasques et autres rafales septentrionales n’ont plus de secret pour eux. À côté des tempêtes de l’Atlantique Nord, le Mistral a des mines de chérubin…

Une jeune mouette s’est posée au bord de l’estran, transie, face au vent, elle resserre ses plumes. Elle se fait toute petite, aplatie sur le sable humide, ferme les yeux pour mieux entendre le concert qui lui est offert par les gerbes de vagues tintinnabulant sous la brise de mer.

Je capte son image sereine puis passe au large pour ne pas interrompre son plaisir.

Un été en bandoulière (22)

« Autour de nous, partout à perte de vue, l’espace infini, l’horizon bleu de la mer, l’horizon vert de la terre, les nuages, l’air, la liberté, les oiseaux envolés à toutes ailes, les vaisseaux à toutes voiles ; et puis, tout à coup, là, dans une crête de vieux mur, au-dessus de nos têtes, à travers une fenêtre grillée, la pâle figure d’un prisonnier. Jamais je n’ai senti plus vivement qu’ici les cruelles antithèses que l’homme fait avec la nature. »

Lettre à Louise Bertin, le 27 juin 1836

Victor Hugo

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Photo m ch grimard

Se sentir si petite face à l’infini de l’océan

Essayer de fixer cette image de la mer dans sa mémoire pour survivre un hiver tout entier dans les terres

Admirer la palette infinie de couleurs que nous offre le monde en se contentant d’une toute petite partie de son immensité

Rester là jusqu’à la nuit pour être bien sûre de rêver encore d’océan en rentrant

Réaliser que pouvoir prendre cette photo est un cadeau du ciel et avoir envie de l’offrir au reste du monde

Tenter de le faire ici en ajoutant en bonus, le chant de l’océan :

Un été en bandoulière (21)

« Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. »Haruki Murakami

Photo m ch grimard


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Inutile de vouloir canaliser le sable 

La dune immense a été emportée par la tempête de l’hiver dernier 

Mais chaque grain de sable chevauche le vent 

Et dans quelques dizaines d’années, ils formeront de nouveau une montagne de vagues dorées ondulant sous le soleil, plus hautes que le sommet des pins 

Je ne serai plus là pour m’y réfugier et les chardons bleus en seront à leur centième génération 

Peu importe 

Aujourd’hui le vent est doux 

Le chardon s’est réfugié derrière les barrières illusoires que les hommes ont érigées pour le protéger de l’inconscience des autres hommes 

Contre  les assauts de la marée, il n’aura aucune chance, malgré ses épines, malgré ses racines 

Mais qui sait, il sera peut-être très heureux de partir pour les îles avec le ressac de la marée descendante !

Un été en bandoulière (20)

« Les lumières couraient loin sur la mer et le bord de l’eau luisait de phosphorescences laiteuses. Les vagues étaient constamment tirées sur l’étendue de la plage puis retirées, comme un lit qu’on ferait sans parvenir à étaler convenablement les draps. »

Graham Greene

Photo m ch grimard


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Marcher le long de l’estran

Se laisser caresser par les vagues 

Suivre le reflux 

Glisser sur le miroir où se noient les nuages 

Et oublier le temps

L’air est si doux 

Au loin on entend le vent jouer dans les voiles 

Un goéland surfe sur des sirius aussi légers que des fils de soie 

Le ciel griffé de quelques traits de craie, étale fièrement son outremer

Une aigrette glisse  au milieu des rochers 

De sa démarche de ballerine, elle louvoie entre les algues 

Puis s’empare d’un coquillage qu’elle emporte d’un coup d’ailes argentées 

Lançant un cri de triomphe vers les nuages 

Comme un éclat de rire 

Un été en bandoulière (19)

“Les souvenirs sont du vent, ils inventent les nuages.”Jules Supervielle

Photo m ch grimard


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– Quel souvenir nous restera-t-il de cet été 

Dans un an 

Dans cinq ans 

Dans dix ans 

Dans trente ans ?

–  Dans trente ans dis-tu mon enfant ?

Le souvenir de la tarte aux mirabelles du jardin que nous allons confectionner tout de suite ensemble !

Allez viens, rentrons 

Nous réfléchirons à cela quand la neige sera là 

En attendant, profitons du miel de l’été !

Un été en bandoulière (18)

« Regardant les vols disloqués des mouettes dans le ciel du soir. »

Jean-Marie Le Clézio

Photo Mch grimard


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Au coin d’une ruelle 

Se cache l’âme de la mouette bleue 

Fille d’Eole 

Disparue un soir de tempête 

En passant devant elle 

Les marins se signent 

Et récitent une courte prière 

Pour demander protection 

Au dieu du vent, son père 

Avant de reprendre la mer