Ateliers d’écriture d’hiver 4 : du lieu public avec Bergounioux

Voici ma contribution au quatrième volet de l’atelier d’écriture d’hiver proposé par François Bon, traitant du lieu public, sur le tiers livre, où vous retrouverez les autres contributions.

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lyon

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Du lieu 4 : un lieu public 

Un immense hall d’entrée entièrement blanc, carrelé de gris. Quelques sièges en plastique rigide bleu roi, alignés sur un piétement commun par rangées de cinq. Sur les chaises, un vieux couple se tenant par le bras , l’homme ayant posé sur ses genoux un dossier cartonné à élastiques rouges. Elle le regarde, inquiète, écarquillant de grands yeux gris délavés, immenses au milieu d’un visage blême ridé comme une vieille pomme.

Des gens passent, une multitude de gens pressés ou moins pressés, déterminés ou hésitants, tristes ou indifférents. Quelques uns poussent des chariots, d’autres emportent des balles de linge. Une femme traverse le hall, portant contre elle une pile de dossiers si haute que son visage disparaît à moitié derrière, ne laissant voir que ses yeux et le sommet de son crâne.

Au fond du hall, une collection de portes vitrées recouvertes de bandes adhésives crèmes. Sur chaque porte un nom et une fonction gravées sur des plaques de laiton.

À droite une porte noire pleine où il est indiqué : interdit au public.

Dans un coin, une machine à café, délivrant tout un assortiment de boissons chaudes allant du thé au lait au potage de légumes, en passant par tous les cafés imaginables. Le sucre est en option payante. L’eau chaude aussi. À ses pieds, une poubelle en inox pleine de gobelets en plastique blanc chiffonnés.

À côté de la machine à café, un bac à réservoir d’eau, où végètent un ficus ayant perdu la moitié de ses feuilles, un yucca et un palmier déplumé. À leurs pieds quelques mégots abandonnés dont certains portent encore là trace d’un rouge à lèvres vermillon.

Une porte d’entrée automatique coulissante s’ouvrant sans répit pour laisser passer le public qui entre ou sort en permanence. À chaque ouverture on entend une sorte de miaulement plaintif, frottement du bas de la porte métallique sur le rail légèrement déformé par le froid. Un paillasson devant la porte, tellement usé que l’on voit le sol brut bétonné au centre, là où l’on passe le plus souvent.

Une cabine abandonnée à côté de l’entrée avec un bureau et une chaise vide placés devant un guichet, où aucun employé n’est venu depuis longtemps pour renseigner le public. Celui qui était affecté à ce poste, parti en retraite il y a trois ans, n’a jamais été remplacé.

À droite de la cabine, sur le mur le plus large, à été installé un immense panneau comportant des dizaines de nom, chaque étage étant représenté par une couleur différente. L’ensemble forme un arc en ciel contrastant avec l’ambiance générale du lieu, immaculée et aseptisée.

Le vieil homme se lève, prenant son épouse par le coude, il s’approche du panneau et tente de le déchiffrer. Il se gratte la tête en soulevant légèrement son chapeau mou. Au même instant un ambulancier arrive et leur dit :

« Nous allons monter au second étage, le médecin qui doit vous voir est arrivé. Je prends votre dossier et les radios, faites attention au tapis. Allez doucement. L’ascenseur est par là.  Je vous accompagne ! »

Texte et photo Marie-Christine Grimard

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18 réflexions sur “Ateliers d’écriture d’hiver 4 : du lieu public avec Bergounioux

  1. La photo donne une dimension supplémentaire à votre récit qui lui aussi est blanc et gris comme le quotidien d’où s’absente parfois le bonheur…

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  2. Dans ce lieu froid que l’on n’ose nommer, j’ai l’habitude d’avoir toujours un livre pour m’abstraire d’une réalité douloureuse…

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  3. Humaniser l’hôpital…cependant l’essentiel, l’excellence des praticiens !
    Mais qui est Bergounioux ? Serait-ce l’écrivain ?

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    • Les humains à l’hôpital tentent d’humaniser l’ambiance pour ceux qui y séjournent, mais le rythme de travail infernal que les « autorités de santé » leur impose par inconscience et indifférence, a peu à peu raison de leur bonne volonté.
      Bergounioux est un Ecrivain ami de Francois Bon vivant en Corrèze je crois.

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  4. Je suis admiratif du sujet que vous avez traité. Il y a 50 ans j’étais très jeune j’ai été hospitalisé pendant quasi une année dans un hôpital public Louis Leriche à Roanne,il y avait encore des religieuses, des infirmiers et des infirmières et surtout une grande salle hospitalière de plus 100 personnes, inutile de vous expliquer la promiscuité des vivants et des mourants!!! J’avais 17 ans, je garde le souvenir des gens extrêmement passionnés par leur travail, à l’écoute des malades jour et nuit .
    En 2016 j’ai été hospitalisé quelque jours dans un grand hôpital Lyonnais, là ; j’ai vu la déshumanisation de notre société,nous sommes devenus des pions qu’on appelle au micro ou sur un écran ,j’ai compté près de 50 personnes un jour attendant leur tour avec leur dossier à la main !!!! Nous avons tout pour vivre en harmonie , nous avons une part de responsabilité, nous sommes partiellement responsable de la dégradation de notre société .C’est ainsi que je le pense, le père que je suis à une part de responsabilité avec l’éducation des enfants bien sûr .
    Merci Marie Christine d’avoir abordé un sujet si difficile .

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    • C’est un sujet que je connais bien, traversant le hall d’entrée que j’ai décrit ici, toutes les semaines. JE comprends que vous ayez été marqué par des souvenirs aussi dramatiques. Actuellement il n’y a plus de dortoir mais des gens seuls dans des lits dans les couloirs de services d’urgence surchargés qui attendent parfois une place en soins intensifs…
      Rien n’est parfait bien sûr mais pour avoir travaillé aux urgences dans les années 80, Je pense que les choses sont bien dégradées alors qu’elles auraient dû s’améliorer avec les progrès techniques !
      Pourtant le personnel soignant fait tout ce qu’il faut pour que cette déshumanisation ne se fasse pas trop sentir aux patients, et s’épuise à tenter de ramer contre le courant !

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  5. Je suis parfaitement en accord avec votre dernier commentaire. Bon week-end.

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  6. Chère Chris, la médecine gauloise était déjà fort prisée des Grecs et des Romains. La médecine française est très considérée à l’étranger, rien qu’aux USA, et nous en payons le prix par la surcharge des hôpitaux et de la paperasserie administrative,
    C’est la rançon de la gloire. Courage.
    Il y a aussi les remèdes de grand-mère : contre l’épidémie de grippe, je me soigne à la bouillotte chaude sur la poitrine, très efficace !

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    • Grand merci chère Alex pour ces encouragements, mais on dirait que des administratifs n’ayant aucune idée de ce qui se passe sur le terrain, s’évertuent à démanteler le travail des soignants, pour des suivre des dogmes surréalistes, et notre médecine française dégringole à vitesse supersonique dans la valeur des nations (comme l’éducation d’ailleurs..) il est inutile de se complaire dans l’idée de CE que nous étions dans les années quatre-vingt. Actuellement il existe une perte de chance pour les patients en France.

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  7. Je lis ce qui ne m’est pas adressé , mais je partage complètement l’analyse que vous faites sur notre société .Merci d’autant de lucidité .

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