Ateliers d’écriture d’Hiver de @fbon numéro 2

Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le lire, voici mon second texte écrit pour l’atelier d’écriture d’Hiver de François Bon, dont le thème était :

du lieu en mouvement sans verbe conjugués

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LAVOIR

Photo Mch grimard

Le soir tombant, sur les pierres dorées le soleil qui glisse en cascade de paillettes. On entend un chien hurler dans le lointain, l’oiseau sur le toit se balance en piaillant. Une nuée d’étourneaux passe, gorgée de raisins mûrs, parsemant les nuages de fientes violacées qui tachent les murs des granges sur leur passage.

Suivre le chemin caillouteux en prenant soin de marcher uniquement sur les pierres blanches, les noires étant des pièges semés par les lutins maléfiques qui saisiraient mes chevilles au passage pour m’entraîner vers l’enfer sombre et inconnu.

Passer sous le porche centenaire où la clé de voûte semble taillée à coups de serpe. Admirer le travail de taille quelques secondes, les éclats de pierre prenant des teintes mordorées dans le couchant. Se demander ce qu’est devenu l’artiste qui a taillé ces pierres et ce qu’était sa vie quand il avait mon âge.

Entrer dans la cour de la ferme en surveillant du coin de l’œil le molosse au caractère de cochon qui surveille les allées et venues. Regretter de ne pas avoir un os à lui lancer pour qu’il cesse de lorgner mes mollets rebondis en les prenant pour des rôtis. Trembler un peu en passant devant lui, faire semblant de ne pas le remarquer et lever les yeux vers le ciel, l’air de rien.

Saluer la fermière au sourire si généreux, et l’embrasser pour sentir son parfum de mûres et de miel. Lui tendre mon récipient de fer blanc pour qu’elle le remplisse de ce lait crémeux et encore chaud que la Noiraude lui a donné ce soir. Se demander s’il aura le goût des fleurs de trèfles qui teintaient de violet le pré de l’est aujourd’hui.

La remercier et reprendre le chemin de la maison en évitant les abords du puits, on ne sait jamais ce qui pourrait surgir de la margelle, après la nuit tombée…

Photo du jour : apprends 

« Tu as tout à apprendre, tout ce qui ne s’apprend pas : la solitude, l’indifférence, la patience, le silence. « Georges Perec

Photo mcgrimard


Il te reste tant à apprendre 

La couleur des mots 

Le parfum des sons 

Le goût de la vérité 

La musique des caresses 

La douceur des partages 

La chaleur des regards 

L’âpreté des regrets 

L’amertume des remords 

La blancheur des matins 

La saveur de l’amour 

La brièveté de la vie 

La fuite du temps 

La surprise de l’ultime seconde 

La couleur du lendemain 

La beauté du premier battement de coeur 

Il me reste tant à apprendre 

Journal : Des(espoir)

Coup de fil :

  • Bonsoir, madame, ici le médecin de la maison où réside votre père…
  • Bonsoir…
  • Je voulais vous prévenir qu’il ne va pas bien du tout, il est très encombré et on ne peut plus l’alimenter depuis deux jours. On est assez inquiets, je voulais que vous le sachiez. On va le mettre en perfusion pour le réhydrater et sous antibiotiques.
  • Merci de m’avertir. Je vais venir le voir dès que possible. J’aimerais que vous le soulagiez mais sans hospitalisation ni acharnement…
  • Très bien, je le note. Mais son état est très préoccupant. Je voulais que vous le sachiez.
  • Merci beaucoup de m’avoir appelée et pour vos soins…

Raccrocher, et s’accrocher aux souvenirs pour oublier le présent et effacer l’échéance annoncée.

Ne plus penser, ne plus craindre, espérer que la délivrance soit proche, et que ce corps fatigué délivre son âme de son incapacité à vivre. 

Espérer que le désespoir qui emprisonne cette âme, se dissipe au petit matin, qu’elle prenne son envol, enfin.

Demander à celle qui l’a précédé de l’autre côté du miroir, de lui prendre la main pour le rassurer sur le chemin.

Être exaucé à peine le temps d’un souffle plus tard, et le regarder s’envoler vers sa liberté…

Photo M christine Grimard

Vases communicants de décembre : Heur(t)s d’Instant (2/2)

Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de lire le texte que j’avais écrit pour cet échange avec Alain Nouvel, je le poste de nouveau ce matin. J’en profite pour le remercier chaleureusement de m’avoir demandé de partager ainsi ces mots sur ces instants photographiques.

Voici la photo qu’il m’avait envoyée pour inspirer ce texte.

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Photo Alain Nouvel

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L’enfant se tait.

C’est l’instant où le temps hésite entre jour et nuit. Il sait qui gagnera mais il essaye de retenir la lumière.

C’est l’instant où sa peur se réveille. Les monstres habitent les buissons et n’attendent que la fin du jour pour s’approcher de la maison. Il les imagine tapis dans les fourrés, l’observant et se léchant déjà les babines à l’idée de le dévorer.

La maison est envahie peu à peu par l’obscurité. Aucun bruit autour de lui. Ce silence le glace. Il voudrait allumer le lampadaire mais n’ose pas bouger de son poste d’observation. S’il quitte la baie vitrée, ils en profiteront pour avancer. C’est une partie infernale de « Un, deux, trois, soleil » où le soleil serait mort…

Il ne faut pas bouger, il faut surveiller. Et se taire pour ne pas se faire repérer.

La grande horloge de sa grand-mère égraine les secondes qui lui restent à vivre avant qu’ils n’attaquent. Il sait que les êtres de la nuit sont maléfiques. Il l’a souvent lu dans les contes, il l’a souvent entendu à la télévision. Il sait que le monde est séparé en deux camps, celui des ténèbres et celui de la lumière.

Lui l’enfant blond, appartient au monde de la lumière, mais pour survivre à ses nuits, il devra se battre encore et encore. Si seulement sa maman était encore auprès de lui. Elle savait les mots qui apaisent, ceux qui chassent les dragons, ceux qui font battre le cœur.

Mais il la voit. Elle est là. Elle arrive. Elle va le sauver.

La lune se lève, affûtant sa faucille pour affronter les monstres.

Elle s’accroche à la rambarde du balcon, elle le protègera toute la nuit. Quand elle est là, les monstres noirs n’osent plus sortir de leur cachette. Elle les pourfendrait de son épée d’argent. Ils ont peur de sa lumière.

Il lui sourit et lui fait un signe de la main. Elle est là, assise à califourchon sur l’extrémité du croissant étincelant. Colombine, sa maman aux cheveux d’argent lui sourit. En clignant les yeux, un peu ébloui, il la voit qui lui fait signe. Elle claque des doigts, et une nuée de corneilles s’envole de la cime du gros saule. Il les voit disparaître à l’horizon.

Il lui envoie un baiser en le posant sur sa paume et en soufflant fort pour qu’il s’envole jusqu’à la lune. Elle éclate de rire en le recevant, on dirait le tintement d’une clochette d’argent.

Derrière lui, quelqu’un a éclairé le lustre du couloir.

L’instant magique est achevé. Sa grand-mère l’appelle :

  • Viens manger mon grand, le dîner est prêt…

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Ateliers d’écriture d’hiver de François Bon : du lieu.

Voici le texte que j’ai écrit pour l’atelier d’hiver ouvert cette semaine par François Bon sur le Tiers-livre.

La consigne était de parler d’un lieu en une seule phrase-paragraphe, où le seul signe de ponctuation était le point-virgule. J’espère que vous aurez plaisir à le lire.

 

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Photo trouvée sur le net

 

Un village pris dans la brume de décembre ; une rue en pente où se pressent quelques enfants impatients ; dans le halo des réverbères mangés par le brouillard givrant, quelques flocons qui dansent à la nuit tombante ; une odeur de marrons chauds guide les derniers promeneurs vers la place de la mairie ; quelques maisonnettes de bois montées à la va-vite abritent des objets made-in-ailleurs rendus plus sexy par des projecteurs multicolores ; un petit marché de Noël imitant ceux des villes de l’est se tient depuis un dizaine d’années le deuxième dimanche de décembre ; des ballons gonflés à l’Hélium aux effigies des personnages de Disney flottent au-dessus des étals pour la joie des petits ; les parents se réchauffent autour des braseros en sirotant un vin chaud à la cannelle ; les enfants chevauchent les licornes de bois du manège à l’ancienne, espérant attraper le pompon pour gagner un tour gratuit supplémentaire ; les parfums de miel et de résine se mêlent aux relents de frites ; au bout de la place, une barque bretonne tangue dangereusement sur ses cales, le mareyeur bradant ses dernières huitres avant que la nuit ne tombe ; son acolyte qui n’est pas alcoolique bien que marchand de vin, hurle à qui veut l’entendre que cette année le beaujolais nouveau a un petit goût de noisettes grillées ; derrière l’église, une exposition de crèches provençales éclaire le crépuscule ; les couleurs bigarrées des santons en route vers l’enfant-Dieu dessinent un arc-en-ciel contrastant avec le ciel marron-glacé ; le sourire des enfants qui chantent des cantiques de l’avent est toujours le même, c’est celui de l’espoir qu’une nuit prochaine leur apportera avec les cadeaux dont ils auront rêvé ; une place où les branches dénudées des platanes sont habillées de chandelles artificielles, dessinant sur le sol des ribambelles de dentelles que les pas des villageois effacent en passant ; un chant célébrant la nuit où la naissance d’un enfant apportera l’espoir au monde, s’élève sous la voûte de la halle millénaire ; chacun retient son souffle sentant les émotions de l’enfance lui submerger le cœur.

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To Do List 28 : Illuminations

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Photo M.Christine Grimard

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  • Poser des lumignons sur sa fenêtre chaque 8 décembre pour se sentir lyonnaise même en vivant à l’autre bout du monde.
  • Offrir à la nuit, la chaleur de notre lumière pour qu’elle se sente moins seule.
  • Savoir que l’on n’est pas une lumière, mais mettre tout son cœur à essayer de le devenir.
  • Rêver que l’on parcourt l’univers à la vitesse de la lumière et se réveiller avec un peu de poussière d’étoile au bord des paupières.

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Rappel du principe :  « A partir d’une photo, créer un texte sous la forme de 4 occurrences avec forme verbale à l’infinitif comme on ferait une liste de choses à faire.

Mots insolites 2 : Adalie

Règles du jeu  :

  • Choisir un mot inconnu.
  • Le découvrir
  • L’illustrer
  • Le détourner
  • Se l’approprier
  • Apprendre à le connaître et à l’aimer

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Adalie : Insecte faisant partie de la famille des coccinelles, tacheté de deux points noirs.
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Photo empruntée sur le net

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  • Difficile de photographier en plein hiver un insecte qui se terre dès que le froid pointe ses aiguilles.  (Ce mot m’a été suggéré par Dominique Amouroux et j’ai décidé de jouer le jeu quand même.)
  • Coccinelles : bêtes à Bon-Dieu, animal qui portent chance dit-on, insecte considéré comme utile puisqu’il aide les jardinier à se débarrasser des pucerons…
Si l’on se place du point de vue du puceron, c’est un redoutable prédateur, un monstre sanguinaire. Comme toujours, tout dépend de qui regarde dans la lorgnette, et par quel bout !
L’homme ne faisant pas dans la dentelle en général, et ayant décidé que la culture biologique est préférable à tous les pesticides qui l’empoisonnent par l’intermédiaire de la terre qu’il cultive, a eu la bonne idée de proposer à la vente des coccinelles pour lutter contre les pucerons. Je me demande, juste en passant, si on a demandé l’avis des coccinelles en question avant de les expédier en « colissimo » sur tous les chemins de la terre.
Entre deux maux, choisissons le moindre…
  • Je reconnais que je suis parfois de mauvaise foi, mais n’est-on pas sur terre pour se poser des questions, surtout quand on ne peut y répondre ?

 

  • Enfin, je ne peux achever ce billet évoquant l’existence des coccinelles sans rendre hommage à Marcel Gotlib dont la coccinelle a accompagné nombre de mes années de lectrices de BD et autres pages où j’ai appris le goût de la dérision, du poil à gratter et autre fluide glacial. Je le salue et regrette qu’il ait emmené avec lui Gai-luron.

 

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« La vérité est que je n’ai jamais aimé dessiner les décors.

C’est pour cela que j’ai créé la coccinelle des coins de page : elle occupe l’espace.

Mon truc à moi, cela a toujours été les personnages, les expressions du visage, les attitudes corporelles…. « 

Interview Marcel Gotlib