Ateliers d’écriture d’Hiver de @fbon numéro 2

Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le lire, voici mon second texte écrit pour l’atelier d’écriture d’Hiver de François Bon, dont le thème était :

du lieu en mouvement sans verbe conjugués

***

LAVOIR

Photo Mch grimard

Le soir tombant, sur les pierres dorées le soleil qui glisse en cascade de paillettes. On entend un chien hurler dans le lointain, l’oiseau sur le toit se balance en piaillant. Une nuée d’étourneaux passe, gorgée de raisins mûrs, parsemant les nuages de fientes violacées qui tachent les murs des granges sur leur passage.

Suivre le chemin caillouteux en prenant soin de marcher uniquement sur les pierres blanches, les noires étant des pièges semés par les lutins maléfiques qui saisiraient mes chevilles au passage pour m’entraîner vers l’enfer sombre et inconnu.

Passer sous le porche centenaire où la clé de voûte semble taillée à coups de serpe. Admirer le travail de taille quelques secondes, les éclats de pierre prenant des teintes mordorées dans le couchant. Se demander ce qu’est devenu l’artiste qui a taillé ces pierres et ce qu’était sa vie quand il avait mon âge.

Entrer dans la cour de la ferme en surveillant du coin de l’œil le molosse au caractère de cochon qui surveille les allées et venues. Regretter de ne pas avoir un os à lui lancer pour qu’il cesse de lorgner mes mollets rebondis en les prenant pour des rôtis. Trembler un peu en passant devant lui, faire semblant de ne pas le remarquer et lever les yeux vers le ciel, l’air de rien.

Saluer la fermière au sourire si généreux, et l’embrasser pour sentir son parfum de mûres et de miel. Lui tendre mon récipient de fer blanc pour qu’elle le remplisse de ce lait crémeux et encore chaud que la Noiraude lui a donné ce soir. Se demander s’il aura le goût des fleurs de trèfles qui teintaient de violet le pré de l’est aujourd’hui.

La remercier et reprendre le chemin de la maison en évitant les abords du puits, on ne sait jamais ce qui pourrait surgir de la margelle, après la nuit tombée…

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18 réflexions sur “Ateliers d’écriture d’Hiver de @fbon numéro 2

  1. l’avait lu et aimé, plaisir des retrouvailles

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  2. Aller chercher le lait à la ferme (avec ces bidons à couvercle)… on ne connaissait pas encore les bouteilles en plastique et la mention « bio » !
    Reparcourir ce beau texte illuminé par la photo du lavoir, comme tout proche.

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  3. Marché de Noël, des rires, des sourires, des couleurs vivres saupoudrées de paillettes, des lumières partout, des tas de jouets et d’objets inutiles mais amusants, pour les petits et les grands…
    Et tout-à-coup le camion fou de la mort, sorti du fond de l’enfer, qui déboule et qui fauche les vies dans des cris d’horreur…

    Pourtant, l’église du Souvenir, à moitié bombardée, semble dire au monde : « Plus jamais ça ! »

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    • Noël ensanglanté
      Les chrétiens payent leur Foi de leur sang partout à travers le monde.
      Et pourtant on pensait être enfin sortis du moyen-âge et avoir appris de toutes nos erreurs passées où les temps étaient à la barbarie. Il faut croire que la monstruosité est inscrite dans le génome.
      Regrets pour toute la souffrance inutile infligée aux victimes et pour appartenir à cette espèce meurtrière !
      Élever ses enfants dans la tolérance des différences ne semble pas suffisant pour éradiquer la violence, alors que faire d’autre.
      Le Christ prônait cet amour-là, mais personne ne l’entend plus…

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  4. Y’a plein de verbes conjugués !!! mais on est bien à la ferme, et en mouvement dans chaque diapositive. Chouette, comme d’habitude. (Moi, pour l’heure, j’y arrive pas)

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  5. « Passer sous le porche centenaire où la clé de voûte semble taillée à coups de serpe. Admirer le travail de taille quelques secondes, les éclats de pierre prenant des teintes mordorées dans le couchant. Se demander ce qu’est devenu l’artiste qui a taillé ces pierres et ce qu’était sa vie quand il avait mon âge. »
    J’aime particulièrement ce paragraphe, car souvent je me pose les mêmes questions .Merci de ces belles lignes bien écrites .

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  6. La violence est aussi dans la nature : cyclones et tempêtes, étés brûlants, hivers trop froids…ne pas fermer les yeux, il faut l’admettre, elle existe, mais il faut savoir s’en prémunir…comme les insulaires qui se protègent quand ils voient arriver la saison des cyclones.

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  7. …nous avons la chance de vivre dans un pays sans tremblement de terre, ni éruption volcanique, ni cyclone, ni température extrême… »douce France », comme dit la chanson…nous raisonnons avec beaucoup trop d’insouciance.

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    • Il y a quelques traces des dégâts que les tremblements de terre ont fait à la fin du 19° siècle, en Provence, dont certains villages ont été totalement rayés de la carte. La mémoire des hommes a oublié le traumatisme mais pas la terre qui en montre ses cicatrices. Dieu merci, nous n’avons pas de cyclones mais je me souviens de quelques tempêtes dont celle de fin décembre 1999 qui a dévasté mon jardin et abattu des cèdres énormes, ce qui m’a beaucoup impressionnée.

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  8. Dans notre jeunesse nous allions toujours chercher la lait avec le bidon, la fermière était d’une grande gentillesse…mais le chien un peu moins. Superbe ton texte..Bonne journée… bises amicales 🙂

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  9. Dans les années 1950, j’allais en bicyclette chercher le lait à la ferme, avec des « boites à lait » en aluminium, pour la famille.
    Pas encore de voiture sur les routes, quel plaisir d’avoir les petites routes tout-à-soi !

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    • Moi c’était dans les années 1960, et j’y allais à pied, la ferme était à moins de 500 mètres. Les bouteilles de lait en aluminium était nommées « Berthe à lait », je ne sais pourquoi. Peut-être qu’une Berthe (prénom de mon arrière grand-mère maternelle) les avait inventées.

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