Une image…une histoire : Juste une cave

Ce texte a été écrit à l’origine pour paraître dans le site « Maison témoin » de Christine Jeanney

*

photo-cave

Photo MC grimard

*

La première fois que j’ai pénétré ici, il y avait un monde fou qui visitait.

C’était le jour de l’inauguration et je suis entrée en suivant le flot des visiteurs. Personne n’a remarqué ma présence. J’ai trouvé cette maison très belle et je me suis immédiatement imaginée dans de tels murs. Bien sûr, pour pouvoir accéder à ce genre de demeure, il faudrait que j’aie un travail à plein temps et une famille. Il y a beaucoup de chambres. Si elles restaient vides, la maison serait triste. Un toit est fait pour abriter la vie et des cris d’enfants.

Ma mère qui m’a eue par accident, rirait bien de moi si elle savait que mon rêve serait d’avoir une famille avec beaucoup d’enfants et de les élever dans une petite maison tout ce qu’il y a de plus bourgeois. Elle la rebelle, la farouche soixante-huitarde, l’anarchiste. Si elle savait qu’elle a nourri en son sein une pauvre fille comme moi qui rêve au prince charmant assorti d’une ribambelle de mômes hurlants, je crois qu’elle en ferait une crise cardiaque. C’est pour cela que je suis partie d’ailleurs, j’étais trop différente, trop « standard » pour elle. Je dois ressembler à mon père, même si elle ne sait même pas qui c’est. Moi, je l’imagine très bien à l’aune de mes désirs, il devait être un petit bourgeois, fils de famille bien cadré, bien propret. C’est de sa faute si je suis comme ça. C’est parce que je lui ressemble que ma mère ne m’aime pas !

Peu importe, pour l’heure j’ai trouvé un bel abri ici. Dans la cave. C’est juste une cave, mais pour moi c’est un paradis.

Personne n’ayant remarqué ma présence, j’ai pu attendre qu’ils soient tous partis et me laisser enfermer dans la maison. Dans la cave, je me suis installé un petit coin assez douillet. C’est important que je puisse dormir au calme et que j’ai un endroit pour faire un brin de toilette avant de partir travailler. Je dois être là-bas tous les matins à six heures, fraîche et bien réveillée. Si je reste dans la rue et que je me présente le matin sale et épuisée, ils ne voudront plus de moi au bout d’une semaine. Le travail est difficile, mais il paye les factures, mais quand le propriétaire a voulu reprendre son studio pour sa fille qui venait faire ses études à Paris, je n’ai rien trouvé d’autre qui soit dans mes prix. Plus de toit, plus de travail. C’est l’équation infernale, alors je n’ai rien dit à personne et j’essaye de me débrouiller, un jour par ci, un jour par là.

Ici au moins, personne ne me demandera de payer en nature mon droit de respirer. Il faut que je reste ici, dans cette cave, jusqu’à ce que j’aie gagné assez d’argent pour pouvoir de nouveau me payer une chambre quelque part à l’abri. S’ils me trouvent, ils vont me remettre à rue. Il faut que je me fasse toute petite, il faut que j’arrive à rester là sans qu’on me voie. La rue c’est l’enfer, viol à tous les étages, froid, nuit, peur. Je ne veux plus y retourner.  Je suis courageuse, je ne demande qu’à travailler, je ne demande rien à personne, juste le droit d’exister et de dormir sans avoir peur. Ici je me sens bien !

Pourvu que personne ne me trouve dans cette cave, au moins le temps que je me remette à flot…

texte et photo MCGrimard

Publicités

20 réflexions sur “Une image…une histoire : Juste une cave

  1. l’inquiétude d’un monde incertain,
    merci pour les mots et les images en tout cas

    Aimé par 2 people

  2. La cave est toujours un lieu de fantasmes (guerre froide, réchauffement climatique…). Une photo en noir et blanc est en effet mieux adaptée à cet univers bipolaire.

    Aimé par 1 personne

  3. Vos textes sont toujours d’une grande densité émotionnelle. Merci.

    Aimé par 2 people

  4. Palpitant !
    Squatter la cave d’une maison-témoin, c’est original.
    Oui, en effet, la génération de mai 68 voulait tout contester, mais la génération actuelle, voudrait à l’inverse un monde bien rangé, bien organisé, tout propret et coquet.
    Les utopies se succèdent, elles sont l’apanage de la jeunesse.

    Aimé par 2 people

  5. @ Chris : les uns multiplient les résidences secondaires, cependant que d’autres n’arrivent pas à se loger.
    A l’époque de mes grands-parents, un lieu de vie était facile à trouver, et les loyers très bon marché.
    Espérons que le bon sens revienne.

    J'aime

  6. Perso, je ne m’y plairait pas de vivre dans une cave…mais s’il le faudrait pourquoi pas si l’intérieur est bien aménager et que l’on voit la lumière du jour.
    Bonne soirée

    Aimé par 2 people

  7. Cette cave me paraît bien triste…que dirais-tu d’une visite-dégustation des caves en Champagne,🍾 d’où l’on remonte en chantant, et les caves de Saint-Germain où le fantôme de Sidney Béchet rôde encore dit-on interprêtant « petite fleur » et bien d’autres.
    après le vin, la musique n’oublions pas la philosophie et, rien de telle qu’une cave pour philosopher .
    Platon et sa cave…rne.😁
    Bon Chris, je sais ça vole pas haut..Je voulais juste te distraire, et puis on est dans des caves..alors la hauteur😳

    Aimé par 2 people

  8. Le récit pourrait être dramatique , mais il y a une distance , un peu comme se faire enfermer dans un musée ou dans un château et se dire que tout va s’arranger forcément
    Merci de raconter si bien

    Aimé par 2 people

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s