Vases Communicants de Septembre : De l’Océan (1/2)

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand vous retrouverez la liste des échanges de ce mois

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Je remercie pour sa présence sur cette page Françoise Renaud, qui anime le blog  Terrain fragile, vous pourrez y découvrir ce qu’elle partage.

J’ai pris un grand plaisir à réaliser ce nouvel échange avec Françoise que je remercie  chaleureusement. Nous avons choisi d’échanger autour du thème de la mer, thème qui me tient particulièrement à cœur…

Si vous souhaitez lire mon texte, rendez-vous sur son blog, où elle me fait le grand plaisir de me recevoir.

Je vous laisse juger du résultat, et  vous souhaite une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

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À la surface, ça court ça glisse comme sur une peau. On voit les petites langues levées par le vent puissant.
La ligne de rencontre entre ciel et mer est dure et précise, sans nuages.
Comme soulignée à la plume violette.

Les vagues s’annoncent au loin, à bonne distance de la côte. Chacune ressemble à une boursoufflure. Puis à une faille à travers le bleu brossé d’écume, à une tranchée. On y voit l’intérieur du ventre de la mer. On voit combien dedans ça bouscule et rugit, ça brasse et fracasse. Un corps d’homme serait irrésistiblement aspiré, emporté, chamboulé, avant d’être rejeté à demi-mort sur le sable.

Quand nous étions jeunes, nous enfants de la côte, nous adorions les tempêtes. Elles soulevaient des vagues énormes et remplissaient les criques jusqu’à la goule à marée haute, refoulant la marmaille estivante sur les bancs qui bordaient la corniche. Nous espérions l’orage qui ne manquait pas d’arriver autour du 15 août, accompagné d’un bref coup de vent. Ce jour-là nous enfourchions nos vélos pour gagner des rivages plus sauvages à l’écart du bourg. Plages réputées dangereuses. On ne disait rien à personne. On y allait, on déposait nos vélos à travers les genêts et on se jetait dans la bataille. Pendant plusieurs heures.
Cette ivresse à éprouver la force démente de l’eau,
le corps broyé,
les membres écartelés, la chevelure mêlée de sable et de sel.
Jusqu’à épuisement.
Chaque mur déferlant nous avalait, proposant quelque chose d’effrayant, et nous poussions des cris que nul n’entendait à cause du fracas monumental. Nous n’avions jamais peur, nous n’avions aucune mesure du danger. Parfois une vague plus vicieuse que les autres nous déportait vers la barrière noire des rochers. Nous sortions roués de coups, éraflés, ensanglantés. Nos mères nous demanderaient où donc nous étions encore allés nous fourrer. Nous dirions que ce n’était rien, ces bobos. Rien du tout. De toute façon nous nous en moquions, le paysage et le vacarme étaient nôtres, l’océan nous possédait, nous ne voulions rien d’autre qu’appartenir à ce monde qui nous avait vus naître et qui nous poussait vers l’avant avec en germe la conscience de la phosphorescence et de l’extrême beauté.

 

Texte Françoise Renaud

Photographie Marie-Christine Grimard

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8 réflexions sur “Vases Communicants de Septembre : De l’Océan (1/2)

  1. classical and impressive…

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  2. Quand nous étions jeunes, oui, comme l’écrit Françoise Renaud, nous voulions aller voir la tempête, et rester au plus près. Je me souviens d’une exceptionnelle tempête à Belle-Isle, les jeunes fous dehors, les plus sages massés dans le café en face du port, regardant avec inqiétude derrière les vitres.
    Maintenant, par « mesure de précaution » instaurée, on ne doit plus aller au-devant des tempêtes.

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  3. Moi, ce n’était pas l’océan, mais la même liberté.

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  4. Magie de l’océan qui subjugue, fait oublier la conscience du danger lorsque la vague déferle, s’y jeter et ressortir avec en bouche un goût de sel, de sable et d’algues qui pénètre les narines, bouscule le corps dans un éternel recommencement. Il faut aimer sans raison la caresse de l’eau pour se livrer à ce jeu. Merci Françoise pour ce très beau texte en phase avec le calendrier qui fait ressurgir les souvenirs d’enfance.

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  5. Il faut aimer la caresse de l’eau et du sable sur la peau pour se jeter dans cette machine à broyer que sont les déferlantes. L’envie plus forte que la raison qui ignore le danger et se joue des interdits pour y goûter par la bouche et le nez : le sel, le sable, l’écume et les algues. Jeu de l’adolescence que connaissent les natifs de la côte. Merci pour ce très beau texte chère Françoise, en phase avec le calendrier qui nous ramène vers l’enfance en quête de liberté.

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