Vases communicants : Un jour, la nuit (1/2)

Pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de lire mon texte écrit pour la journée de partage des « vases communicants » de ce mois avec Dominique Hasselmann, je le publie de nouveau. J’en profite pour le remercier pour sa photographie et pour cet échange agréable autour de nos textes et de la nuit…

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vasecodh

Photo Dominique Hasselmann

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La nuit est à moi.

J’aime sa lumière glissant sur le bitume. J’aime l’ombre des arbres qui cache les immeubles, l’instant où la ville reprend son allure de jungle. Quand les hommes se taisent et disparaissent, l’instant où la ville bascule de l’autre côté du miroir. La rue devient un fleuve où les phares des voitures se noient. J’aime l’instant où les lucioles des boulevards prennent leur envol. Je les suis du regard et je m’envole avec elles jusqu’à la cime des arbres. De là-haut, je peux tout observer. La nuit, le monde est différent.

Il faut dire que j’ai l’avantage d’avoir une vision nocturne parfaite. La plupart des hommes ne distinguent pas grand-chose après le coucher du soleil, c’est pourquoi ils ont inventé les réverbères et autres Leds. Ils ont peur du noir. Ils ont peur de tout et surtout de leur vie.

Moi, je n’ai peur de rien puisque je n’ai plus rien à perdre.

Avant, je vivais dans une grange donnant sur la colline, je dormais dans la paille et je courais la campagne dès le lever du jour. J’en ai vu des matins de soie et des soirs de velours. J’en ai dégusté des soleils de miel et des pluies glacées. C’était ma vie, l’aventure et la liberté, dure mais intense, inoubliable. Rien d’autre à faire que de trouver ma nourriture du jour et ma couche de la nuit. La précarité, les bonnes et les mauvaises surprises, les rencontres de hasard, le froid, la faim, mais aussi la liberté. Vu d’ici, je la regrette un peu…

J’ai choisi de venir en ville. Je me demande bien pourquoi.

Les lumières, les paillettes, la promesse d’un avenir meilleur, l’illusion d’une certaine richesse dont j’aurais pu profiter, tout cela m’a attiré comme un aimant. Voilà sept ans que je traîne mes guêtres sur ce bitume. J’en connais chaque centimètre. J’ai appris à mes dépends qu’il ne faut pas empiéter sur le territoire des voisins. J’ai connu des jours meilleurs dans ma jeunesse, mais à mon âge il est difficile de changer de vie. J’ai fini par m’habituer à l’inconfort et à la misère. Si je reste c’est parce que j’aime la nuit sur la ville. Quand le jour pointe son nez, je me cache et j’attends la nuit. Elle me réchauffe dans ses bras de lune, elle me donne la force de continuer à courir l’aventure. Mes nuits sont plus lumineuses que leurs jours. Leurs nuits sont à moi.

Je ne vous raconterai pas mes nuits. Elles sont mon secret, faites de rencontres incroyables, peuplées de fantômes et de fées. J’ai exploré chaque rue, parcouru chaque pavé, en silence. Personne ne me voit, je sais passer en silence. Je glisse sur leurs trottoirs. Tapi dans l’obscurité, j’habite leurs porches. Ils ne savent pas que je suis là. Parfois l’un d’eux me donne un peu de nourriture en passant. Très peu ont le courage de croiser mon regard, en général ils évitent de lever les yeux sur ma maigreur. Une fois, j’ai vécu quelques semaines dans un appartement cossu avec une jolie fille qui avait craqué pour mes yeux verts. Je dois dire que ce fût un moment de grâce. Elle me donnait sa douceur et des petits plats élaborés avec amour, je lui donnais toute la chaleur qu’il me restait en retour. Puis une nuit, l’appel de la liberté a sonné à la porte et j’ai retrouvé le goût âpre du bitume…

Peu importe, je garderai mes semelles de vent. Si je mange peu, je serai plus léger pour suivre mes désirs. Je n’ai plus de chaînes même si je n’ai plus d’amour. La liberté a un prix, celui des larmes de la solitude et du sang ! Peu importe ce qu’il adviendra de moi, tant que je serai libre et que j’éviterai le filet de la fourrière.

texte : Marie-Christine Grimard

photo : Dominique Hasselmann

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23 réflexions sur “Vases communicants : Un jour, la nuit (1/2)

  1. Merci pour ce flash-back si agréable à retrouver et relire ! 🙂

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  2. Joli conte. Je suis certain que quelqu’un se mettra dans la peau du chien qui a mordu une enfant de 7 ans au visage et qui en est morte. Et peut-être dans la peau de la maman et du papa et aussi de la petite sœur jumelle et de la phobie des chiens fous que cela fabrique. Il y a des choses qu’on arrive même pas à dire et à écrire tellement c’est …. Heureux ceux qui peuvent, ça soulage.

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    • Ce texte met en scène, un chat aux yeux verts qui a choisi la liberté sans amour ni contrainte.
      Quant aux chiens que je connais bien mieux que les chats, ils sont le reflet exact de leurs maîtres. Les animaux de compagnie ne deviennent violents que quand on les pousse à le faire. Les miens, vus sur cette page à plusieurs reprises, sont tendres et doux, mais je ne les laisse pas sans surveillance cependant.

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  3. C’est une généralité. Les créateurs de race de chiens se sont amusés à faire des cocktails rassemblant des caractéristiques physiques et de tempéraments épars qui posent problèmes parfois, voyez le cas du Jack-Russel mordeur, vous pouvez faire ce que vous voulez avec lui il mord. Si un jour la loterie, un accident (je recueille) ou un cadeau empoisonné vous fait tomber sur de tels animaux incontrôlables je vous souhaite bon courage pour résoudre les soucis avec votre environnement. Il y a des personnes qui dépriment à cause d’un animal et ce n’est pas normal. Vous me direz parfois avec ou entre les hommes c’est pas mieux, mais ce n’est pas une raison pour tout absoudre au sujet d’un animal parce qu’il est un animal.

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    • Il y a des personnes qui dépriment à propos de tout et de rien, malheureusement pour elles, et qui ne voient toujours que le mauvais côté des choses, des gens et des animaux.
      Pour ma part, comme vous le savez déjà, je cultive le contraire, histoire d’alléger les bagages…
      Cependant les croisements successifs de races de chiens visant à sélectionner les caractéristiques les plus violentes, sont un comportement irresponsable et criminel que je réprouve. Qu’il existe des personnes choisissant ce genre de chien est aussi criminel. Un chien n’est ni une arme ni un objet. Un chiot est un être de plus dans la famille et il se guide pour qu’il soit heureux et joyeux de vivre au même titre que nous le sommes en tant qu’humain.

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      • Le révérend John Russel ne voulait certainement pas mal faire (j’espère) en trafiquant dans l’alchimie instable des cocktails canins. Ça reste la responsabilité éthique des hommes oui, ce trafic de la nature biologique et de la physique, un peu comme avec le nucléaire. Pas d’engagements à la légère ce n’est pas un jeu vous avez raison, pour l’accueil il faut des conditions stables et harmonieuses un peu comme avec les enfants. A noter en alternative que vous pouvez faire travailler un chien mais jamais un chat. Merci et bon dimanche à vous !

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      • Bon dimanche à vous aussi 🙂

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  4. Les pékinois n’appartiennent pas à une race canine trafiquée, mais millénaire. J’en avais un qui aimait bien mordre, en général ils ne sont pas commodes; sorte de « chien-chat », il aime son indépendance, n’aime pas trop être commandé, sinon il se met en colère ! Heureusement, ils sont de petite taille !

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    • Chacun a son caractère, chiens comme humains, mais toute la subtilité consiste à en raboter les excès. Je reconnais que certains chiens ont du caractère 🙂
      Les cockers aussi malgré leur air toujours triste…
      Mes chiens sont des Cotons de Tuléar, voilà 15 ans que nous en avons et pour le moment, je n’ai jamais eu de soucis avec leur humeur 🙂

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  5. Les pékinois en fait sont de la famille des dogues. En Asie, ils étaient exclusivement gardiens des temples et des palais (le mien voulait toujours entrer dans les églises quand on passait devant, et si je pouvais entrer avec lui en catimini, il tombait carrément en extase !) – autrement, à la campagne, il ne voulait que rester devant la porte.

    Complètement exterminés en Chine par les révolutionnaires, comme symboles de l’Empereur, ceux que nous avons descendent des pékinois de la reine Victoria.

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  6. Aujourd’hui, et Phil a raison, il y a une grande confusion dans les animaux domestiques, chiens chats cheval, poules et vaches, comme pour les roses et autres plantes, c’est à qui va créer « sa variété » pour obtenir un prix et un label !
    On fait courir le cheval de labour et labourer le cheval de course !
    De même, avec les chiens, un chien de troupeau, ou un chien qui était fait pour attaquer les loups, n’est pas un chien de salon à être poupounné !
    Raison garder, il faut considérer le caractère propre à l’animal, son identité et sa destination première.
    S’il aime son maître, en retour son maître doit le comprendre et ne lui demander que ce qu’il lui est possible de donner.
    Bien des accidents malheureux auraient ainsi été évités.

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    • Bien d’accord avec vous sur le fait que la plupart des problèmes sont liés aux agissements humains.
      Certains chiens sont faits pour la course et l’extérieur et seraient malheureux en ville ou dans un espace réduit. Il faut respecter leurs besoins et les aimer, ce qui est un corollaire. Dans ce cas, ils n’ont aucune raison d’être agressifs.

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  7. @alex. Histoire édifiante. Malheureusement les Révolutionnaires ne s’arrêtèrent pas qu’aux chiens. Et les nazis avec leurs chiens capots dressés non plus. Mais il vaut mieux souvent se taire lorsqu’on est sous Dictature et manger sa langue quoi que l’on dise même avec les meilleurs sentiments plutôt qu’au mieux de se la faire couper avec le reste et donc conserver sa tête vivante mais muette.

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  8. Le pékinois est appelé aussi « petit lion », ou « petit dragon », et pendant la fête du nouvel an chinois, on donne au dragon une tête de pékinois.
    Inde, Chine, Japon, le pékinois est abondamment représenté partout, particulièrement en sculpture sur et devant les monuments,

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  9. @ Phil : le chien-loup est paraît-il le meilleur chien pour le dressage, il est toujours utilisé par la police, pour aider dans les enquêtes et la surveillance.
    Pendant la guerre de 40, on disait que les Allemands se promenaient avec de vrais loups, histoire de faire encore plus peur !
    Cependant, quoique le loup et le chien-loup se ressemblent, d’après les dresseurs professionnels, on n’obtient pas du tout la même chose des 2 animaux, le chien est de loin le plus performant.
    (Et le loup, lorsqu’il n’est pas en bande, est peureux).

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    • Les chiens loups sont très intelligents et très doux aussi quand in les connaît. Ils sont craints pour le rôle violent qu’ion leur a fait jouer à travers l’histoire.
      Les chiens loups ont choisi la proximité de l’homme à un moment de notre histoire commune et ont appris à travailler avec nous. Les loups ont gardé leur liberté et en ont la beauté, mais on connaît aussi des histoires d’amour entre eux et certains pionniers. Tout est dans l’amour partagé, comme dans tant de relations !

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    • En tous les cas ces animaux hybrides de nature domestique ou sauvage demandent énormément de temps et de tact pour pouvoir bien s’en occuper. Sinon il vaut mieux s’abstenir c’est irresponsable.
      Et excuses à Marie Christine une fois encore pour avoir engagé sur le chien plutôt que sur le chat qui était son sujet. 😉

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  10. Oui Chris, je suis d’accord c’est dommage …

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