Confessions intimes 19: Passero

passero

Photo M. christine Grimard

Ce matin, la lumière est différente.

Je croyais que l’hiver était encore loin d’être terminé mais l’air est plus doux aujourd’hui.

Je ne sais pas ce que je vais trouver à me mettre dans le bec, pas de vermisseau, la terre est encore trop dure, pas de graines non plus. Les temps sont durs.

Je vais rester encore un peu dans ce buisson, à me chauffer les plumes à ce pâle soleil. Qui sait, les minuscules bourgeons que je vois poindre au bout des branches, à fleur d’épine, vont peut-être s’ouvrir un peu dans la journée ? Si c’est le cas, ce soir j’aurais un dessert sucré, un petit bourgeon gonflé de miel, à peine craquant à l’extérieur et moelleux à l’intérieur….

Mmmmm, mon pêché mignon !

Il faut dire que depuis quelques temps, il n’y a plus grand-chose pour se faire plaisir !

Depuis que ce brouillard vert est venu répandre ses miasmes sur les champs, tous les moustiques sont morts et les coccinelles aussi, et même les sauterelles. Pourtant, celles-là, elles sont dures de l’extérieur et aussi de l’intérieur ! Ce n’est pas que j’aime croquer les sauterelles, non ! C’est vraiment trop filandreux. Mais enfin faute de mieux, il faut bien se contenter de ce que l’on trouve.

Je ne sais pas trop si je survivrai à cette nouvelle saison, j’ai tellement faim…

Et ça ne fait que commencer.

Je devrais peut-être partir.  Mais pour aller où ?

Je n’aurai pas la force de voler par-delà les mers si je n’ai rien mangé avant ! Il faut être raisonnable.

Pourtant l’autre jour, quand la grue a raconté son voyage, j’aurais tout donné pour pouvoir la suivre. Elle est si belle tout là-haut. Elle a de la portance avec ses ailes immenses, pas comme mes moignons…

Quel nom a-t-elle dit déjà ? Je ne me souviens plus….

Un joli nom. Exotique.

Évocateur d’Afrique.

Je ne sais pas où est l’Afrique mais tous les migrateurs qui en reviennent disent que c’est si beau, et si chaud, que les moustiques y pullulent. Il paraît qu’ils sont gros comme des tigres !

Le paradis quoi !

Ah oui, je me souviens : Tombouctou !

Tombouctou !  C’est un joli nom.

Je lui demanderai par où elle est passée, et en prenant mon temps, je finirai bien par y arriver. C’est toujours tout droit, vers le Sud. Aller, il suffit d’un peu de courage. Il suffit de laisser les vents me porter. Aller avec un peu de chance…

Je vais peut-être attendre un peu. Je suis encore un peu fatigué de cet hiver trop long. Après tout, le soleil semble plus chaud ce matin, la lumière est différente. Avec un peu de chance, il va finir par chauffer ce buisson et les moustiques de Tombouctou vont peut-être avoir envie de visiter le Nord…

 

Texte et photo : Marie-Christine Grimard

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21 réflexions sur “Confessions intimes 19: Passero

  1. L’hiver est dur pour tous nos petits oiseaux des champs et des bois. Lorsque mes parents se sont retirés à la campagne, ils leur avaient installé des mangeoires, et depuis les fenêtres de la maison bien chaude, à côté du feu de bois, on pouvait les voir voleter tout autour.
    Il y a tant de miettes qui reste d’un repas !

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    • On voit de moins en moins d’oiseaux, bien qu’on les nourrisse aussi en hiver, je crois que leur habitat naturel se rétrécit de plus en plus et leur nourriture est décimée par les pesticides. Cette année j’ai installé une petite colonne de trois amalgames de graines et de graisses différentes, avec quelques bouts de bois servant de perchoirs à tous les étages, cela a remporté un franc succès. Mais il y avait peu d’oiseaux en globalité. Je me souviens des nuées de mésanges bleues qui venaient sur le record des fenêtres dans mon enfance lorsque ma mère mettait des graines ou des miettes pour elles en hiver… Et les écureuils aussi !

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  2. Il paraît qu’ils chantent bien, aussi, ces petits oiseaux : un voyage à Tombouctou, si ce n’est pas trop loin, permettra peut-être à celui-ci (bien tranquille sur son tarmac) de revenir avec d’autres musiques en tête…

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  3. @ DH : ils pourraient emprunter un cargo tanker pour voyager sans se fatiguer…

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  4. @ Chris : je me souviens avoir entendu des agriculteurs dirent qu’ils tuaient systématiquement les oiseaux, parce qu’ils venaient manger leurs graines au moment des semailles…
    Dans les villes, certains considèrent aussi les oiseaux comme des prédateurs, qui dégradent avec leurs nids et leurs déjections les monuments, et la mairie, là aussi, peut vous fournir un sac de graines empoisonnées mortifères…

    Effectivement, on constate de moins en moins d’oiseaux dans les campagnes et les parcs des villes.

    Quand j’étais enfant, il y avait des Parisiens qui se plaignaient à la campagne, d’être réveillés trop tôt par le chant des oiseaux – et ceux qui se plaignaient de ne pouvoir dormir à cause du chant du rossignol la nuit…

    Fini !!!

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    • @ Alex : Certains Parisiens, ayant établi leur résidence secondaire à la campagne, ne supporteraient pas le chant du coq le matin ou les martèlements nocturnes du carillon de l’église du coin.
      Pourtant, on leur a épargné le chant du muezzin – qui fait rêver par ses mélopées… 🙂

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    • @Alex : Quelle horreur que de tuer les oiseaux parce que leur existence dérange les citadins !
      Mon voisin (arrivé depuis un an seulement ..) est venu m’agresser un jour de but en blanc , par ce que mes peupliers (plantés il y a trente ans) avaient envoyé négligemment quelques unes de leurs feuilles dans son jardin, sur son précieux gazon-moquette…😉
      J’ai bien ri en lui répondant que j’allais en parler au vent sans délai pour qu’il arrête ses facéties, et que s’il ne voulait pas de feuilles il fallait qu’il habite en ville !
      J’en suis restée estomaquée !

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      • @mchristinegrimard : l faut recouvrir vos peupliers de bâches bien serrées à la base et clôturer votre jardin de barbelés avec électrification et caméras de surveillance aptes à détecter le moindre mouvement hostile de ce voisin grincheux ! 😉

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      • Excellente idée !
        Il faut aussi que je briefe les oiseaux qui passent pour qu’ils évitent de traverser la haie, il a peut être dissimulé des défenses anti-aériennes dans sa pelouse tondue au centimètre près…

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  5. @mchristinegrimard : il faudrait lui envoyer une copie de ce « post » (mais il ne doit pas être branché « Internet », c’est trop dangereux !)…

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  6. @ Chris : suggestion : mettre une pancarte sur la clôture mitoyenne avec le voisin : interdit au vent, aux feuilles et aux oiseaux de passer outre.

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  7. @ Chris et aux lectrices (mais pas interdit aux lecteurs) : avez- vous pensé, que pour certains hommes, pas très futés et maladroits, interpeler une femme en raillant, est une façon d’attirer son attention, de pouvoir engager une polémique stupide puis une conversation, puis de la laisser se prendre au jeu, et de la « draguer » ?
    Son chat (qui lui aussi vous a observée), a été plus malin.
    Tel chat, tel maître.

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    • Chère Alex, vous êtes une grande romantique :-))
      Dieu m’en préserve ! je resterai très loin de ce voisin indélicat au charme inexistant et à l’intelligence resté coincée à l’école maternelle !
      Le chat aux yeux de Jade du billet précédent est celui de mes autres voisins qui eux sont des gens charmants, comme leur magnifique petit « Tipi » doux et facétieux.

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  8. Quand on aime on sait bien se mettre à la place de quelqu’un, raison pour laquelle vous faites sans doute si bien l’oiseau (l’oiselle)…Je comprends tout-à-fait même si parfois on ne se rend pas compte de leurs difficultés (faire un nid avec un bec…c’est comme si on construisait sa maison avec…sa bouche!…) . Ces petites bêtes aussi bien diurnes que nocturnes méritent tout notre admiration à vivre en société sans rien détruire de la planète bleue…Au contraire…elles l’enchantent!…C’est mon réveil- matin préféré …me sentir vivant parmi eux en ouvrant la fenêtre (parfois ouverte la nuit d’ailleurs pour…communiquer avec la chouette ! )

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    • Comme vous le savez cher Patrick, je suis légèrement obsédée par les oiseaux en général (les oiseaux marins en particulier…). Les chouettes sont si particulières aussi, j’aime leur chant et leurs regards perpétuellement étonnés !
      J’ai déjà consacré plusieurs textes de cette série aux oiseaux, un hibou, une tourterelle, un moineau, un goéland, une mouette…
      Je crains de me répéter fortement ou de commencer à radoter 🙂
      Faut-il que les lecteurs soient indulgents pour continuer à lire ces confessions. Merci à vous aussi de ne pas vous lasser !

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  9. Perso, je suis tous les matins ( 1 h. ) et l’après-midi ( 2h )en foret avec mon chien et je reste de longues minutes au même endroit à écouter le chant des oiseaux, je trouve cela merveilleux.
    Bonne semaine
    Bises

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