Clichés 77 : Prague (7)

« Croire veut dire :
libérer en soi ce qui est indestructible,
ou plus exactement : se libérer,
ou plus exactement : être indestructible,
ou plus exactement : être. »
Franz Kafka
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Photo M. Christine Grimard

 

Ce billet sera le dernier que je consacre à ce court séjour à Prague mais avant de conclure, il est une histoire que j’aimerais vous raconter.
Prague est une ville où l’on peut dénombrer des dizaines d’églises, de clochers et de statues de saints et de la Sainte Famille.
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Photo M.Christine Grimard

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Cette ville fut l’occasion de rencontres avec Paulo Coelho et son épouse Christina et leurs amis venus du monde entier, mais elle m’a permis aussi de rencontrer entièrement par hasard, si tant est que le hasard existe, une autre personne extraordinaire.
Chacun des voyages que je fis pour les mêmes raisons m’a permis d’entrer en contact avec des personnes qui ont compté dans mes souvenirs. Peut-être, parce que ce genre de voyage est déjà naturellement tourné vers l’idée de la rencontre, ou peut-être en raison de l’état d’esprit que Paulo fait régner autour de lui. Cependant, étant d’un naturel plutôt timide, il m’est toujours difficile d’aller vers des inconnus, quand je ne suis pas dans le cadre de mon travail.
Mais cette rencontre vaut la peine que l’on s’y attarde…
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Photo Wikipédia

Dans la ville ancienne, la Mala Strana, se situe l’église Notre dame de la Victoire, où les pèlerins du monde entier vienne prier l’Enfant Jésus de Prague, statuette offerte par Polyxène de Pernstein, princesse Lobkowicz, au couvent des Carmélites de Prague en 1628, auquel de nombreux faits miraculeux ont été attribués. L’enfant Jésus est habillé chaque jour d’une robe différente, et plus d’une centaines de vêtements précieux lui ont été offerts par des pèlerins. Les manteaux brodés sont visibles au musée de l’enfant Jésus de Prague au premier étage de l’église. L’un d’eux a été brodé par la maman de Christina Oiticica, et offert par Paulo Coelho son époux à l’enfant Jésus, en remerciement de ses grâces.
Le 19 mars au matin, Christina est allée vêtir l’enfant Jésus de cette magnifique robe brodée par sa maman.
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J’ai donc suivi la trace de Christina le dimanche matin, jour des rameaux, ne connaissant pas l’histoire du Petit Enfant Jésus de Prague.
Je suis entrée dans cette église somptueuse où le retable de l’Enfant Jésus est couvert d’or, quelques minutes avant l’office.
Un peu perdue, je me suis dirigée vers la sacristie au lieu d’aller vers le musée, où je suis entrée au moment où un prêtre en sortait. Il m’a demandé d’où je venais en italien et devant ma réponse en français, il a commencé à me parler dans ma langue. Nous avons longuement échangé sur la vie, la religion, la situation politique de l’Afrique et de l’Europe. La coïncidence veut qu’il ait vécu à quelques kilomètres de mon village durant quelques mois, et nous avons aussi parlé de la France dont il n’a pas oublié la langue. Il m’a montré « Son Carmel » et m’a expliqué comment il avait édifié cet endroit pour accueillir les populations démunies et leur donner du travail en plantant du bois d’ébène. L’entendre parler ainsi de sa mission et de sa passion fut un instant privilégié. Il m’a montré ses photos de la mission, et de jeunes enfants arrosant les plans de jeunes arbres.
Il s’agit du Père Anastasio Roggero, père missionnaire, l’un des pionniers des missions fondées par les Carmes en République centrafricaine il y a quarante ans, et il est aussi le fondateur du couvent des Carmes de Bangui en 2006. Actuellement, le carmel est devenu l’un des plus grands camps de la capitale centrafricaine, accueillant 7500 réfugiés centrafricains. Le Père Frédérico Trinchero qui succède au Père Anastasio explique que le pays affronte une crise humanitaire sans précédent en raison de troubles politiques et religieux.
Nous avons échangé longuement, prié la vierge Marie ensemble, puis il m’a montré le livre d’or de l’église où de nombreuses personnes illustres ou non ont rendu grâce à l’Enfant Jésus de Prague. Certains témoignages sont poignants, et ce moment d’humanité partagée restera un des souvenirs marquants de ma vie.
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Photo M.Christine Grimard

En souvenir de cette rencontre il m’a offert une statuette de la vierge et de l’enfant sculptée dans un morceau d’ébène et un tableau de la vierge fait par les jeunes en ailes de papillons selon la tradition centrafricaine.
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Photo M Christine Grimard

Pour ceux qui veulent se renseigner ou aider le Carmel de Bangui il suffit de suivre ce lien.
Je n’ai rien demandé au petit Enfant Jésus de Prague et pourtant il m’a donné la surprise de cette rencontre, et l’espoir que notre monde pourra survivre à la barbarie puisqu’il existe des hommes qui se sont donné pour mission d’aider les autres hommes à porter leur vie vers la lumière.
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Cette ville est probablement encore plus magique que l’on ne croit.
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–> Fin <–

 

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20 réflexions sur “Clichés 77 : Prague (7)

  1. Belle rencontre en effet, l’inattendu en fait tout le charme mystérieux. Même vu de haut le paysage et les souvenirs de Prague recèlent encore sans doute d’autres découvertes. Les souvenirs que vous en rapportez vous y font sûrement penser quotidiennement !

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  2. Etonnant … comme ces ailes de papillons en décoration … exactement comme celui que mon père rapporta de Rio autour d’une image pieuse
    Beau souvenir de vos rencontres Merci du partage

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    • Oui très étonnant, et assez déconcertant…
      Un autre ami m’avait offert un tableau abstrait venant de là-bas (son pays d’origine) m’expliquant que c’était un art traditionnel du pays.
      C’est un gros travail.
      Mais je ne peux m’empêcher de penser aux papillons qui y ont laissé leurs ailes…
      Avec le temps, la tradition fera peut être place à d’autres techniques de remplacement moins sanglantes, je l’espère.

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  3. Une rencontre intéressante..tes photos sont belles…bonne journée

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    • Merci Georges !
      Cette rencontre fut exceptionnelle. Le père tentait de redonner leur dignité aux pauvres de Bangui en les employant pour planter du bois d’ébène et reboiser autour du caramel puis fabriquer des objets avec pour le tourisme, le but étant de travailler pour ne pas vivre de charité. Et quand les guerres partisanes ou religieuses ont ensanglanté le pays, le Carmel est devenu le plus gros camps de réfugiés du pays.

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  4. Magnifique tableau de la Vierge à l’Enfant en ailes de papillons !
    Magie d’une rencontre avec un missionnaire qui a œuvré près du village de votre enfance, sous l’égide de l’Enfant Jésus de Prague, grâce à Paulo Coelho !
    Comment se tisse la toile du destin dans le ciel…

    On ne saluera jamais assez le travail courageux des missionnaires, particulièrement en Afrique, auxquels nous devons une population chrétienne pro-européenne, arrachée à un islam vainqueur et conquérant, dont nous payons le prix aujourd’hui.

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    • La vie est finalement jalonnée de rencontres, certaines vous laissant un souvenir indélébile. La toile se tisse autour de nous et les instants de nos vies s’entrelacent comme par magie parfois.
      Ce que certaines personnes font de leur vie, en la tournant vers les autres, comme le père ici, est admirable en effet. Actuellement le Carmel accueille tous les réfugiés sans distinction d’appartenance ou de religion, bien sûr, l’heure est malheureusement à la survie. Et ce qui est terrible c’est que tout ce malheur soit arrivé au nom de religion justement !
      La Foi chrétienne qui porte ces missionnaires, est probablement l’énergie qui leur permet de sublimer leur humanité. On a oublié aujourd’hui, avec toutes les guerres religieuses, que la Foi devait être le vecteur du bien et ce qui reliait les hommes pour qu’ils s’entraident.
      Comment l’amour originel a-t-il pu se transformer ainsi en haine ?

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  5. bel objet troublant dans sa forme…
    J’ai voyagé avec vous avec vos mots et images

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    • Objet très troublant où l’on sent encore la vie de l’arbre, et celle du sculpteur qui l’a façonné.
      Merci à vous aussi de m’avoir accompagnée dans ce court voyage, dont j’ai prolongé les souvenirs jusqu’à ce jour 😉

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  6. Merci pour le partage de cette rencontre. En retour, un petit texte poétique de J. Salomé qui évoque ce moment de consonance.

    « Les univers se ressemblent et même les silences convergent.
    Seule l’ignorance parle de hasard.
    Chaque rencontre nous révèle à nous-même.
    Il arrive que l’autre vous amplifie.
    Ces rencontres sont rares mais elles existent.
    Et si les âmes, comme les étoiles, s’attiraient selon des lois inéluctables ?
    Les écritures se rencontrent et les pensées alors s’offrent en cadeau.
    Les voix se répondent en écho et les univers convergent
    vers la magie des vibrations. » (J. Salomé).

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    • Je vous remercie beaucoup pour ce texte, qui reflète exactement l’état d’esprit dans lequel j’étais après cette rencontre extraordinaire.
      J’apprécie les travaux de J.Salomé, et pense qu’il n’y pas de hasard. Les rencontres arrivent quand on est prêt à les recevoir, et les âmes s’attirent parce qu’elles se ressemblent et ont besoin les unes des autres. Les regards se cherchent pour que les âmes se trouvent.
      La vie est faite d’une multitude de rencontres et ce qui en fait le prix.
      Un grand merci à vous de venir ici nous faire goûter à votre magie 🙂

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      • Je ne crois pas au hasard, moi non plus 😉
        Avez-vous remarqué que les « coïncidences » se multiplient et se démultiplient tout au long de la vie à mesure qu’elles nous interrogent ?
        Un phénomène de diapason, peut-être, qui augmente la conscience au-delà des limites établies par le bon sens …
        La physique des particules et le principe d’inséparabilité des photons corrélés nous expliquera t-il un jour cela ? (sourire).

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      • Je crois que ce que nous appelons « coïncidences » sont des clins d’œil que la vie met sur notre chemin, une manière de nous tirer par la manche pour que l’on finisse par remarquer ce qui s’agite devant nos yeux auquel nous ne prêtons pas attention.
        Je crois que certains êtres sont « en phase » sans se connaître parfois, vibrant des mêmes pensées. Est-ce une question de molécules d’origine commune, de physique ou d’énergies jumelles. Les scientifiques en donneront peut-être une explication théorique un jour, en attendant, il nous reste la poésie et le rêve pour en tenter l’approche 🙂

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  7. @ Chris et Sorcière : comme les philosophes grecs, je crois à l’âme sœur.
    Comme dans les idées de la réincarnation asiatique, je crois que nous retrouvons dans cette vie des amis, des compagnons, avec lesquels nous avons œuvrés dans une vie antérieure, d’où une attirance soudaine inexplicable.

    Il paraît que lorsqu’on quitte une vie, on reprend la suivante au point où on a laissé la précédente. D’où une des origines de la mémoire.

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    • Je crois aussi que certaines âmes sont « soeurs » dans le sens proches, vibrant sur la même corde.
      J’avais lu plusieurs ouvrages décrivant effectivement ces sauts d’une vie à l’autre où l’on rencontre les mêmes compagnons sous des formes différentes, comme si plusieurs chances nous étaient données de choisir notre destin. Il est difficile d’expliquer en effet que nous pensions « reconnaître » certaines personnes spirituellement, alors que nous ne les avions jamais vues auparavant.

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  8. Une rencontre partagée, merci
    un peu de cette présence atteint le lecteur.
    (Oui, Prague, ville magique. Chez la mère de ma belle-fille, j’y ai vu le premier sapin de Noël tournant – avec de vraies bougies, le fil électrique étant impossible – sur un pied qui était aussi musical. Une relique de toute beauté et d’un effet envoutant)

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    • Merci à vous de partager ce souvenir si précieux !
      L’effet devait être magnifique, de quoi regarder ce sapin tourner pendant des heures en savourant les chants de Noël. Un parfum d’enfance, celui du sapin de de la cire mêlés dans l’attente de la fête…

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