Phrases 35 : Mots en toute liberté

« Le génie, c’est précisément, au moins en matière poétique, d’être fidèle à la liberté. »
Yves Bonnefoy

*

bourgeaons

Photo M. Christine Grimard

Au premier soleil, je retrouverai ma liberté de pousser n’importe où, sans contrainte, sans astreinte, sans tuteur, sans vergogne; je m’élancerai vers le ciel à la recherche de la lumière sans peur du lendemain et je laisserai éclater ma joie chaque jour jusqu’à ce que l’hiver me sèche, si le sécateur ne m’a pas interrompu prématurément.

Vous ne me volerez pas ma liberté de penser, ma liberté de pousser au soleil, ma liberté de choisir mes folies et mes ivresses, ma liberté de rêver; vous ne m’obligerez pas à pousser selon votre bon vouloir et si vous me liez à ce piquet, je laisserai mes racines s’insinuer en silence sous la mousse là-bas, et vous ne me verrez pas refleurir derrière la colline puisque seul votre pré carré vous intéresse.

Liberté de penser et d’agir selon sa conscience, nourrie de la sagesse des anciens, pimentée de la folie de la jeunesse, arrosée du miel des jours d’été, liberté de choisir selon son cœur, liberté d’aimer selon ses vœux, liberté de déambuler selon ses envies, liberté de décider de son avenir, liberté d’être utile ou inutile, liberté de choisir le jour de sa mort, liberté de suivre son propre chemin de lumière, combien d’entre nous la possèdent vraiment ?

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22 réflexions sur “Phrases 35 : Mots en toute liberté

  1. La liberté des fleurs ou des plantes face au sécateur du jardinier : comme celle des étudiants face aux délogeurs de la place de la République à Paris…

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  2. Vraie question, joliment illustrée : merci de la poser si poétiquement, pour qu’elle fasse en douceur son chemin dans nos têtes…

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  3. Liberté, Liberté chérie…Franc est synonyme de libre…une vieille histoire de chez nous ! Ici, toutes les idées poussent et bourgeonnent, maintenant dans la tête des étudiants !
    Quant au vilain sécateur de la secte EI, à jeter aux orties.

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    • Nous sommes si « attachés » à notre liberté que nous n’avons pas remarqué que nous avons perdus nos libertés de choix dans ce monde et dans ce pays, peu à peu remplacées par l’intérêt général. C’est tellement vrai dans mon métier où l’organisme payeur, l’assureur choisit pour son assuré, ce qu’il aura le droit de faire avec sa santé. On est arrivé au bout d’un système où l’intérêt « général » écrase l’individu et choisit sa vie à sa place.
      Les étudiants ont ce sursaut, mais à 30 ans, dans quel moule seront-ils compressés ?

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  4. De ma compagne soignante et de mes nombreux potes toubibs je retiens aussi  » Si tu fais pas d’arrêt de travail, je vais voir ailleurs » ou alors au contraire la version de l’ayant Droit qui ne fait jamais valoir ses Droits (plus fréquent qu’on ne le pense et faut faire intervenir l’ AS). Liberté à n’importe quelle sauce et pour n’importe quoi, mais la liberté du commerce surtout. Faudrait tout revoir depuis le début.

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    • La liberté des soins est bloquée par les coûts générés, par l’assurance maladie. On nous interdit de soigner les patients en fonction de leur âge et pas de leur état physique. Le choix laissé aux patients et aux soignants est réduit en France, ce que peu de patients savent, avant de le voir à leurs dépends.
      Et cela s’aggrave de mois en mois.

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      • Grave. Vous parlez de l’hôpital public ou c’est la même chose dans les cliniques ? On laisserait mourir les vieux ou on encouragerait à s’en débarrasser de facto ?

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      • Non je parle du travail des médecins de ville, dont je fais partie, obligés de suivre les consignes que l’assurance maladie leur impose, jour après jour, avec interdiction d’utiliser certains médicaments innovants et ayant prouvé leur efficacité, ou de demander certains examens au delà d’un certain âge alors que l’on aurait les moyens matériels de le faire et que le patient en a besoin. Je parle de la « prévention primaire » qui est laissée de côté avec l’idée qui fait son chemin peu à peu dans la tête de la population générale (relayée complaisamment par les médias) que seule la « prévention secondaire » est utile. Soigner les maladies avérées après les dégâts établis et tant bien que mal au lieu de prévenir l’accident vasculaire par exemple !
        Moi qui ai connu l’époque où l’on n’avait pas grand chose à notre disposition dans les années 80 et qui voit ce que l’on a aujourd’hui dans notre arsenal, et l’usage qui en est permis ou interdit dans ce pays par l’assurance maladie…
        C’est une souffrance au quotidien pour de nombreux soignants soucieux de l’intérêt de leur patient, et cela contribue largement à la désaffection des jeunes générations pour le travail sur le terrain.

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      • @ M.C Les labos font payer au prix fort certaines molécules. Vous savez le prix de certains traitements pour le cancer, cela explique pourquoi en Angleterre on laisse les gens pauvres mourir alors que c’est un peu moins le cas en France tout de même. Sinon si il n’y a pas de différences entre les deux systèmes à terme il faut reconnaitre que le notre est beaucoup plus coûteux suivant les impôts et les charges à cause du fonctionnement en particulier. Certaines maladies sont sous évaluées et endémiques comme la maladie de Lyme, un véritable scandale sanitaire (équivalent d’une infection et lésions de la syphilis à long terme), pour des raisons économiques. Pour avoir les bonnes infos il faut s’abonner à des listes US ou allemande. Et ce n’est qu’un exemple. Personne dans la rue pour ça ?

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      • Vous avez une fausse idée de ce qui se passe en France, pensant que les institutions protègent les citoyens, ce n’est plus le cas. Les anglais vont finir par mieux soigner les gens que nous rapidement. Arrêtons de penser que notre système est bon, il l’était, mais ne l’est plus. Certains produits à visée ontologique sont chers, mais d’autres de pratique courante sont très raisonnables (moins de 10 euros par mois) et pourtant on nous en refuse l’accès, la guerre faite aux labos pharmaceutiques est devenue une institution, oubliant que si le médicament n’existait pas, les médecins n’auraient pas grand chose pour soigner à part leur bonne volonté, oubliant aussi que la recherche se finance par l’achat des médicaments précédents, et que derrière « les labos » il y a des hommes et des femmes qui travaillent pour l’avenir de notre santé. Cette guerre se trompe de cibles, c’est plutôt le système financier qui est derrière qu’il faudrait villipander et les intérêts de couloir y compris dans les autorités de santé.
        Quant au patient, souffrant en bout de chaîne, il devra accepter ce que l’on veut bien lui payer même s’il y a mieux ailleurs.
        Certaines maladies sont sous évaluées, d’autres sont bien évaluées depuis trente ans et pourtant on ne les soigne pas, le patient ayant passé l’âge…
        Souriez, vous êtes périmé !

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  5. @ MCG : mais heureusement, caractéristique des Français, nous avons conscience du problème, et encore mieux, nous savons le formuler dans notre belle langue.
    À partir de cette première étape, la plus importante, on peut débattre…et gagner.

    Nous sommes encore un pays de fonctionnaires, au service de l’Etat, contre toute cette marchandisation envahissante et stupide. Et de bas étage.

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  6. Beaucoup n’ont plus cette liberté. Bonne journée…Bisous

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    • Beaucoup ne l’ont jamais eue mais nous sommes en train de la perdre peu à peu à petites touches, comme la grenouille qui se laisse cuire à petit feu et n’a plus la conscience qu’elle doit sauter de la marmite. Au lieu de nous gargariser de nos libertés et droits acquis, regardons la réalité du terrain. Le confort passager ( et illusoire) vaut il la liberté de choisir ?

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  7. J’ose croire que c’est oncologique et pas ontologique. Votre critique est recevable et partagée par beaucoup de soignants dans la mesure ou d’où vous êtes, vous témoignez. Pas facile à réformer raisonnablement le système.

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    • Mon correcteur d’I phone fait souvent des siennes et j’ai le gros défaut de ne jamais me relire.
      Dans ce pays aux 365 fromages, les réformes structurelles sont impossibles comme l’ont expérimenté de nombreux politiciens de tout bord. Le système continuera dans ses erreurs jusqu’à l’implosion, puisqu’il ne tient jamais compte des réalités de terrain.
      Je n’en dirai pas plus sur ce sujet qui est une de mes grandes souffrances de soignant, et qui nous mène progressivement au découragement, moi et mes confrères, qu’ils soient presque à l’âge de la retraite ou même encore internes pas encore installés (et pas pour des histoires d’honoraires comme le disent à l’envi les médias, mais bien pour des raisons de conscience professionnelle et humaine) !

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  8. On devrait avoir un cours de « liberté » …et…de préférence assez tôt dans la vie…! On pourrait la découvrir et la partager plus rapidement sans « retenue »…

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    • Vous avez raison Patrick, un cours nous donnant le goût de la liberté et nous apprenant aussi où commence celle des autres, et le respect des différences. Que vaut ma liberté si elle détruit celle des autres ? Mais qu’on me laisse mes choix dans la mesure où ils respectent l’éthique humaine fondamentale !

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  9. Paul Valéry disait que l’on perdait (de son temps) une liberté par jour.
    Il serait incapable de vivre dans ce monde.
    En tant qu’enseignant, j’ai l’impression précisément qu’une partie de mon rôle est de faire accepter cet état (et éventuellement de repérer ceux qui n’en sont pas capables)
    (je fais rarement cela mais il me semble que c’est en rapport direct :
    https://motslies.com/2016/04/11/enfants-soldats-aunryz/)

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    • Merci pour ce lien !
      J’avais lu et apprécié votre billet pour cela justement.
      Oui on formate les esprits dès l’enfance, comme des bons petits soldats près à rentrer dans le moule, puis ok continue avec la manière dont on fait passer les idées souhaitées dans l’esprit des gens pour qu’ils finissent par les accepter comme étant les leurs, par médias et informations formatées itératives, puis l’individu et ses rêves de liberté disparaît derrière le cadre sans même laisser de traces…
      Merci pour votre intervention 🙂

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