Vases communicants de Janvier : Imagine, le jour où…

Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le lire, voici le texte que j’avais écrit pour cet échange de vases avec aunryz, à partir de deux phrases de départ que nous avions proposées à l’autre. J’en profite pour lui dire de nouveau combien j’ai apprécié cet échange avec lui, et la poésie de ses mots.

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Un soir, semblable à tous les soirs, il décida que le reste attendrait, là-bas derrière la fenêtre, le soleil commençait à rosir et il n’y avait plus de temps à perdre…

– Le jour où elle comprit que le soleil ne lui devait rien et même, ignorait tout de la chaleur qu’il lui donnait, elle sut enfin profiter pleinement de sa caresse…

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Il aimait ce pays qu’il avait choisi, mais il ne prenait jamais le temps d’en profiter vraiment. Lorsqu’il avait demandé sa mutation dans cette région, il ne pensait pas l’obtenir. C’était un pari avec ses amis, et c’était devenu un objet de plaisanterie, tous se demandant comment il parviendrait à supporter la vie dans ce pays éloigné de tout, perdu aux milieu des montagnes où il ne connaissait personne, lui, le gosse de la ville, avec son chien pour seule compagnie. Il est vrai que l’animal tenait plus de place qu’une famille entière, et qu’avec lui il n’aurait jamais le temps de s’ennuyer.

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Elle avait toujours vécu dans cette région baignée de soleil, elle ne se posait même plus la question du temps qu’il ferait lorsqu’elle avait un projet en tête. Les jours de pluie étaient si rares qu’aucune de ses représentations en plein air n’avait jamais été gâchée par une averse. Elle animait un atelier de théâtre pour les adolescents du village, et ses pièces co-écrites par les jeunes et mises en scène par ses soins, avaient toujours un franc succès dans le canton. Sa réputation n’avait pas encore dépassé la ville voisine mais elle ne désespérait pas de la pousser un jour jusqu’à Avignon. Qui sait ?

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Cette semaine-là, les classes avaient été difficiles, la proximité des vacances n’incitait pas les élèves à se concentrer sur Pythagore. Il se prenait à rêver de randonnées dans les collines avec son chien, au milieu des corrections de la dernière évaluation. Le désir d’évasion des jeunes devait être contagieux. Il était temps qu’il fasse une pause. Après tout, il serait plus performant au retour. Il décida que le reste attendrait, là-bas derrière la fenêtre, le soleil commençait à rosir et il n’y avait plus de temps à perdre. Il saisit son duffle-coat et son écharpe, siffla son chien, puis claqua la porte derrière lui, et partit à grands pas sur le sentier du Grandolou…

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            Elle réfléchissait à sa prochaine mise en scène, mais ce soir, elle n’arrivait pas à visualiser ce qui manquait au texte pour le rendre vivant. Pourtant, elle avait une sorte d’instinct pour cela, ajoutant un mot, une intonation, et l’émotion submergeait le spectateur. Elle soupira, c’était un jour sans. L’inspiration s’était envolée. Il ne servait à rien qu’elle se torture toute la soirée, si les mots la fuyaient, il était préférable qu’elle se consacre à autre chose. Ce gâteau aux amandes dont elle avait trouvé la recette la semaine dernière ferait très bien l’affaire. Sauf qu’elle avait oublié d’acheter de la poudre d’amande. Elle soupira de nouveau, décidément c’était un jour sans. Ce n’était pas dans son caractère de se laisser déborder par les difficultés. Elle avait toujours fait face, depuis son enfance, elle avait toujours su qu’elle ne pourrait compter que sur sa propre énergie. Le jour où elle comprit que le soleil ne lui devait rien et même, ignorait tout de la chaleur qu’il lui donnait, elle sut enfin profiter pleinement de sa caresse… Elle décida d’en profiter ce soir, après tout, il n’y avait plus que ça à faire, si elle voulait admirer le coucher du soleil si beau en cette saison, elle n’avait pas un instant à perdre. Elle s’habilla chaudement et partit à grand pas vers le couchant.

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            Le soleil était magnifique ce soir, inondant de pourpre la brume qui couvrait le sommet du Grandolou. C’était l’endroit qu’il préférait, et il montait l’admirer chaque fois qu’il se sentait seul. Son chien était ravi de courir dans les sentiers, levant des pistes imaginaires et revenant vers lui tout fier de ses prises, en général des morceaux de bois aux odeurs de mousse. Il aurait pu faire une collection de branchages de toutes les essences alentour. Il lui lança le bâton qu’il venait de dénicher sous un tas de feuilles. Le chien partit ventre à terre. Il l’entendit gambader dans les futaies, puis s’arrêter brutalement et grogner. Inquiet, il se leva, se demandant quel gros gibier il avait pu déranger…

*

            Elle se dépêchait, plus que quelques mètres à parcourir et elle déboucherait sur le plateau, juste à temps pour assister au coucher du soleil. Elle connaissait chaque pierre du chemin et pourrait redescendre aisément, elle l’avait souvent fait lorsque sa mère était encore là et s’inquiétait pour elle. Elle s’en amusait en ce temps-là, mais ce soir, elle regrettait de lui avoir causé ce souci inutile, et un remords rétrospectif lui serra le cœur. Elle essuyait une larme au bord de ses paupières lorsqu’elle le vit foncer sur elle, crocs découverts, un grondement sourd au fond de la gorge. Il lui parut énorme, sa silhouette se détachant sur un fond de ciel pourpre. Elle était sûre qu’il n’y avait plus de loup depuis une dizaine d’années, les bergers ayant fait des battues jusqu’à ce que le dernier ait déserté la montagne. Pourtant cet animal gris cendré au regard sombre semblait tout droit sorti des légendes du Gévaudan. Elle s’immobilisa et retint sa respiration, évitant de regarder l’animal dans les yeux, se demandant comment elle allait s’en sortir.

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            Il se précipita vers la voix de son chien. Il était encore jeune et même s’il était robuste, il craignait qu’il ne se blesse en faisant une mauvaise rencontre. Il se demandait ce qu’un chien né en ville ferait s’il se trouvait brutalement truffe-à-truffe avec un sanglier. Même si un de ses lointains ancêtres avait du sang de loup, la dilution des gênes au cours de générations et croisements successifs, n’avait pas dû lui laisser beaucoup d’instinct sauvage.

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         Elle se souvint soudain de ce que lui avait appris son grand-père, un jour où ils avaient croisé un chien errant. C’était le moment de tenter l’expérience. Elle se racla la gorge, modulant sa voix, les nuits de théâtre allaient porter leurs fruits. Fixant le regard du molosse, elle émit un premier son grave, lancinant, venu du fond de ses entrailles. Le chien cessa de grogner pour l’écouter. Elle continua sa mélopée envoûtante, successions de notes répétitives murmurées à peine audibles. Le chien s’avança très lentement vers elle, comme si le chant l’attirait irrésistiblement, puis se coucha à ses pieds, la gueule levée vers elle. Elle leva la main très lentement et la posa sur le crâne de l’animal qui ne bougea pas d’un pouce.

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            Au grognement de son chien avait succédé un murmure étrange, il pressa le pas se demandant à quel animal pouvait appartenir cette voix. Sortant du couvert des arbres, les apercevant soudain, il s’immobilisa sentant la nécessité de ne pas les déranger. Son chien, plutôt sauvage en temps habituel, était allongé aux pieds d’une jeune inconnue et la regardait avec un air de profonde adoration. Elle avait posé sa main sur ses oreilles, et lui qui ne supportait pas qu’un étranger s’approche de lui, ne bougeait plus. Il n’en revenait pas.

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            Elle était soulagée, l’énorme molosse se révélait en fait doux comme un jeune chiot. Elle sourit et se pencha vers lui pour le caresser quand elle vit surgir devant elle un jeune inconnu qui la dévisageait d’un air méfiant. Le chien se releva brutalement et lui fit la fête. Elle comprit qu’il s’agissait de son maître et se sentit bêtement rassurée, se disant qu’ils devaient être assortis en caractères et qu’elle n’avait rien à craindre du propriétaire d’un animal si gentil.

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            Il tenta de se remettre de sa surprise et de rassembler ses idées, mais sa timidité maladive le privait de sa voix, à moins que ce ne soit le regard bleu de la jeune femme. Il fallait qu’il se ressaisisse, puisque son chien avait fait l’essentiel des présentations, il n’allait pas rester là muet comme un imbécile.

*

            Elle croisa son regard et sut qu’il était digne de confiance, et que sa timidité ne serait pas un obstacle entre eux. Elle arbora son plus beau sourire, lui tendit la main et dit :

  • Ravie de vous rencontrer. C’est une belle surprise, votre chien est extraordinaire. Je n’en n’avais encore jamais vu de semblable…

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        Il prit la main qu’elle lui tendait, et lui rendit son sourire. Ce soir, semblable à tous les soirs, il décida que le reste attendrait, le soleil commençait à rosir et il n’y avait plus de temps à perdre…

Phrases 28 : Mots silencieux 

« Each soul must meet the morning sun, the new,
sweet earth,
and the great silence alone. »

Charles Alexander Eastman

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Photo d’auteur inconnu

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  • Il n’y a que le silence pour me parler de toi, terre si belle sous mes pas, si surprenante parfois si secrète aussi, si mystérieuse que je ne devine jamais ce que tu me caches encore au détour du chemin.
  • Souvent lorsque la nuit s’habille d’encre violette et que le silence avance à pas feutrés, j’écoute le murmure de l’univers me fredonner cet air inconnu des mortels, chant mystérieux porté par les ailes des fées, notes saupoudrées aux confins des forêts oubliées.
  • En suivant l’oiseau qui glisse dans le silence, tu rejoindras l’horizon juste avant que l’aube n’embrase les vagues et tu verras la lumière renaître de ses cendres à l’instant précis où les ombres d’hier rejoindront le passé.

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Poème : Le temps des voeux

Au moment de reprendre pied dans la vie normale, les fêtes étant achevées, il est temps de partager l’espérance en ces premiers jours de l’année.

 

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Bonne année

Que cette année vous soit douce

C’est le temps des souhaits

Sincèrement partagés

Avec le coeur

En douceur

Pour un début d’année

Plus léger

Aussi beau qu’espéré

Encore tous ensemble

Toute une année

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For you Human:
Happy New year
Gelukkig Nieuwjaar
Feliz ano novo
Feliz nuevo año
Frohes neues Jahr
ευτυχισμένο το νέο έτος
Godt nytår
Felice anno nuovo
Godt Nyttår
Bhliain nua sásta
Честита нова година
Urte berri
Boldog új évet
Gott nytt år
Šťastný Nový Rok
Bonne année à tous
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Une image…une histoire : L’Esprit de Noël (3/3)

houx

*

L’enfant repartit aussi vite qu’il était venu, en secouant ses boucles blondes.

Lorsque la porte se referma sur lui, Pierre eut la sensation que quelqu’un avait éteint la lumière.

Il regarda les boules étincelantes et essaya de les disposer autour de son bouquet, mais n’y parvint pas. Il n’avait jamais été doué pour les fêtes. Il se sentit soudain si vide…

Si les magasins avaient été encore ouverts, il aurait bien été acheter un jouet pour cet enfant, pour qu’il ne perde pas ses illusions tout de suite, comme lui l’avait fait à son âge. Il pensa soudain au cadeau qu’il avait reçu l’année de ses six ans et qu’il avait tant aimé ; ce livre où un jeune garçon blond affrontait le Sahara pour l’amour d’une rose vaniteuse. Il fallait qu’il le retrouve, il en ferait un paquet pour le petit Jonny. Il fouilla fébrilement sa bibliothèque mais ne retrouva pas son livre. Il était déçu, il aurait voulu lui donner demain matin, il était sûr qu’il l’aurait aimé autant que lui, ce matin de Noël où…. Au souvenir de ses chagrins d’enfance, il se mit à trembler de nouveau, la fièvre devait monter. Il allait se coucher, cela vaudrait mieux !

Il se déshabilla et se coucha dans le noir. A la lueur de lune, la guirlande de l’enfant brillait sur la table. Si ça continuait, il ne pourrait pas dormir. Il se releva et rageusement, jeta les boules, la guirlande et le bouquet de houx dans sa corbeille à papier. Noël, ça n’était pas pour lui !

Il se retourna vers le mur, et s’endormit.

*

Cette nuit-là, il fit cauchemar sur cauchemar, sans doute en raison de la fièvre. Il rêva d’un enfant blond, habillé en père Noël qui parcourait le désert en cherchant un ami…

Voilà bien longtemps qu’il n’avait pas passé une si mauvaise nuit.

Au matin, il était couvert de sueurs froides. C’était Noël, et il était seul, une fois de plus. Il s’assit au bord du lit, la tête dans les mains. Inutile de se lamenter, il n’avait que ce qu’il méritait puisqu’il ne croyait plus en Noël, le petit avait raison…

Dehors, des gens passaient, riant et chantant des cantiques de Noël. Le jour se levait, ils devaient rentrer de leur réveillon. Pierre chassa le vertige qu’il sentait venir d’un geste de la main et se leva pour aller boire un verre d’eau. Dans la cuisine quelque chose avait changé. Il mit plusieurs secondes à réaliser. La guirlande avait été disposée autour de son lustre et les trois boules argentées de Jonny étaient suspendues aux branches. Cela donnait à la pièce un air de fête. Sur la table, le petit bouquet de houx était de nouveau dans son verre d’eau, brillant de paillettes. Il semblait avoir doublé de volume depuis la veille. De chaque côté étaient disposés deux paquets-cadeaux enveloppé dans un papier décoré de rennes et de sucres d’orge à rayures rouges, avec une grosse étiquette où il était écrit « Jonathan ».

Pierre, incrédule n’osait pas s’approcher de la table. Ça devait être la fièvre…

Il finit par se décider, il prit les cadeaux avec précautions, les soupesant, les tournant et les retournant. L’un des paquets était petit et lourd, l’autre était beaucoup plus volumineux et plus léger.

Qu’est-ce que c’était que cette histoire de fous …

Il s’interrogeait toujours quand on frappa impatiemment à la porte. Il alla ouvrir et se trouva devant Marie et Jonathan. L’enfant, en pyjama ne retenait plus son excitation :

  • Regarde le Père Noël s’est trompé de maison, il m’a apporté un cadeau pour toi, ouvre-le ! Dit l’enfant en brandissant un petit paquet sous le nez de Pierre.

Pierre prit le paquet, il était identique à celui qu’il venait de reposer sur sa table, enveloppé des mêmes rennes et sucres d’orge, avec une grosse étiquette indiquant « Pierre ». Il dit à l’enfant :

  • Le père Noël est vraiment perdu cette année, ou alors il faut qu’il change de lunettes. Regarde il a laissé chez moi deux cadeaux pour toi. Ils sont sur la table.

L’enfant se précipita et prit les deux paquets, qu’il serra sur son cœur.

  • Allez on les ouvre ensemble, dit Jonathan à Pierre en creusant ses fossettes.

Pierre était fasciné par le plaisir qui brillait dans les prunelles du petit. Voilà bien longtemps qu’il n’avait vu un sourire aussi lumineux. Il joua le jeu, aussi excité que lui.

Il déchira le papier et sut avant de le découvrir que son livre adoré lui était rendu. La couverture avait toujours le même pouvoir de fascination sur lui. L’enfant blond admirait le ciel étoilé debout sur sa minuscule planète, à ses pieds un volcan miniature fumait et un baobab essayait de pousser avant qu’on ne le remarque. Il le trouvait si beau avec son costume vert pastel et son nœud papillon. C’était son premier ami à l’âge où il n’en avait aucun, et il avait passé tant de jours à rêver avec lui à sa planète aux confins des étoiles.

Jonathan avait découvert le même livre dans le premier paquet et le feuilletait s’arrêtant sur chaque dessin de l’auteur. Il regarda celui de Pierre, les compara et s’écria :

  • Tu as eu le même livre que moi. Regarde comme les dessins sont beaux, on dirait mes dessins. Tu me liras l’histoire, dis ? Il y a trop de mots pour moi !
  • Je la relirai avec plaisir pour toi, répondit Pierre très ému. Tu verras les mots sont encore plus beaux que les dessins. Il y a si longtemps que je ne les ai pas relus…

Mais déjà l’enfant déchirait l’emballage du second paquet. Il découvrit un animal fabuleux mi-coton-mi-peluche. Pierre n’aurait su dire à quelle espèce il appartenait, c’était un hybride de chien et de brebis, ou peut-être de loup et de chèvre, ou peut-être un renard, ou rien de tout cela. Il avait de grands yeux bordés de cils démesurés qui lui donnaient un regard presque humain, et un sourire fendu d’une oreille à l’autre. Le petit en resta muet d’admiration, le tenant à bout de bras pour l’admirer, puis le serra contre son cœur, des larmes plein les yeux, regarda Pierre et dit :

  • Le père Noël m’a apporté un ami, tu vois, je te l’avais bien dit. Il m’a retrouvé !

Pierre le regardait en retenant son émotion ne sachant plus que répondre. L’enfant ajouta :

  • Et tu vois, il ne t’a pas oublié non plus. Je le savais. Le père Noël n’oublie jamais rien !
  • Oui, répondit Pierre, il a plus de mémoire que moi. Ce livre était aussi un ami qu’il m’avait donné quand j’avais ton âge et que j’avais perdu. Je ne pensais pas le revoir un jour…
  • Un ami ça revient toujours, ou alors c’était pas un ami… répondit le petit d’un air grave.
  • Tu as raison répondit Pierre, les grandes personnes comme moi, ont tendance à oublier les choses essentielles comme celles-ci. Heureusement que tu es là !
  • C’est sûr, répliqua l’enfant en creusant un peu plus ses fossettes, sans moi tu aurais oublié Noël. Hein maman ? Heureusement que je suis là, sinon il aurait oublié Noël !

Marie éclata de rire, acquiesça puis souleva l’enfant et son ami et se tournant vers Pierre, lui dit :

  • J’aimerais que vous veniez partager notre repas de Noël, si vous ne craignez pas les nourritures simples. Il n’y a pas de dinde, trop imposante pour la taille de notre appartement mais il y a une belle bûche au chocolat et aux marrons. Ça vous dit ?
  • Avec grand plaisir, répondit Pierre très ému, voilà bien longtemps que je n’ai pas partagé le repas de Noël de quelqu’un. Mais, je n’ai rien à vous apporter…
  • Peu importe, vous serez là, c’est l’essentiel ! répondit la jeune mère. Tu vois, Jonny, le père Noël a bien compris ce que tu voulais, il t’a donné plusieurs nouveaux amis aujourd’hui !
  • Vous avez raison, je crois aussi que c’est là l’essentiel de Noël, que partager du temps avec ses amis. Oui, c’est bien l’essentiel…
  • C’est quoi ce « l’essentiel » dont vous parlez tout le temps ? Moi je sais pas ! interrompit l’enfant.
  • Je t’expliquerai, répondit Pierre. Je te lirai ce livre, et tu comprendras. L’essentiel, c’est l’amitié et l’amour que l’on partage avec ceux qui comptent pour nous. Dans le livre, il est écrit que « l’essentiel est invisible pour les yeux » et « qu’on ne voit bien qu’avec le cœur ». Tu vois cet essentiel c’est tout ce qu’il ne faut jamais oublier, comme la magie de Noël qui brille dans tes yeux, même lorsqu’on est devenu un vieux bonhomme comme moi. Je l’avais oubliée et c’est grâce à toi si je l’ai retrouvée.
  • Tu vois maman, répondit l’enfant avec un rire triomphant. C’est moi le « l’essentiel » !
  • Sans aucun doute, mon poussin, répondit Marie, ça je l’ai toujours su ! Allons venez, allons manger, le repas de Noël n’attendra pas l’année prochaine !

–> Fin

 

Une image, une histoire : L’esprit de Noël (2/3)

houx

*

Il rentra au bureau à grandes enjambées comme s’il voulait fuir cet endroit et toute l’après-midi il évita de penser à cette rencontre insolite. Il avait toujours détesté les évènements qu’il ne pouvait expliquer. Il se targuait d’avoir toujours eu les pieds sur terre, et ce n’est pas parce que c’était Noël que les choses allaient changer ! A plusieurs reprises, il jeta un coup d’œil au bouquet de houx qu’il avait posé sur sa pile de dossiers en se demandant s’il n’allait pas disparaître aussi brutalement que cette femme…

Il avait des frissons et plus les heures passaient, plus il se sentit fiévreux. Il avait dû prendre froid, assis sur ce banc. Voilà qui lui fournirait une belle occasion de rater la fête de Noël avec ses collègues. Les heures passant, il se sentait de plus en plus mal, tremblant et claquant des dents. Françoise finit par remarquer son manège et lui conseilla sèchement de rentrer chez lui avant de tous les contaminer le soir de Noël. En soupirant, il se leva. Titubant, il ramassa son bouquet de houx et quitta le bureau en maugréant, lui demandant d’excuser son absence à la fête auprès de ses patrons. Au fond, il était bien content que cette fièvre soudaine lui fournisse le prétexte pour rentrer tranquillement chez lui. Ces simulacres de fêtes lui pesaient depuis toujours.

Dès qu’il fut dehors, il se sentit mieux. L’air froid de décembre lui fouettait le visage. Les nombreuses personnes qui se pressaient dans les rues à la recherche du cadeau de dernière minute, le firent sourire. Lui au moins, n’avait pas ce genre de problème. Il irait déjeuner dans la famille de sa sœur pour le nouvel an et avait encore toute une semaine pour lui choisir un présent, il pourrait le trouver en soldes. Il sourit de son propre cynisme, après tout, elle lui avait gâché Noël à tout jamais, alors il n’avait pas à faire d’effort pour elle !

Il arriva au pied de son immeuble à la nuit tombante et entreprit de monter à pied, l’ascenseur ayant des sautes d’humeur, il ne voulait pas risquer de passer la soirée coincé à l’intérieur avec une fièvre pareille. Il gravit ses deux étages en maugréant, personne n’ayant encore pensé à changer les ampoules grillées des paliers du premier et du second qui étaient grillées depuis près d’un mois. Ce n’était pas le soir de Noël que quelqu’un allait le faire !

Il connaissait l’immeuble par cœur et aurait pu trouver la serrure de sa porte les yeux fermés, pourtant ce soir-là, il trébucha sur un objet abandonné sur le palier. Il grommela une bordée d’injures pour « l’inconscient qui avait laissé traîner ses détritus sur le palier » lorsqu’il entendit une petite voix lui répondre :

  • Pardonnez-moi, j’ai perdu mes ciseaux dans le noir…
  • Qui est là ? interrogea-t-il en scrutant l’obscurité.

Personne ne répondit, pourtant il sentait une présence. Cette voix lui était inconnue. C’était une voix d’enfant, fille ou garçon, il ne saurait le dire. Il n’y avait jamais eu d’enfant dans cet immeuble, les appartements minuscules et peu confortables, ne convenaient pas aux familles. C’était d’ailleurs pour cela qu’il avait choisi d’y vivre, pour avoir la paix sans entendre des cris et des rires d’enfants toute la journée.

En tâtonnant, il ouvrit sa porte et éclaira son appartement. Il vit alors l’enfant assis sur la première marche de l’escalier menant au troisième. Il semblait très jeune, avait un regard triste, des yeux immenses, une tignasse hirsute blonde, et des fossettes qui ne parvenaient pas à éclairer son visage. Il le fixait sans bouger, l’air méfiant, serrant contre lui tout un assortiment de papier, crayons et rubans. Pierre se planta devant lui, les mains sur les hanches et lui demanda :

  • D’où sors-tu et que fais-tu là, tu t’es égaré au second étage d’un immeuble, et où sont tes parents ?
  • ça fait beaucoup de questions… répondit l’enfant avec un sourire.
  • Réponds, insista Pierre.
  • Je suis sorti de chez moi pour coller ce papier sur ma porte et la porte s’est refermée alors je me suis assis là pour attendre ma mère, répondit l’enfant d’un seul trait.
  • Quelle porte ? répliqua Pierre. Et où est ta mère ? Quand va-t-elle rentrer ? Pourquoi voulais-tu coller ce papier sur ta porte ?
  • Tu poses toujours autant de questions ? interrogea l’enfant.
  • … non, finit par répondre Pierre. C’est à cause de la surprise !

Il s’approcha de la porte pour examiner le papier que l’enfant avait collé et qui penchait lamentablement ne tenant plus que d’un seul côté.

  • Je ne peux pas lire ce que tu as écrit sur ce papier, et il faudrait remettre du scotch, sinon il va se décoller rapidement.
  • J’ai écrit « Jonathan et Marie ». Jonathan c’est moi, et Marie c’est ma mère. Et je n’ai plus de scotch. S’il se décolle avant ce soir, le Père Noël ne nous retrouvera jamais… répondit l’enfant d’une voix atone.

Pierre faillit éclater de rire mais l’air sombre du jeune garçon l’arrêta dans son élan. Il semblait au bord des larmes, et tremblait sur sa marche d’escalier. Il faisait un froid de canard sur ce palier.

  • Viens, dit Pierre, ne reste pas là à te geler, je dois avoir du scotch, on va recoller ton bout de papier. Déjà que le père Noël doit être à moitié aveugle, vu son âge…
  • Oh, tu veux bien m’aider, c’est gentil ça. Comment tu t’appelles ? demanda l’enfant
  • Je m’appelle Pierre, allez, viens tu auras plus chaud à l’intérieur pour attendre ta mère, dit-il en entrant chez lui.

L’enfant hésita un peu, puis se décida à le suivre. Pierre le détailla à la lumière, il semblait beaucoup plus jeune qu’il ne l’avait cru d’abord. Il n’avait pas l’habitude des enfants mais le trouva très pâle et très maigre, des cernes bleus lui mangeant le regard. Il serrait contre lui tout son attirail, en dansant sur un pied.

  • Pose tes affaires ici, lui dit-il en déposant son bouquet de houx sur la table. Je vais te donner de quoi te réchauffer. Tu aimes le chocolat chaud ?
  • Oh oui répondit l’enfant dont le regard s’éclaira, avec du lait bien crémeux. Tu en as ? Il faudra en garder un peu pour le père Noël aussi, je sais qu’il aime beaucoup ça !
  • Comment le sais-tu, ironisa Pierre, il te l’a dit ? Je croyais que personne ne pouvait jamais le voir !
  • Je ne l’ai pas vu en vrai, répliqua Jonathan, il est venu me le dire dans mon rêve. Quand j’ai pleuré hier en arrivant ici, j’ai dit à maman qu’il ne nous retrouverait jamais parce qu’on ne lui n’avait pas écrit la bonne adresse sur ma lettre. Elle m’a dit qu’il me retrouverait si on écrivait mon nom sur la porte. Et après dans mon rêve, il est venu me dire qu’il savait où j’étais et qu’il ne fallait pas oublier son chocolat et ses deux gâteaux parce que sa tournée était longue. Il a dit que beaucoup d’enfants avaient déménagé juste avant Noël cette année !
  • Sans blague ! répondit Pierre en éclatant de rire. Tu as une imagination formidable !
  • C’est pas la peine de rigoler, répondit l’enfant très sérieusement. Les grandes personnes comme toi ne savent rien du tout !
  • Pourquoi tu dis ça ? répliqua Pierre un peu vexé. Moi, je sais un tas de choses !
  • Non, tu ne sais rien de rien, poursuivit l’enfant en colère. Tu ne sais même pas que c’est Noël. Regarde ta maison. Tu n’as rien fait, pas de sapin, pas de boules, pas d’enfant Jésus. Le père Noël n’aura pas envie de venir te voir et ça sera bien fait !
  • Tu as raison, répondit Pierre, un peu penaud, j’ai oublié Noël… Je ne suis pas très fier de moi, et le Père Noël va m’oublier aussi. Heureusement, regarde, une vieille dame m’a donné ce petit bouquet de houx aujourd’hui et ça va me sauver !

Tout en parlant, il alla chercher un verre qu’il remplit d’eau pour installer le bouquet au centre de la table. Soudain, la pièce sembla s’éclairer d’une lumière de fête. Pierre sourit et regarda l’enfant d’un air de défi, mais celui-ci haussa les épaules et dit :

  • Je crois que tu ne mérites pas ton Noël, tu fais ça parce que je l’ai dit. Le Père Noël ne vient voir que les gens qui l’aiment, et toi tu ne l’aimes plus…
  • Pas vrai ! répliqua Pierre. Moi je l’aime et je suis sûr qu’il le sait !
  • Alors, puisque tu l’aimes, on verra bien demain s’il t’a apporté quelque chose !

L’enfant avait presque crié cette dernière phrase, lorsqu’une jeune femme passa la tête dans l’ouverture de la porte. En la voyant l’enfant se jeta dans ses bras :

  • Maman ! Regarde, c’est Pierre. Il a oublié Noël et il croit que le Père Noël va venir quand même !
  • Je suis désolée que mon fils vous ait importuné. Je suis Marie, votre nouvelle voisine, dit la jeune femme en lui tendant la main. Pourquoi es-tu venu ennuyer le monsieur, mon poussin ?
  • La porte s’est fermée pendant que je mettais mon nom dessus pour le Père Noël, et j’ai attendu que tu rentres, mais Pierre est arrivé avant toi ! dit l’enfant en le montrant du doigt.
  • Ne vous inquiétez pas dit Pierre, votre fils ne m’a pas ennuyé, bien au contraire. Sa compagnie est des plus intéressante !
  • Je vous remercie d’avoir pris soin de lui, répondit la jeune femme, cela ne se reproduira pas. Allons Jonny, on rentre maintenant, dis bonsoir à Pierre.
  • Bonsoir Pierre, dit Jonathan.

La mère et l’enfant regagnèrent leur appartement, laissant Pierre à une solitude qui lui parut soudain très pesante.

Quelques secondes plus tard, on frappait de nouveau à sa porte. C’était l’enfant, tenant dans ces mains trois boules scintillantes et une guirlande argentée, qu’il posa sur la table d’un air d’autorité :

  • Tiens, dit-il au moins comme ça, le Père Noël te trouvera mieux. Moi, je lui ai demandé un ami parce qu’ici je ne connais personne. Et toi, tu veux quoi ?
  • Je ne sais pas trop, dit Pierre. Je crois que je n’ai pas été assez sage pour avoir un cadeau cette année …
  • Bouhh, répondit l’enfant, encore des bêtises de grands, ça ! S’il fallait être sage pour avoir des cadeaux, moi, j’en n’aurais pas eu souvent ! Le père Noël il fait pas de différence, il aime tout le monde ! Aller salut. Dors bien. Tu me diras demain ce qu’il t’a donné, hein ?

L’enfant repartit aussi vite qu’il était venu, en secouant ses boucles blondes. Lorsque la porte se referma sur lui, Pierre eut la sensation que quelqu’un avait éteint la lumière.

–> A suivre –<

Vases communicants de janvier : Imagine, le jour où… (1/2)

Je remercie pour sa présence sur cette page aunryz, qui anime le blog  Mots liés où vous pourrez découvrir ce qu’il partage et que je m’amuse souvent à décrypter, sans y parvenir toujours, et qui m’a fait découvrir ou retrouver beaucoup d’ouvrages aimés.

J’ai pris énormément de plaisir à réaliser cet échange et je le remercie  chaleureusement pour son humour et son amitié. J’ai beaucoup apprécié la richesse de ce partage et son approche généreuse et poétique de la vie et des mots (sourire)².

Si vous souhaitez lire mon texte, il me fait le plaisir de me recevoir sur la page du jour de son blog

Il a souhaité que nous échangions nos textes à partir de deux phrases de départ, la première étant la mienne et la seconde étant la sienne.

Lorsque bous avons échangé nos phrases, il a écrit:

  • « C’est un monde potentiel, j’imagine un avant, un après, un à côté, un contre, un ailleurs … »
  • De mon côté à la lecture de sa phrase, j’ai vu défiler devant mes yeux ce petit scénario que je me suis empressée d’écrire sans changer une virgule…

Je vous laisse juger du résultat, et  souhaite une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

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Voici les deux phrases de départ:

– Un soir, semblable à tous les soirs, il décida que le reste attendrait, là-bas derrière  la fenêtre, le soleil commençait à rosir et il n’y avait plus de temps à perdre…

– Le jour où elle comprit que le soleil ne lui devait rien et même, ignorait tout de la chaleur qu’il lui donnait, elle sut enfin profiter pleinement de sa caresse…

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Voici son texte :

– Un soir, semblable à tous les soirs, il décida que le reste attendrait, là-bas derrière  la fenêtre, le soleil commençait à rosir et il n’y avait plus de temps à perdre…
——

43 rue de l’adret. Le colis, doucement devant la porte. Très fragile dit l’étiquette.
Petite poussée du doigt sur le bouton de la sonnette.
La voix de John Lennon surgit des murs. Elle revit quelques secondes
« Imagine there’s no heaven,

It’s easy if you try»

A nouveau le silence.

Personne ! Encore une demi-douzaine de livraisons. Des kilomètres de routes étroites et sinueuses dans ce chaos de montagnes.
Le temps, si pressé.
Ils iront se le chercher à la station-service du bourg voisin.
Retour du colis dans le coffre de la camionnette. Moins délicatement : ça tinte à l’intérieur.
Lui l’ignore.

Derrière le bois de la porte la peur
le chaos du monde
ceux qui le font, le défont
Derrière le bois de la porte le soleil
son indifférence apparente
sa chaleur, peut-être.

43 rue de l’adret. Il se souvient … mais de quoi ?
Le colis, devant la porte, délicatement. La fatigue des années, autant que l’étiquette qui dit « Très fragile ».
Petite poussée du doigt sur le bouton de la sonnette.
La voix de John Lennon l’entoure.
«No hell below us,

Above us only sky, »

Manque le début ?!
Le silence à écrasé le ciel.
Il refait le geste. Pas d’impatience, seulement pour entendre à nouveau le rêveur.

« Imagine all the people, Living for today »
A nouveau le silence.

Il insiste

Par petit lambeaux, toute la chanson est passée.
Les yeux dans le vague, il ne se résigne pas à partir, se laisse prendre un instant par le silence, imagine

À l’instant même où le dernier rayon de soleil glisse le long de sa nuque, la porte s’ouvre.

 

– Le jour où elle comprit que le soleil ne lui devait rien et même, ignorait tout de la chaleur qu’il lui donnait, elle sut enfin profiter pleinement de sa caresse…

Texte aunryz

 

 

***

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand,  ayant pris la suite d’Angèle Casanova et de Brigitte Célérier , vous retrouverez la liste des échanges de ce mois.