Photo du jour : Citadelle

J’ai retrouvé ce texte extrait de « Citadelle » d’Antoine de Saint -Exupéry, œuvre posthume publiée en 1948, et le soumets à votre méditation.

« S’installèrent alors les pillards dans mon empire. Car personne n’y créait plus l’homme. Et le visage pathétique n’y était plus masque mais couvercle d’une boîte vide.

Car ils sont allés de destruction d’Être en destruction d’Être. Et je n’y vois rien, désormais, chez eux qui mérite que l’on meure. Donc que l’on vive. Car ce pour quoi tu acceptes de mourir, c’est cela seul dont tu peux vivre. Ils consommaient donc les vieilles constructions, se réjouissant du bruit de la chute des temples. Et cependant, ces temples, s’ils s’effondraient, ne laissaient rien en échange. Ils détruisaient donc leur propre pouvoir d’expression. Ils détruisaient l’homme. »

 

mcg 2046

Photo M. Christine Grimard

*

Aucune citadelle ne nous protègera de notre propre folie.

Détruire le passé, oublier les paroles des sages parce qu’ils vivaient dans un autre âge.

Se passer de notre mémoire.

Oublier l’essence même de notre vie.

Piétiner nos ancêtres, mépriser leur souvenir.

Penser  qu’il n’y a de salut que dans le profit.

Occulter que notre corps est un cadeau.

Détruire ce qu’il nous reste d’âme pour se tourner vers des chimères.

Et se réveiller un matin.

Nu, vide, seul au milieu d’un désert de glaces, écrasé sous les ténèbres.

Qui étais-je  au temps de l’insouciance ?

Un humain qui danse ?

Un humain qui pense ?

Une conscience

Une pétillance

Une extravagance

Une malveillance

Peut-être une chance…

*

 

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16 réflexions sur “Photo du jour : Citadelle

  1. Extrait bien choisi… On pense à Palmyre – massacre des pierres -, on pense à Paris -massacre des vivants.
    Certaines et certains demeurent debout.

    Aimé par 3 people

    • Cet extrait m’a immédiatement plongée dans le souvenir du sort des ruines de Palmyre et du martyr de ses habitants. Depuis beaucoup d’autres massacres furent perpétrés, je crains que cela ne soit qu’un début..
      Les mots de St Ex prennent ainsi une dimension étonnante de clairvoyance et de connaissance de l’humain.
      Avec lui et d’autres, c’est un plaisir et un devoir que de rester debout dans le vent de sable.

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  2. Pauvres d’esprit, il n’y aura point de Paradis pour vous.
    Errants sans foi ni dieu, ne savez-vous pas que le paradis est de ce monde ?
    Sur Terre.
    À portée de nos vies.

    Aimé par 2 people

    • Le paradis nous a été donné au jour de notre naissance mais nous ne le voyons plus. Le paradis nous a été prêté pour quelques dizaines d’années mais il nous suffit de quelques minutes pour le détruire ou le transformer en enfer. Le paradis est une suite de mots pour caresser nos cœurs, le paradis est une saveur douce à nos lèvres, le paradis a le goût de nos jours.
      Donnons-nous le droit de le déguster.

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  3. Plus facile de détruire que de construire.

    Aimé par 2 people

    • Quelques minutes suffisent pour détruire ce que plusieurs vies ont construit avant nous.
      Quelques secondes suffisent pour transformer un être en monstre. Quelques instants suffisent pour faire disparaître un espoir en fumée. Quelques jours suffiraient à cette planète pour se débarrasser de nous.
      Pour construire, il nous faudra beaucoup de patience et d’énergie, plus une pincée de courage pour chasser colère et désespoir.

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  4. Déjà et encore ..il écrivait puisant ses idées sur une autre planète plus visionnaire

    Aimé par 2 people

  5. J’aime ces vieilles citadelles qui ne sont plus habitées que par les fantômes, les jeux des enfants, et l’imagination du passant…

    Aimé par 2 people

    • Les vieilles pierres ont vécu tant d’événements et les humains qu’elles ont abrités, ont laissé tant d’émotions entre leurs murs, que je suis convaincue que certaines d’entre elles, nous le suggèrent encore lorsque l’on se promène dans leur ombre.
      Mais peut être, ai-je trop d’imagination…

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  6. Les vieilles pierres vénérées, construites avec les mains des hommes, ces mêmes mains qui tout au long des siècles se sont souillées du sang de leurs frères humains..
    Diogène cherchait un homme, 2000 ans et plus après lui..
    je me pose bien des questions…

    Aimé par 2 people

    • Nous humains sommes capables de tout, mais aussi du meilleur, et il faut espérer que ce dernier l’emportera sur le pire…
      Diogène cherchait un homme, il aurait dû ouvrir les yeux et il aurait trouvé une femme, détentrice d’humanité, de douceur et de générosité. Mais en ce temps-là les femmes étaient invisibles et inexistantes, sans âme, sans importance !
      Aujourd’hui la question reste posée, et l’humain disparaît sans cesse derrière les haines et les violences. Apprendrons-nous jamais de nos erreurs ?
      Merci Bernard de venir partager tes questions ici et avec nous 🙂

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  7. Beau texte, et j’aime bien Saint Ex depuis longtemps. Mais, comme souvent, texte ambigu. Que veut-il dire au juste? Bien sûr, on peut penser à Palmyre et se dire que les temples détruits sont ceux qui l’ont été par EI, en ce cas, le texte est « convenable », bien sûr « je ne vois rien chez eux qui mérite que l’on meure ». Mais Saint Ex ne vivait pas en ce temps là, et il est à craindre aussi qu’il ait voulu tenir cet autre discours que l’on entend trop souvent ces temps-ci, selon lequel c’est nous qui « manquerions d’idéal », c’est nous donc qui serions les pillards (car nous aurions déserté nos temples) etc. Et, là, ça ne va plus du tout (en tout cas, pour moi)!

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    • Un texte n’est pas convenable seulement lorsqu’il illustre une idée qui nous agrée. Un texte est le miroir de la pensée de son auteur au moment où il l’a écrit, dans son époque et dans son contexte. Je me méfie toujours des jugements posthumes lorsque l’auteur en question ne peut plus s’exprimer. On peut alors lui faire dire ce que l’on veut…
      Ce texte raisonnait étrangement dans notre contexte. Voilà pourquoi je l’ai posté. Chacun le comprendra selon sa sensibilité. Pour moi, il illustre effectivement un regret, celui de la perte de notre humanité idéale, celle qui se donne un but et l’atteint malgré toutes les difficultés. Ne manquons-nous pas de cet idéal ?
      Il n’est pas question de temple ou de religion, mais plutôt de la perte de notre âme humaine au sens large.
      Ce texte ayant été publié après sa mort, pouvons-nous savoir s’il l’aurait approuvé tel quel ?

      Aimé par 1 personne

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