Vases Communicants : La poupée (2/2)

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , Angèle Casanova à qui Brigitte Célérier a transmis le flambeau, centralise la liste des échanges. La liste des Vases communicants du mois d’octobre 2015 est accessible .

Je remercie pour sa présence sur cette page Marie-Noëlle Bertrand, qui anime le blog  La Dilettante où vous pourrez découvrir ce qu’elle partage, et retrouver la première partie de l’histoire d’aujourd’hui.

Si vous souhaitez lire mon texte, elle me fait le plaisir de me recevoir sur sa page du jour de «La dilettante».

L’échange de textes est inspiré de son échange avec Danielle Masson lors des Vases communicants de juillet à partir des photos de Danielle d’une poupée de raphia. Marie-Noëlle m’a demandé d’écrire la suite de son texte de juillet, et elle a souhaité écrire la conclusion de l’histoire que vous trouverez ci-dessous. Je vous laisse juger du résultat.

Je souhaite à tous une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

*

La Poupée

poupée danielle

Photo Danielle Masson

 

Posés sur le bureau devant la vieille dame, un grand coffret en bois de santal et sept cahiers d’écolier à la couverture bleu passé.

Elle invite Jane à s’approcher et à s’asseoir près d’elle sur la seconde chaise d’écolier accrochée à la table.

– Jane, te voilà enfin ; je t’ai tant attendue ; je suis Juliette… Appelle-moi Juliette.

Tu ne me connais pas et pourtant tu as désiré me rencontrer pour parler de lui. Je n’ai pas grand-chose à t’apprendre. De celui qu’il est devenu, tu en sais plus que moi qui ne l’ai plus revu depuis qu’il est parti sur les routes de France, l’année de ses quatorze ans. De l’enfant charmant et heureux qu’il a été, je crains d’avoir tout oublié depuis ce jour fatal… mais je ne veux pas entrer dans les détails.

Il y a dans cette boîte et entre ces pages sept ans de la vie d’une petite fille que j’y ai consignés chaque jour, un peu de la sienne aussi. Elle était sa sœur. Il ne t’en a jamais parlé, il,… nous n’en parlons jamais. Quelques mois avant qu’il ne parte, elle s’est noyée dans la rivière, elle avait sept ans.

Les doigts de Jane la titillaient d’ouvrir la boîte et de tourner les pages jaunies des cahiers ; elle esquissa un geste vers elles mais Juliette l’arrêta d’une main à la fois douce et ferme.

– Non, pas tout de suite. Emporte-les chez toi et découvre-les dans le silence et l’intimité.

Quand il te reviendra, oui, il va te revenir, tu seras en mesure de le comprendre. Tu lui ressembles tant, tu es son âme sœur. Il le sait et tu l’as sous doute déjà pressenti.

Je t’ai tout dit et je suis épuisée ; laisse-moi maintenant. En sortant, prend la poupée qui est sur la grille, elle lui appartenait, elle est à toi désormais.

Jane se leva pour partir, elle se dirigea vers la porte d’où elle se retourna une dernière fois pour sourire à la vieille femme.

Alors qu’elle décrochait la poupée du portail, elle réalisa que le prénom de la petite fille n’avait pas été prononcé. Elle se mit alors à courir pour rentrer rapidement chez elle, impatiente qu’il se dévoile entre les pages des cahiers aux couvertures bleues.

texte Marie-Noëlle Bertrand

photo Danielle Masson

8 réflexions sur “Vases Communicants : La poupée (2/2)

  1. Enfant, je n’ai jamais aimé jouer à la poupée. J’ai appris à lire à 4ans, et j’ai tout de suite été attiré par les livres, que je relisais sans cesse. Les images de l’époque étaient plus tendres et portaient beaucoup plus à la rêverie. Par contre, j’adorais mon ours blond, néné. Ce qui ne m’a jamais empêché d’admirer les poupées et leurs maisons dans les magasins de jouets.
    Les êtres humains diffèrent tant les uns des autres…

    Aimé par 1 personne

    • Je souris en lisant votre témoignage qui me rappelle l’enfant que j’étais. Je n’aimais pas non plus mes poupées et leur préférais mon ours brun, Nikita (que j’avais mis en scène sur ce blog dans un texte éponyme des « confessions intimes »). Je leur faisais « la classe » et les alignais sur des chaises de la salle à manger. Les poupées, Veronique la blonde aux joues rebondies et aussi stupide que possible et Martine la brune aux regard de poisson mort, avaient toujours zéro et Nikita qui possédait une grande culture et une belle intelligence avait toujours 20…
      Il est toujours là, au fond d’un de mes placards, râpe et fatigué, et il a gardé sa douceur et sa belle intelligence…
      Merci de votre témoignage ce matin qui a ouvert la porte à mes propres souvenirs 🙂

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  2. Je faisais aussi la classe à mes jouets, ainsi qu’à la chienne cocker de mes grands-parents. Je leur fabriquais des petits cahiers et des livres avec de vieux journaux soigneusement découpés et reliés, qui j’ignore pourquoi faisaient l’admiration des amies de ma mère. J’écrivais la leçon au tableau noir, avec une craie. La chienne posait problème, elle s’impatientait au bout d’un moment, et voulait quitter la classe, malgré mes objurgations.
    Merci, chère Chris, de votre témoignage. Comme vous, je trouvais aussi bizarre l’expression convenue sur le visage peint des poupées. Alors que l’ours n’exprimait que tendresse, amour, compréhension, intelligence…

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