Une Image… une histoire: Lumières (partie 4)

Khalil Gibran écrivait que l’amour était

« un mot de lumière, écrit par une main de lumière, sur une page de lumière ».

*

luillet 2014 059

Soudain, Erik se souvint de la course pour laquelle il était venu au village. Cette rencontre lui avait fait oublier sa promesse. Il s’arrêta brusquement, et siffla son chien.

  • Pirus, attends, je dois aller chercher le colis de Germaine…

Le chien qui menait la marche, s’arrêta sous le grand marronnier, aussitôt imité par Brida. S’adressant à Julia, Erik s’excusa de la laisser un instant et lui conseilla de s’asseoir à l’ombre sur un muret de pierres sèches pour l’attendre. Sans plus de cérémonie, il s’éloigna à grands pas en direction du village qu’ils venaient de quitter. Julia, un peu surprise se demanda un instant si elle allait rester sagement ici, puis en jetant un coup d’œil aux chiens qui s’étaient assis côte à côte à l’ombre, elle décida de les imiter. Après tout, un peu de repos ne lui ferait pas de mal, elle marchait depuis l’aube.

Autour d’elle, le paysage était moins aride que sur l’autre versant de la colline. Le chemin s’enfonçait dans une vallée mangée par les futaies. Quelques châtaigniers étendaient leur feuillage foncé de long des fossés, elle remarqua qu’un hachis de branchage coloriait de brun les ornières du sentier. Il y avait dû avoir des orages violents ces derniers temps. La nuit dernière, elle avait entendu le tonnerre rebondir sur les falaises au loin. Malgré cela, elle se sentait sereine, ce pays respirait le calme. Elle avait l’impression d’entendre les arbres respirer, mais la vie qui bouillonnait autour d’elle avait le don de l’apaiser.

Elle fit quelques pas sur le chemin, mais revint bientôt sur ses pas, rappelée par un gémissement plaintif de sa chienne. Celle-ci la regardait, interrogative, prête à la suivre mais tournant le museau vers Pirus, gémit de nouveau. Julia s’approcha d’elle et lui tapota le crâne en la rassurant :

  • Je n’ai pas l’intention de partir, et je ne priverai pas de la présence de son nouvel ami. Ne t’inquiète pas, nous resterons un peu par ici. Ce pays me plaît aussi, autant qu’à toi, même si je ne reste jamais bien longtemps quelque part…

Elle avait à peine fini sa phrase qu’Erik réapparaissait, les bras chargés d’un carton démesuré d’où il n’émergeait que le haut de son visage.

  • Voilà, nous pouvons y aller. J’ai le colis.

Sans attendre la réponse, il poursuivit son chemin, suivi par Pirus et Brida. Julia le regarda passer, un sourire sur les lèvres, se demandant ce qu’il pouvait y avoir dans un carton aussi grand qui paraissait pourtant léger. Elle n’osa pas poser la question et leur emboîta le pas.

Ils marchèrent en silence pendant quelques centaines de mètres, puis Erik bifurqua sur un sentier qui s’enfonçait dans la futaie. Brida le suivait avec confiance comme si elle l’avait toujours connu, ce qui finit de vaincre les dernières réticences de Julia. Pirus attendit qu’elle s’engage sur le sentier étroit puis ferma la marche.

Après quelques minutes, marchant péniblement sur un sentier escarpé en file indienne, ils parvinrent devant une maison de pierres sèches, au toit pointu couvert de lauzes. Plusieurs bâtiments formaient un demi-cercle, mais seul l’un d’eux semblait habité. Derrière d’étroites fenêtres ogivales, des rideaux de dentelles anciennes étaient pendus. Quand ils approchèrent du portillon de bois, Pirus jappa joyeusement, et une main fripée écarta le rideau. Julia aperçut le visage d’une vieille femme qui les regardait. Le sourire édenté qu’elle leur offrit se reflétait dans son regard pétillant de malice. Julia en fut séduite immédiatement.

Déjà Erik avait traversé la cour et montait l’escalier de pierre. Au moment où la porte s’ouvrait il dit:

  • Germaine, j’ai trouvé votre colis et je vous amène de la compagnie. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
  • Peu importe, ce que racontent mes vieux os. J’espère que vous n’avez pas saoulé cette petite avec vos histoires de fous. Pour une fois qu’un aussi joli visage vient éclairer ma journée, j’espère que vous ne la ferez pas fuir avec votre caractère d’ours.
  • Toujours aussi charmante, répliqua Erik. Si j’avais su, j’aurais « oublié » votre paquet !
  • Mais non, mais non, mon petit. Votre grande âme en aurait été pétrie de remords et vous n’auriez encore pas dormi de la nuit…

Ces deux-là semblaient s’apprécier, et Julia sourit devant cet échange plein de pudeur et de tendresse dissimulée. Lorsque Germaine tourna son regard inquisiteur vers elle, et la fixa, elle sut qu’elle ne pourrait rien lui dissimuler.

La vieille dame releva le menton et lui dit :

  • Alors ma petite, dites-moi ce qui vous a conduit dans notre vallée perdue, je veux tout savoir…

–> A suivre <–

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6 réflexions sur “Une Image… une histoire: Lumières (partie 4)

  1. Roman-feuilleton digne des plus grands auteurs, Charles Dickens, Dumas père, Honoré de Balzac, Eugène Sue… Mon imagination est à la torture, de ne pas connaître la suite !

    Aimé par 1 personne

    • 🙂
      La vie des personnages de construit au fil des jours, certains sont plus attachants que d’autres et on a plaisir à les voir évoluer. Ces romans étaient la vie même, reflet de leurs époques et témoignages pour nous qui vivons dans un monde si éloigné du leur.
      J’espère que ces personnages seront un peu vos amis au fil des semaines, et c’est vraiment très gentil de comparer cela à celles d’auteurs aussi prestigieux qui ont bercé ma jeunesse !
      Merci encore Alex et bon dimanche 🙂

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    • J’attend la suite avec lmpatience quel talent pour écrire

      Aimé par 1 personne

  2. Un vrai talent d’écrivain! On a envie d’encourager la sortie d’un livre aussi « papier » auprès d’un éditeur! N’êtes-vous pas tentée, Chris…??Certainement des chances de parution…!

    Aimé par 1 personne

    • C’est très gentil Patrick d’aimer lire cette histoire. Les gens semblent avoir envie de lire la suite … Effectivement, je ne pourrai pas publier ici toute l’histoire, le format « blog » ne s’y prête pas. Il faudrait que je prenne le temps de trouver un « éditeur papier » comme vous dites 🙂

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