Une image… une histoire : Lumières (Partie 1)

Khalil Gibran écrivait que l’amour était « un mot de lumière, écrit par une main de lumière, sur une page de lumière ».

iphone oct 116

photo d’origine inconnue

Il avait lu tous les livres de son père.

Il avait étudié tous les textes conseillés par les professeurs.

Il avait lu aussi tous les textes interdits.

Il avait goûté tous les fruits défendus.

Il avait affronté tous les gouffres.

Il avait repoussé toutes les limites.

Il avait fait le tour de tout.

Et il en était revenu.

Sans avoir trouvé la lumière.

Depuis, il vivait là, sur la terre de ses ancêtres, dans cette bergerie délabrée.

Il avait réuni quelques souvenirs des générations qui l’avaient précédé ici, des outils qu’ils avaient tenus au creux de leurs mains burinées, des instruments qu’ils avaient fabriqués, des objets qu’ils avaient aimés.

C’était son trésor.

Avec ses livres et son piano.

Il vivait avec son chien, compagnon des jours gris, gardiens des nuits bleues, son seul ami.

Sa mère l’avait prénommé Erik en mémoire de son compositeur préféré, et quand il se sentait seul certains soirs, il se mettait au piano et jouait ses morceaux favoris. Il lui semblait voir son sourire ébloui dans la lueur des bougies, sa tête battant la mesure. Elle avait un cou démesuré qui lui donnait une élégance de reine, et même par-delà la mort elle n’avait rien perdu de sa superbe. Il ne racontait à personne ses visites nocturnes, les villageois qui le trouvaient déjà très bizarre, l’auraient sûrement chassé s’ils l’avaient appris.

Au réveil, certains matins, il ne savait plus s’il l’avait vue ou non, comme si la lumière du jour tirait un voile sur la réalité de ses souvenirs.

***

Elle était arrivée au village un matin de juillet, auréolée d’une couronne de cheveux cendrés qui sembler onduler au soleil au rythme de ses pas. Elle n’avait aucun bagage, en dehors d’un sac de toile où pendait une gourde. Sa chienne trottinant sur ses talons, observait d’un œil amusé les regards désapprobateurs des villageois qui se demandaient ce que cette étrangère venait faire dans leur région.

Les commères se retrouvèrent toutes à la boulangerie comme par enchantement; gardant un œil sur la fontaine contre laquelle la nouvelle venue avait posé son sac pour donner à boire à son chien. Les langues allaient bon train, les supputations précédant de peu les accusations gratuites. La rumeur enflant et se rependant comme une nuée de bourdons, la chienne tourna la tête vers le groupe de femmes et aboya d’un ton sec faisant taire brusquement les conversations. La jeune visiteuse lui fit signe de rester tranquillement assise devant son sac, et se dirigea vers la boulangerie.

Erik déboucha du chemin des mûriers au même moment, son chien Pirus sur ses talons.  En un clin d’œil, il évalua la situation, ce qui le fit sourire, lui rappelant le jour de son arrivée au village. Ce fut sans doute pourquoi, il ressentit une sympathie immédiate envers la jeune femme qui traversait la place. Il savait les regards obliques et les mots cinglants, il savait les humiliations à peine déguisées et les moments de solitude au milieu de la foule. Il avait vécu tout cela, en avait fait le tour et avait dépassé la souffrance. Sans savoir pourquoi, il ne voulait pas que cette jeune femme subisse la même chose. Il suivit son sillage à pas lents, se demandant un peu comment il s’y prendrait pour l’aborder.

Pirus le devança, humant la fragrance de jasmin de la jeune femme, ce qui le fit éternuer, puis se retournant vers sa chienne toujours assise près de la fontaine. Avec un aboiement joyeux, il se dirigea vers elle, la queue battant la mesure de ses pas. Elle redressa le museau, la truffe frémissante et semblant approuver sa présence, balaya le sable de la place de sa queue.

La jeune femme sortant de la boulangerie s’arrêta à la vue de sa chienne assise en face d’un grand chien inconnu, les deux animaux se souriant, babines découvertes et dessinant sur le sol des cercles parfaitement symétriques avec leurs queues. Elle chercha des yeux le propriétaire du chien sans voir Erik qui s’était reculé sous le micocoulier pour mieux les observer. Il décida d’oublier sa timidité, de trouver la force de lui parler, et s’avança dans la lumière.

***

–> A suivre <–

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10 réflexions sur “Une image… une histoire : Lumières (Partie 1)

  1. Souvent les propriétaires de chiens font connaissance grâce à eux… Les laisses de terre existent aussi.

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  2. En fait la lumière c’est elle.

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  3. Je sens qu’il va se passer quelque chose entre ces deux êtres ,,, ils ont trop soif de lumière… A demain !

    Aimé par 1 personne

  4. On attend la suite, forcément …

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