Vases Communicants de juin : Des visages dans la foule (2/2)

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis  sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , Angèle Casanova à qui Brigitte Célérier a transmis le flambeau, centralise la liste des échanges. La liste des Vases communicants du mois de juin 2015 est accessible .

Je remercie pour sa présence sur cette page Dominique Hasselmann, que je reçois pour la seconde fois avec plaisir, le suivant quotidiennement sur son blog  Métronomiques où vous pourrez découvrir ce qu’il partage…

Si vous souhaitez lire mon texte, il me fait l’honneur de me recevoir sur sa page de «Métronomiques».

L’échange de textes est inspiré de photos illustrant selon son souhait le thème de « Visages dans la Foule », je vous laisse juger du résultat.

Il a laissé voguer ses mots sur une de mes photos, celle de la foule sur les pontons de départ du Vendée-Globe, course autour du monde partant tous les quatre ans, de Port-Olonna en Vendée,  et je vous laisse le plaisir de découvrir comment…

Je souhaite à tous une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

vasec

(cliquer pour agrandir)

Il m’avait dit que je la trouverais facilement, elle devait m’attendre sur le port, elle porterait un blouson bleu et une jupe grise. En suivant les panneaux indicateurs, je me dirigeai vers le lieu de notre rencontre. Un instant, je m’arrêtai devant la vitrine d’une librairie où paradait le dernier Musso et je pensais à la dictature éditoriale. Dans le reflet de la vitre, j’aperçus un type en polo noir et jean : je fis mine de prendre en photo l’étalage et je zoomais sur lui. Ses lunettes de soleil portaient le sigle Police.

Arrivé près des bateaux qui étaient amarrés sagement et comme escortés du cliquetis de leurs pendeloques et autres « brins » qui les maintenaient à quai, je me dis que j’aurais du mal à retrouver, dans cette foule qui ressemblait à une houle, la fille avec laquelle j’avais rendez-vous.

Il fallait que je me fraie un chemin parmi tous ces touristes ou amateurs de « gréements »  qui baguenaudaient ici et là, prenaient leur temps, discutaient avec des amis de rencontre. On aurait cru voir défiler une manifestation, mais sans banderoles, ni porte-voix, ni revendications.

Je savais que le pseudo de ma « correspondante » était Hermione, mais je n’allais pas le hurler, comme ça, au milieu des gens qui se croisaient, se bousculaient, allaient dans un sens ou dans l’autre, comme une « marée humaine » qui aurait juste manqué d’une plage.

J’essayai de lui téléphoner mais le réseau était saturé : chacun devait envoyer des SMS et des MMS de cette journée pour montrer et prouver sa présence. Les embarcations, bercées par l’eau pacifique, servaient de décor aux innombrables selfies.

Alors que je commençai à désespérer de la retrouver, j’entendis soudain derrière moi une voix charmante qui disait :

– Vous êtes bien Louis, n’est-ce pas ?

– En effet, dis-je, et vous, je pense que vous vous appelez Hermione !

– Exact !

– Alors, c’est parfait, mais comment avez-vous fait pour me trouver ?

– Oh, vous savez, on est bien organisés… Je crois qu’on vous a collé une puce GPS dans votre K-Way, alors, après, il me suffisait de suivre votre déplacement sur mon écran d’iPhone.

– C’est chouette, la technique, si on allait prendre un verre ?

Nous nous dirigeâmes vers l’inévitable Café du port (celui de la Poste avait disparu depuis quelques années), nous nous assîmes l’un en face de l’autre. Elle commanda une Affligem, je choisis une Leffe. Les bières sont un peu le champagne du pauvre.

Son visage était encadré de courts cheveux blonds et elle avait des yeux aux couleurs changeantes : entre bleu, vert et gris. Ses mains fines devaient taper très vite sur un clavier d’ordi. Elle alluma une cigarette, j’aspirais sa fumée avec plaisir.

– Alors, voilà, ce que nous avons prévu doit être reporté…

– Mince alors, mais à quand ?

– Sans doute plusieurs mois.

– Et pour quelles raisons ? Il me semblait que tout marchait comme sur des roulettes…

– Un soupçon, une situation pas normale : on pense qu’on a été infiltrés.

– Mais ils sont au courant de notre projet ?

– Difficile à dire : j’ai choisi ce café car il n’y a aucune caméra de surveillance mais nous ne devons absolument pas dire quoi que ce soit de précis. En fait, c’est comme un sentiment, une prémonition, une sensation bizarre.

– De toute façon, rien ne presse !

– Oui, cela nous permettra de peaufiner le programme.

Après ces quelques échanges, nous nous séparâmes. Il faudrait sans doute que j’attende maintenant plusieurs mois avant de revoir Hermione. Elle s’était levée et traversait la salle d’une démarche souveraine : je pensais à un voilier qui part vers New York, elle avait mis les voiles, le vent serait élégant durant sa traversée.

Je fendis à nouveau les attroupements, je me dirigeai vers la gare, mon train vers Paris démarrait à 15 heures 12. J’aperçus de nouveau le type aux lunettes noires (sans doute un débutant) qui l’attendait lui aussi, un peu plus loin sur ce quai finalement moins portuaire.

texte : Dominique Hasselmann

photo : Marie-Christine Grimard

 

 

 

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21 réflexions sur “Vases Communicants de juin : Des visages dans la foule (2/2)

  1. […] Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir de publier ici un texte de Marie-Christine Grimard tandis qu’elle accueille aimablement le mien sur son blog Promenades en Ailleurs. […]

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  2. oui la puce dans le K-Way, les lunettes noires, les caméras de surveillance… mais les yeux aux couleurs changeantes et la démarche.. une belle rencontre

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  3. belle expérience que les vases communicants sur l’écriture

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  4. Je vois que vous laissez tout le travail au lecteur qui n’a plus qu’à « remplir les blancs » 😉

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  5. Une pensée, ce matin, pour la puce restée dans le K-way…

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  6. On aimerait ne rien craindre pour la belle Hermione mais le type aux lunettes noires ne dit rien qui vaille…

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  7. Mais Heione, est-ce son vrai prénom ?
    Mystère

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  8. Oups ! Hermione voulais-je dire !

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  9. @ Louise Imagine : c’était peut-être le pseudo d’une nouvelle Héloïse !

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  10. Pour vous débarrasser de la puce, commencez toutes vos phrases par « ma puce » afin d ‘ excéder l’agent qui vous espionne.

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  11. @ pascale : non, je craindrais trop alors les démangeaisons !

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  12. Quelqu’un(e) dans la foule…c’est toujours un mystère …cela fait un peu penser aux rdvs avec une « fleur à la boutonnière » pour être reconnu (e) …on ne sait pas qui on cherche…ni…qui on trouve…

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  13. Cette Hermione m’intrigue, elle est porteuse d’émotions fortes inattendues.

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  14. @ Alex : j’ai vu hier que l’Hermione , le bateau (reconstitué) qui avait acheminé Lafayette de l’autre côté de l’Atlantique pour aider les insurgés américains contre les Anglais, était arrivé à bon port, en Virginie, accueilli par un George Washington, en uniforme, plus vrai que nature !

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  15. Le café (et tout ce qu’on y trouve) est un bon remède contre l’invasion technologique 🙂

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