Une image … une histoire: Étoiles (partie 2)

« Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir. »

Christian Bobin

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Ce fut à cet instant précis qu’il entendit le grognement sourd de son rêve monter dans la nuit…

Il était paralysé sur son banc. La soirée n’était pas froide, pourtant il avait la sensation que son cœur était pris dans les glaces.

Sans tourner la tête, il essaya de voir d’où venait ce grondement. Il avait l’impression que le monstre à qui appartenait ce cri n’attendait que de croiser son regard pour fondre sur lui. Tant qu’il ne bougerait pas, il ne pourrait rien lui arriver. Les minutes s’égrainaient lentement, longues comme des heures. Il ne pourrait pas rester des heures immobile, la nuit commençait à être oppressante. Soudain, n’y tenant plus, il se leva brusquement et se retourna. Mieux valait affronter sa mort en face !

L’animal le fixait de ses yeux couleur fauve. Il lui sembla énorme. Monstrueux. Son pelage uniformément noir ondulait sous les rayons de la lune, suivant sa respiration. Il ne grognait plus et se contentait de retrousser les babines, exhibant ses crocs d’ivoire dans un monstrueux sourire. Il était à quelques mètres de lui qu’il franchit en deux pas. Même si Christian avait voulu lui échapper, il n’aurait eu aucune chance. L’animal continuait à le fixer mais avait cessé de gronder. Était-ce un signe d’apaisement ? Christian hésitait entre partir en courant et rester immobile.

Par instinct, il leva lentement la main droite devant lui comme pour se protéger de la mâchoire immense de l’animal. Celui-ci sembla accentuer son sourire, dévoilant des molaires grosses comme des dés d’ivoire. Christian savait qu’il ne fallait pas fixer le regard d’un chien, pour ne pas qu’il se sente agressé et qu’il attaque sans sommation, mais il ne pouvait détacher son regard de ses prunelles fauves qui  semblait avoir pris possession de sa volonté. Était-ce vraiment un chien d’ailleurs ? L’animal approcha sa truffe de la paume de sa main et la flaira avec une application qui lui coupa la respiration. Christian se demandait s’il devait retirer sa main lorsqu’il sentit une langue râpeuse le lécher soigneusement en n’oubliant aucun interstice. Il en conclut que ses doigts avaient gardé l’odeur de son sandwich et il espérait que le molosse n’allait pas s’en servir d’en-cas.

Il n’osait plus bouger, lorsqu’il entendit un pas léger dans la nuit. Le chien redressa les oreilles et émit un petit cri de contentement, puis se coucha devant Christian, haletant, se tournant vers le nouvel arrivant. Christian se dit qu’il avait quelques secondes pour s’enfuir avant que le chien ne s’intéresse de nouveau à lui, et jeta un coup d’œil pour évaluer la distance qui le séparait de la grille du parc. Avant qu’il n’ait pu faire le moindre mouvement, une voix pleine d’autorité s’éleva dans l’obscurité :

– N’y songez pas ! Il vous immobiliserait en une seconde …

Christian essaya de distinguer d’où provenait cette voix qu’il lui semblait connaître, mais ne vit qu’une silhouette sombre onduler sur le fond sombre des arbres. La personne s’approcha lentement d’une démarche féline et parvenue à quelques pas émis un sifflement étouffé auquel le chien répondit par le même sifflement. Cette connivence rassura un peu Christian, sans qu’il sache pourquoi. Ces deux-là, s’ils étaient complices et malveillants ne feraient qu’une bouchée de lui…

Le visage de l’inconnu apparu brusquement dans la lumière du réverbère du kiosque voisin. Christian fut fasciné par l’éclat de son regard. Il n’avait plus envie de fuir, même la mort donnée à l’ombre de ces cils, ne pouvait qu’être un délice …

La bouche sèche, il n’avait plus la force de lui parler ni même de respirer. Il ne voulait que rester là et regarder ces yeux verts parsemés de paillettes dorées, étincelants, fixés sur les siens.

Lui revinrent en boucle les phrases de son rêve:

Je suis plongé dans ce rêve,

Encore une fois.

Toujours le même.

Et je te vois

Je sais que c’est toi et pourtant je ne sais pas qui tu es.

–> A suivre <–

 

 

Poème : Au bal des lettres

« Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux. »

de René Char

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Regarde petit, les lettres qui dansent

Elles dessinent un mot

Elles courbent leurs cursives

Elles ont tous les culots

Elles s’accrochent à leurs voisines

Écrivez dit le maître

 *

Regarde petit, tous ces mots qui valsent

Ils dessinent une phrase

Ils dansent avec emphase

Un ballet à l’encre violette

Avec arabesques et pirouettes

Écrivez dit le maître

*

Regarde petit, les phrases qui s’étirent

Elles racontent une histoire

Elles chantent leur mémoire

Elles respirent et soupirent

C’est ta vie qui les inspire

Écrivez dit le maître

 *

Regarde petit, ces histoires décrivent ta vie

Dessine tes lettres, tes mots, tes phrases, ta vie

Sème tes mots dans le vent

Dessine toutes tes folies

Donne ta vie et ton sang

Et Vivez dit le maître

Phrases 4 : Mots silencieux

« Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. »

René Char

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 Dans la pâleur du soir, il ne reste que le silence pour oublier que le temps des plaisirs s’est enfui sur les ailes du vent, et ne reviendra plus .

Si tu écoutes ton cœur quand le vent s’apaisera, et que les goélands voleront en silence, tu entendras ton âme égrainer ses soupirs au rythme du ressac.

A l’horizon violet de tes regrets tu entendras mes mots d’amour, envolés dans le vent

Photo du jour: Intempéries

« Be like the earth.

When the rain comes, the earth simply opens up to the rain and soaks it all in.”
Thich Nhat Hanh

*

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Photo d’un auteur inconnu

 *

Brillante farandole

Pluie et soleil se marient

La saison a perdu sa boussole

Les hommes se pressent vers un abri

Sur terre et sous le ciel, cette planète est folle,

Sortons les parasols et gardons aussi les parapluies.

Une image … une histoire : Étoile ( Partie 1)

« Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir. »

Christian Bobin

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Photo KAGAYA

Je suis plongé dans ce rêve,

Encore une fois.

Toujours le même.

Et je te vois

Je sais que c’est toi et pourtant je ne sais pas qui tu es.

Christian se réveilla avec cette sensation pénible récurrente. Il était encore une fois au bord de la nausée. Chaque fois qu’il faisait ce rêve, il avait la sensation d’étouffer et d’avoir un marteau piqueur qui lui pilonnait le cerveau. Il ne savait pas de quoi il s’agissait mais ce dont il était sûr, c’est que c’était toujours le même rêve. Il ne connaissait pas ce lieu, cette forêt immense et sombre, ces arbres qui montaient jusqu’au ciel balançant leurs cimes dans les nuages.  Il courait au milieu des futaies, sans but, mais il fallait qu’il sorte de ce bois. Il y allait de sa vie. Il entendait courir derrière lui, il fallait qu’il accélère et il ne pouvait pas. Puis il arrivait à la lisière d’une clairière, levait les yeux vers le ciel et s’arrêtait, émerveillé par la beauté de la nuit constellée d’étoiles. Il savait qu’il ne fallait pas s’arrêter, mais peu lui importait. Plus rien n’avait d’importance. Le ciel était si beau. A cet instant, il entendait un grognement sourd derrière lui, puis son propre cri qui le réveillait.

Et il se retrouvait assis au bord de de son lit, en sueur, chaque matin de plus en plus hébété.

Il essayait de vivre sa vie, malgré ces matins brumeux, malgré ses nuits d’angoisse. Il n’osait en parler à personne, dans ce monde si l’on sort de l’ordinaire, on a vite fait de vous mettre à l’écart. Ce jour-là, il n’avait pas envie de rentrer chez lui. Il acheta un sandwich et alla s’asseoir dans le square pour le manger en regardant les inconnus qui passaient. Curieusement, il se sentait en sécurité parmi tous ces gens, tant qu’il n’était pas seul, il ne pouvait rien lui arriver.  Il resta sur son banc jusqu’à la tombée de la nuit, les passants se faisant rare, il allait se lever pour rentrer chez lui quand il leva les yeux vers le ciel. Les cimes des peupliers battaient la mesure et semblaient vouloir se rejoindre. Soudain la nuit tomba vraiment et les étoiles apparurent, scintillantes et presque éblouissantes. Où avait-il déjà vu des étoiles aussi brillantes ?

Il n’eut pas le temps de se poser la question plus longtemps, il sentit son sang se glacer en entendant des pas derrière lui. Il n’osa se retourner, sentant ses jambes trembler malgré lui. Une impression de « déjà-vu » le paralysait. Il en oubliait de respirer. Son plus grand cauchemar était en train de le rattraper, et il n’avait même pas la force de se lever et de courir pour lui échapper. Sans tourner la tête, il tacha d’apercevoir d’où provenaient les bruits de pas.

Ce fut à cet instant précis qu’il entendit le grognement sourd de son rêve monter dans la nuit…

–> A suivre <–