Clichés 32: Santiago (1)

Aller à Santiago de Compostella, pour la Foi, pour le partage ou pour le dépassement de soi.

Chacun y trouvera sa motivation personnelle.

C’est choisir d’accomplir un voyage vers soi-même pour la plupart des pèlerins.

Plus que le but, c’est le chemin qui est important.

Pour moi ce fut un chemin vers l’émotion et l’amitié.

Le chemin du partage et de l’amour.

J’en choisis quelques images pour vous.

Marchons ensemble…

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Photo M. Christine Grimard

 

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Photo M. Christine Grimard

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Photo M. Christine Grimard

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Photo M. Christine Grimard

….A suivre….

Vases communicants de mars : Dans l’ombre de Cézanne

Je reprends aujourd’hui  le texte partagé lors des Vases communicants de mars avec Danielle Masson sur son blog, écrit à partir d’une de ses photos. J’espère que ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le lire, seront heureux de le faire aujourd’hui.

 

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Dans l’ombre de Cézanne

Cette maison lui avait plu d’emblée, il l’avait visitée un jour où le soleil provençal inondait la façade. Le prix demandé dépassait de beaucoup ses possibilités mais il s’était débrouillé pour réunir la somme et voilà trois mois qu’il profitait de cette lumière. Elle avait besoin d’un sérieux rafraîchissement, mais il n’avait plus les moyens de faire réaliser les travaux. Qu’à cela ne tienne, il les ferait seul, petit à petit.

Il était revenu dans la région où il passait une partie de ses vacances durant son enfance. Sa mère qui l’avait élevé seule, ne prenait jamais de vacances. Elle l’envoyait chez une vieille tante, veuve de guerre, qui n’avait jamais eu d’enfant et qui le gâtait outrageusement à chaque séjour. Il en gardait des souvenirs au goût de miel et de lavande. Avant-guerre, elle tenait une confiserie, et elle ne le laissait «remonter à Paris» sans une provision de calissons dans ses valises, pour «ne pas manquer de soleil jusqu’à la Noël ». Il entendait encore son accent chantant, et lorsqu’il mangeait ses calissons en fermant les yeux, il revoyait immédiatement son sourire chaleureux et l’éclat plein de bonté de son regard aussi bleu que le ciel Aixois.

Alors, au vu de cette maison donnant sur la montagne sainte Victoire, il n’avait pu résister. C’était ce qu’il cherchait sans le savoir depuis si longtemps. L’occasion de quitter la grisaille parisienne et de démarrer une nouvelle vie, à l’ombre des Oliviers. Son rêve de s’installer dans la campagne aixoise et de finir ses jours là où tant d’artistes avaient choisi d’installer leurs dernières œuvres, allait finalement se réaliser. Il était peintre à ses heures, mais faute de succès, ses toiles ne décoraient que les murs de sa maison et de celle de ses amis. Elle était bien finie sa vie passée derrière un guichet, il pourrait donner enfin libre cours à ses élans créatifs. Il deviendrait artisan potier, exposerait ses réalisations dans son jardin et en vendrait peut-être quelques-unes. Peu importe, il ferait enfin quelque chose qui le rendrait heureux. Se réveiller chaque matin sous ce ciel incomparable, et admirer la majesté de la montagne Sainte-Victoire en ouvrant ses persiennes, était un luxe qu’il n’aurait jamais osé espérer.

Les villageois l’avaient d’abord regardé avec méfiance, puis très vite l’avaient accepté malgré ses particularités, en raison de son grand cœur et de sa gentillesse. Il était toujours prêt à rendre service à ses voisins, pour tous les papiers et les tracasseries administratives puisqu’il avait fait ça toute sa vie. Quand il avait parlé de sa tante, dont la réputation avait traversé les mémoires, il avait définitivement été intégré comme un enfant du pays, et ils avaient cessé de l’appeler « Le Fada ».

Son voisin Jacques lui avait proposé deux plans de lauriers roses, pour garnir les premiers pots qu’il avait vernissés de vert et décorés de mosaïques ocres et bleues. Il l’avait aidé à les planter et à les installer sur la terrasse. Depuis ce jour, ils avaient pris l’habitude de faire ensemble une promenade chaque soir, sur les sentiers qui couraient à flanc de colline. Jacques, qui n’était plus de la première jeunesse, appelait cela «faire courir le chien», Titus, un sympathique bâtard de quinze ans, aux oreilles pendantes et au regard doux, qui débusquait les lapins pour le plaisir de les voir détaler, assis sur son derrière, puisqu’il n’avait plus le courage de les suivre. Il lui racontait les histoires du village et amplifiait les légendes qui couraient dans le voisinage, pour l’impressionner ou pour le plaisir d’enjoliver son récit.

Un soir, la lumière rasante était si belle, qu’ils évoquèrent la mémoire de Cézanne. Jacques lui expliqua qu’il parcourait ses sentiers avec ses carnets et ses pinceaux sous le bras. Il ajouta que parfois, quand le temps était doux, certains avaient cru apercevoir son grand chapeau et sa blouse tourner au coin du bois de pins, juste au bout du chemin. Les gens du village pensaient qu’il avait tant aimé ce pays que son âme ne l’avait pas quittée et que lorsque la lumière était belle, il venait encore peindre pour décorer le paradis des artistes.

Il sourit de cette histoire, hocha la tête et la garda dans un coin de son esprit comme un trésor. En esprit cartésien, il avait toujours relégué les légendes au rayon des objets perdus, mais son voisin était si persuasif qu’il avait bien envie de s’imprégner de celles de cette terre ocre qu’il avait choisie.

En rentrant, il montra à Jacques ses persiennes bleu roi, qu’il souhaitait repeindre en blanc pour accrocher la lumière. Il lui expliqua qu’il aurait souhaité être peintre dans ses rêves les plus fous, mais que faute de talent, il se contenterait de rénover ses huisseries dans un premier temps. Jacques s’éloigna en plaisantant sur le fait que Cézanne pourrait avoir envie de venir l’aider mais que pour cela il aurait dû acheter des pots de couleur plutôt que de blanc.

En se couchant ce soir-là, il ne ferma pas ses persiennes, voulant profiter des dernières gouttes de lumière en rêvant au peintre qui l’avait précédé sur ces chemins.

Le lendemain, il fut réveillé par la voix profonde de Titus qui aboyait à n’en plus finir devant sa terrasse. Il s’était échappé et était en arrêt devant ses pots de laurier, le poil hérissé sur le dos et les oreilles pointées. Il sauta du lit et se précipita dehors, au moment où son voisin arrivait de la rue, en criant le nom de son chien. Ils parvinrent tous les deux en même temps sur la terrasse et restèrent interdits devant la persienne devant laquelle le chien était en arrêt. Une silhouette blanche se détachait sur la couleur bleue, campée sur ses deux pieds, les mains dans les poches, semblant contempler le sommet de la montagne. Les deux hommes se regardèrent d’un air incrédule, s’interrogeant du regard sur la provenance de l’ombre peinte.

Il posa les doigts sur le volet, la peinture était encore fraîche, mais aucune trace de pinceau ni de pot de peinture, ceux qu’il avait achetés étaient encore intacts.

Quand ils eurent repris leurs esprits, Jacques sourit et lui dit :

– Il semble que le Maître t’accueille en son pays ! C’est un grand honneur, j’espère que tu le comprends… »

– Je crois en effet que je ne pouvais rêver plus bel accueil ! » répondit-il.

En se tournant vers la Montagne Sainte-Victoire qui habillait ses flancs de rose sous les premiers rayons de l’aube, il ajouta :

– En l’honneur du Maître, j’ai enfin trouvé comment baptiser ma maisonnette. Je vais l’appeler :

«Dans l’ombre de Cézanne».

Titus aboya joyeusement, pour approuver ce choix. Il se retourna vers le portillon qui grinça en se fermant tout seul, aboya de nouveau plus posément, puis suivit les deux hommes qui s’installèrent dans la cuisine autour d’un café matinal.

Photo: Danielle Masson

Texte : M. Christine Grimard

 

 

 

 

 

Vases communicants: La vie rêvée des ombres

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Photo M. Christine Grimard

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A quoi rêvent les ombres ?

Entre chien et loup, entre noir et bleu,

Elles attendent que viennent les heures sombres,

Pour déplier leurs ailes, pour déplisser leurs yeux.

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A quoi rêvent les ombres  ?

Quand tombent les heures sombres,

 Que leur sourire éclaire les lambeaux de la nuit,

 Que leurs désirs réchauffent les matins de pluie.

*

A quoi rêvent les ombres ?

Assises aux portes de la nuit,

Elles rient pour que jamais la vie ne les oublie,

Drapées dans leur suaire de suie.

*

A quoi rêvent les ombres ?

Assises entre jour noir et nuit bleue;

Elles espèrent en un dieu généreux

Qui les libérerait de leur pénombre.

*

 A quoi rêvent les ombres ?

Dans leur monde noir et bleu ,

A une terre de chaleur et de feu

A un  pays de couleurs et de jeux.

*

A quoi rêvent les ombres ,

Elles dansent au crépuscule ,

Attendant le matin de brumes

Qui les libérera de leurs chaînes brunes.

*

A quoi rêvent les ombres ?

A cet instant où dans l’aube claire,

Portant leurs espoirs en bandoulière,

Elles s’envoleront vers la lumière.

*

(Reprise du texte écrit lors de l’échange avec François Bonneau dans le cadre des Vases Communicants de janvier)

Confessions intimes 8 : Owly

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Je vivais sur mon arbre, tranquille, sans me poser de questions depuis tant de saisons que je croyais que cela durerait toujours.

Tous mes jours, en tout cas.

Et puis un matin, j’allais aller me coucher, quand je vis cette ombre traverser le ciel.

Une ombre brune, aux reflets blonds.

Une ombre majestueuse qui fendait les nuages, plus élégante que la tourterelle.

Une ombre parfumée, plus sucrée que la première rose du printemps.

Je la suivis des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse derrière le grand chêne.

Puis je rentrais me coucher, la nuit avait été rude, j’avais chassé deux mulots et trois musaraignes et elles commençaient à me peser sur l’estomac. il fallait que je dorme pour digérer un peu.

Cette nuit, il serait bien assez tôt pour me préoccuper de cette ombre.

Dans le noir, je vois toujours plus clair…

*

Le soir-même, je me levais frais et dispos, prêt pour de nouvelles aventures.

Je n’avais pas faim, j’allais pouvoir m’amuser un peu à explorer les grand bois. Il y avait une clairière, juste après le bosquet de bouleaux, où je n’avais jamais osé m’aventurer. Le Vieux sage nous avait appris à ne pas dépasser la lisière nord de la futaie. Au delà, vivaient les hommes et leurs fusils. Ils ne chassaient pas les chouettes, mais ils étaient si maladroits que parfois, ils tiraient n’importe où même sur leurs pieds ! Il valait mieux rester à couvert.  Je ne sortais que la nuit, ce qui était moins risqué, les hommes ayant peur de l’obscurité. Cependant, il leur arrivait de s’aventurer au fond des bois, pour quelques cérémonies très bizarres où ils dansaient autour du feu, invoquant des  dieux inconnus, récoltant des baies ou du gui. Je me demande bien ce qu’ils pouvaient en faire.

Ce soir-là, je me posais à la cime du grand mélèze. Il n’y avait pas un bruit. Le vent était tombé. L’air était plus doux depuis quelques jours.

Ce fut la première fois que je la vis…

Jamais je n’oublierai cet instant.

La lune l’éclairait, habillant son plumage d’éclats argentés. Elle leva son beau regard vers le ciel, et elle m’aperçut. Elle eut un mouvement de surprise et s’envola d’un coup d’ailes en poussant un léger cri. C’était la plus belle voix que je n’avais jamais entendu.

Elle passa près de moi dans une nuée odorante, mélange d’aiguilles de pins et de mousse. Ce parfum était si envoûtant…

Je décidais de la suivre, et il me sembla qu’elle avait ralenti pour m’attendre. Nous volions au milieu les plus hautes branches, quand soudain, elle monta droit vers les nuages. Je ne la lâchais pas d’une plume. Cela dura des heures, puis épuisés nous nous posâmes sur le Rocher aux fées pour reprendre notre souffle. J’étais heureux, comme jamais auparavant et je lui dis. Elle ne répondit rien, mais hocha la tête les yeux mi-clos.

J’avais peur qu’elle ne s’envole avant que je sache où je pourrais la revoir. Je lui demandai de m’attendre un instant, allai cueillir un pétale du vieux rosier sauvage qui pousse au bord de l’étang, et revins à tire d’ailes, le cœur saignant de crainte qu’elle ne soit partie. Mais elle m’avait attendu…

Je lui offris mon cadeau et lui dis que je l’attendrai sur ce rocher chaque jour au lever du soleil. En guise de remerciements elle posa sa tête contre la mienne et me gratifia d’un petit coup de bec à la base du cou, qui me fit l’effet d’un coup de tonnerre. Je fermais les yeux pour savourer son parfum mais quand je les rouvris, elle avait disparu.

*

Depuis, chaque matin, je suis là immobile, tombant de sommeil.

Mais je ne peux me décider à aller dormir, de peur de la manquer si elle revenait.

Aujourd’hui, le ciel est bas, il va pleuvoir et il fait froid. Je crois que je vais renoncer à mon rêve. Elle a probablement trouvé ailleurs le bonheur que je croyais avoir lu dans ses yeux, dans ce rayon de lune.

Je suis un incorrigible rêveur.

Owly l’étourdi … c’est ainsi que l’on m’appelait à l’école.

Quelque chose a dû m’échapper..

Bon, je vais aller me coucher, le soleil est déjà haut dans le ciel.

Une ombre passe entre moi et le soleil. Une ombre parfumée.

Quelque chose s’est posé près de moi, une feuille d’automne qui a fini sa course sur mon rocher. Mais non, ce n’est pas une feuille, c’est un pétale de rose, un pétale du vieux rosier sauvage.

Je lève la tête vers l’ombre qui me cache le soleil. L’ombre pousse un petit cri et tournoie autour de moi. C’est la plus belle voix que je n’ai jamais entendu. L’ombre passe près de moi dans une nuée odorante, mélange d’aiguilles de pins et de mousse. Ce parfum est si envoûtant…

Elle se pose sur le pétale de rose, tout contre moi, elle plonge ses magnifiques yeux dorés au fond des miens et dit :

  • Je suis venue …

 

–> Fin <–