Vases Communicants: Arborescences.

« Tiers Livre (http://www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants , Angèle Casanova à qui Brigitte Célérier a transmis le flambeau, centralise la liste des échanges.

La liste des Vases communicants du mois de février 2015 est accessible .

Je remercie pour sa présence sur cette page Dominique Hasselmann, que je reçois avec joie, ayant le plaisir quotidien de suivre ses pas éclairés sur son blog  Métronomiques. J’apprécie ses mots et ses photos qui nous plongent, jour après jour, dans son univers si particulier de dénicheur de lumières, tour à tour distrayant, interpellant ou émouvant.

Il me fait l’honneur de me recevoir sur «Métronomiques», ce qui me fait particulièrement plaisir et m’intimide à la fois, au regard de la qualité de ce blog.

Le thème qu’il a choisi pour nous était « Arborescences » à partir de photos échangées, dialogue d’arbres urbains entre Paris et Lyon.

Je souhaite à tous une navigation agréable entre les lignes et les textes de ce mois-ci.

Voici son texte :

 Arborescences [2/2]

arborescence

 Je franchis l’un des deux fleuves, j’aime les haubans des ponts que l’on dit « suspendus », ils semblent rattachés directement au ciel, leur câbles d’acier ont démontré depuis longtemps leur force et leur endurance. L’eau court librement sous leurs rouges tabliers.

A Paris, seule coule la Seine mais je crois que nous comptons plus de ponts qu’à Lyon (je n’ai pas été vérifier sur Wikipédia). C’est aussi une capitale, celle des Gaules, ici ce fut De Gaulle qui en dessina la silhouette gigantesque. Pourquoi comparer ces villes ? Lyon m’a toujours semblé posséder les avantages de Paris sans en avoir les inconvénients.

Cet arbre a-t-il ses racines plantées dans la Saône ? Il bénéficierait ainsi d’une situation confortable, vraiment « les pieds dans l’eau ». Maintenant, je suis arrivé de l’autre côté de la rive, j’entreprends l’escalade vers la Croix-Rousse (souvenir d’avoir vécu un an dans ce quartier). Je vais grimper par les traboules.

Je sais qu’il y a beaucoup de marches et de graffiti. Les colimaçons ont dû donner du fil à retordre aux Allemands quand ils n’étaient pas ici en touristes. C’est un lieu qui recèle quelque chose de borgésien en lui : comme totalement inventé, imaginé, avec des recoins, des bifurcations, des arborescences, des couleurs délavées (jaune estompé, bleu en pénurie de pétrole, rose fané…). Je repense au film de Bertrand Tavernier, L’Horloger de Saint-Paul.

Une fille me croise, elle descend, elle doit habiter dans le coin. Les Lyonnaises sont belles (il est licite de faire ce genre de généralisation), dynamiques, elles n’ont pas froid aux yeux. Le ciel est encadré par les immeubles qui semblent vouloir se toucher d’un bord à l’autre. Une feuille navigue dans l’air et atterrit sur une marche comme un oiseau mort.

La ville s’est inscrite dans la colline (eux aussi ils ont leur espèce de Sacré-Cœur, la religion a toujours aimé les points hauts depuis qu’un type fut crucifié, dit-on, sur le Mont des Oliviers : la domination a besoin d’une certaine hauteur). Dirait-on qu’il s’agit de troglodytes ? Il fait sombre à l’intérieur de ces habitations, vite retrouver les fleuves parallèles, comme deux voies de chemin de fer (imaginer que l’un irait dans le sens contraire de l’autre).

Un soir à Lyon, avec mon amoureuse, nous avions été à un concert du Modern Jazz Quartet : musique enchanteresse, vibraphone caressant, piano délicat, rythmique de finesse si douce à l’écoute. La mélodie déployait ses branches innombrables, un très bel arbre généalogique avec ses grappes de notes comme des raisins noirs ou blancs.    Lonely Woman, te souviens-tu ?

texte : Dominique Hasselmann

photo : Marie-Christine Grimard

 

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17 réflexions sur “Vases Communicants: Arborescences.

  1. […] Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir d’accueillir ici Marie-Christine Grimard tandis qu’elle me reçoit, si aimablement, sur son blog Promenades en Ailleurs. […]

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  2. la ville des ponts et du confluent – la ville s’est inscrite dans la colline, la ville est née dans les eaux qui se rencontrent, la ville est une grosse partie de mes origines

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  3. Elle se souviendra sûrement, sans doute vous lit-elle ?
    Lyon se sentira certainement honorée par vos mots. Jolie ville, de fait.

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  4. un matin comme un autre non nous voilà voyageant avec des mots et emporté par les notes on regagne des contrées intimes des ponts facilitent ces passages vos mots sont les haubans qui nous indiquent le bleu

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  5. Toujours eu envie d’aller à Lyon – les Lyonnais sont si fiers de leur Lugdunum – mais jamais pu y arriver – par quelque sortilège – et pourquoi, pourquoi, ce Y mystérieux, majestueux, archaïque, insolite, redoutable comme un sphinx, au sein de la Ville de Lyon ?
    Et pourquoi le son de sa diphtongue ?

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    • @ Alex : Il fallait sans doute que cette ville se distingue de Belfort (à cause de son lion que l’on croise aussi à Denfert-Rochereau) !

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      • En fait, le Y est à l’image de l’hydrographie de la ville. Les deux fleuves se rejoignent selon la forme de cette lettre en un point appelé « La confluence » où la Saône se fond dans le Rhône, disparaissant corps et biens… Ce lieu emblématique sert d’écrin au nouveau « Musée des Confluences », musée de science, à l’architecture étonnante, qu’il ne faut pas rater si vous venez explorer ma ville 🙂

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  6. Le Rhône avait besoin d’être « réparé » … c’est en cours et son arborescence naturelle se recrée lentement. Il était temps de commencer à le libérer avant qu »il ne brise ses chaînes.
    J’aime la lumière poétique de la photos de MCG et la vibration de la musique des souvenirs amoureux de DH 😉 Ca fait vibrer mes racines !

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    • @ mchristinegrimard : « Confluence » est un nom fort bien choisi pour ce musée qui n’a rien, apparemment, à envier à d’autres ( sur le plan modernisme, il tient la dragée haute à la Fondation Vuitton, par exemple). A visiter sans doute !

      @ Sorcière : c’est vrai que cette photo m’a ramenée quelques années en arrière. Privilège d’une image réussie…

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  7. « …sombre à l’intérieur…  »
    pour un adepte de Attila (sans la violence) – lequel craignait la ville au point de la détester –
    ce qui est donné ici de Lyon (ville que je n’ai jamais que traversée en wagon, me rendant à Aix en Provence … boulevard des poilus) m’apprend qu’il y resterait des sinuosités internes propre à lui donner forme humaine.
    Je ne les ai jamais vue (en la traversant en voiture, pour aller au-delà de Grenoble) et j’ai bien envie à présent de les utiliser pour surmonter cette aversion des lieux de chairs et de pierres en foules en tâtant du pieds les
    « traboules … marches … colimaçons »

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  8. Je ne connais pas (encore) Lyon…Merci, ensemble, de nous en faire découvrir les charmes

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