Une image…une histoire : La roue tourne (1/2)

iphone novembre 027

auteur inconnu

 

La roue était de nouveau en service depuis les fêtes de Noël.

Il était fasciné par sa course dans le ciel. Il lui semblait qu’elle caressait les nuages de ses petites cabines mercurisées. Il venait souvent s’asseoir sur un banc de la place pour la regarder tourner, l’après-midi, en sortant de son travail. Il aimait entendre le souffle des rayons fendre l’air, en une longue glissade ininterrompue. Parfois quelques cris s’élevaient des cabines, de peur ou de joie. Il imaginait les gens à l’intérieur, et les admirait secrètement. Il avait toujours eu le vertige, et n’avait plus jamais eu le courage de monter dans une de ces cabines, depuis ce jour où ses frères l’avait forcé à monter dans ce manège à la foire du trône. A la simple évocation de ce jour, il sentait son cœur exploser et ses mains devenir moites.

Non, personne ne le forcerait plus jamais à monter dans une de ces roues. Mais il adorait les regarder tourner, tourner, inlassablement.

Il était là depuis une heure, lorsqu’une jeune femme vint s’asseoir près de lui. Elle gardait les yeux rivés sur le manège, puis sortit son téléphone portable et filma le jeu des rayons brillant dans le soleil couchant à contre-jour.  Satisfaite de son film, elle soupira et en souriant déclara:

« C’est une magnifique journée ! »

« En effet, répondit Frédéric bravant sa timidité, pour un mois de janvier, la température est plutôt douce. »

« Je n’ai encore jamais vu une roue aussi grande. Dans mon village, la fête foraine se résume à quelques chevaux de bois, un peu de barbe à papa et une stand de tir où l’on gagne des poupées démodées ! » Ajouta-t-elle en riant.

« Oh, rassurez-vous, chez moi c’était la même chose, répondit Frédéric, je n’avais jamais vu une roue telle que celle-ci avant de venir vivre ici. Mais, ils l’installent chaque année, pour les fêtes, et je viens la voir tourner quand j’ai un peu de temps. Je la trouve très belle. » Ajouta-t-il sur le ton de la confidence.

Il n’engageait jamais la conversation avec des inconnus, sans doute par timidité, mais cette jeune femme souriante, lui inspirait confiance. Ils échangèrent des banalités puis des plaisanteries, puis des silences. Bientôt il se prit à lui raconter sa vie depuis qu’il était arrivé en ville, et ce qu’il regrettait du village où il avait passé son enfance. Elle l’écoutait avec attention, ouvrant de grands yeux gris lorsqu’il lui décrivit comment ils avaient installé la roue en début de saison, et les illuminations que la ville mettait en place pour donner un air de fête à sa ville. Il la trouvait très sympathique.

A son tour, elle lui expliqua  sa jeune vie. Elle venait d’entrer à l’université et était hébergée provisoirement chez une amie. Elle avait rendez-vous dans une heure, pour visiter une chambre chez une dame âgée qui sous-louait une partie de son appartement en échange d’un petit loyer et d’une présence. Il lui proposa de l’accompagner au pied de l’immeuble qui se situait à deux pas de son quartier. Elle accepta avec joie, n’ayant aucun sens de l’orientation.

« C’est à deux pas d’ici, dit Frédéric, C’est un quartier agréable, et calme. Vous devriez vous y plaire. Il faut quelques minutes de marche seulement, j’ai le temps de vous offrir une gaufre avant, si vous voulez ! »

Un magnifique sourire éclaira le regard de la jeune femme, qui répondit :

« C’est mon jour de chance, je crois ! Avec grand plaisir, si je vous offre les boissons. J’ai sauté le repas de midi, aujourd’hui, un peu de sucre me fera du bien ! »

« Allons-y » dit Frédéric, en la précédant, ces gaufres sont une merveille, vous m’en direz des nouvelles ! »

 

–> A suivre <–

 

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Photo du jour : Petit matin frileux

« Un peu de folie est nécessaire pour faire un pas de plus. » Paulo Coelho

 

NOEL 2013 058

Photo M. Christine Grimard

Pourquoi faudrait-il continuer ?

Pourquoi devrais-je poursuivre la route dans ce froid, dans ce vent, dans cette nuit ?

Je serais mieux au chaud dans mon lit…

La nuit étire son écharpe de givre, s’accroche au pare-brise, s’insinue sous ma peau, humide, glacée.

Qu’est-ce qui m’oblige encore à me jeter sur ce chemin ?

Il serait si simple de rester là, de jeter l’éponge, d’attendre que le printemps revienne.

De l’autre côté de la vitre, l’obscurité ne lâche pas, elle encercle les arbres, elle étouffe les sons.

Donnez-moi une seule bonne raison de continuer, il faudrait être fou pour avoir envie de faire un pas de plus dans ce monde.

*

Pourtant…

Il faut bien que quelqu’un se lève pour que la vie change, que ce monde sourd écoute les battements de son cœur, que ce monde étrange avance vers la lumière, et que la vie sourie encore.

Journal 1: Peur

IMG_3816.JPG

auteur inconnu

le 5 janvier …

Train en panne
Gare déserte
Téléphone bloqué
Et soudain, la peur
De ne plus retrouver
La prunelle de ses yeux
Et dans le brouillard, la terreur
D’avoir perdu son cœur
La chair de sa chair
Le cœur de son cœur.

L’air de la nuit se charge de menaces…

 

Photo du jour : Transmettre la flamme

« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. »

Paul Eluard

bougie

*

Que serions-nous sans les poètes ?

Sans les mots qu’ils nous donnent, sans les phrases qu’ils nous chantent.

Imaginons un monde muet.

Un monde de silence.

Que serions-nous alors ?

Une horde de robot marchant dans un brouillard sans nom, n’ayant pour tout repère que les regards hagards d’autres robots errants.

Un cauchemar sans fin.

Un monde désertique, hostile et froid.

*

Alors, je crie :

A tous ceux qui ont peur des mots, à tous ceux qui veulent tuer le verbe, à tous ceux qui souhaitent censurer  les langues et les idées,

Écoutez le poète qui murmure dans le vent du désert,

Laissez son chant apaiser vos tempêtes de sable,

Laissez sa lumière étoiler votre obscurité,

Acceptez de transmettre la flamme qui illuminera le monde.

*

Que serions-nous sans les poètes ?

Que serions-nous sans les mots ?

Un amas de plasma  perdu dans l’espace glacé,

Une étoile morte,

Un homme sans mémoire.

Journal : Mode d’emploi

Je ne tiens plus de journal, comme je le faisais à quinze ans … (!).

Cependant, il m’arrive encore de remplir des carnets, parce que j’aime écrire, plus encore que de poser les mots sur un clavier, j’aime les dessiner sur le papier.

Tenir un stylo, laisser courir la plume, regarder  l’encre couler.

Selon l’humeur, changer de couleur.

Attraper les mots qui passent comme on va à la chasse aux papillons, mais sans jamais les épingler, les laisser simplement se poser.

Les photographier pour les garder en mémoire et les relire quand le temps aura coulé sous les ponts de l’oubli.

Les reconnaître alors, leur sourire avec l’indulgence du recul ou de la sagesse.

Manuscrire… (Peu importe si ce mot n’existe pas).

Depuis quelques années, mes carnets ont changé d’aspect. Ils sont colorés et lumineux, enluminés par le talent de Catalina Estrada, habités de sagesse, non pas de la mienne (je n’aurais pas une telle prétention) mais de celle de Paulo Coelho. J’utilise l’agenda qu’il fait paraître chaque année, pour y poser mes mots. Ce ne sont que quelques phrases chaque jour sur les instants de la journée qui m’ont marquée,  quelques émotions dont je veux garder le goût sur mes lèvres, quelques mots qui s’étalent avec effronterie sous ceux de l’auteur. Celui de 2015 a été intitulé « Alchimie », une année magique sans doute qui devrait transformer les jours de plomb en or (bien qu’elle ait débuté dans le sang !).

Une fois l’année refermée, la somme des sentiments entreposés va s’endormir sur l’étagère, à côté de ceux de l’année précédente, jusqu’à ce qu’un jour de nostalgie, il m’arrive d’aller les réveiller.

Un blog n’est-il pas un journal dont on tourne les pages, qui seront aussitôt oubliées dès que chassées par la suivante ?

Il m’est venue l’envie de retranscrire ici quelques unes des pages de ce carnet, par jeu ou par envie de partage. J’ajouterai parfois la phrase qui illustrait la page de l’agenda avant que j’y appose les miennes, et vous verrez que le hasard se livre parfois à des raccourcis troublants…

Coïncidences ?

agenda