Une image…une histoire: Conte de Noël (3/4)

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« Ne vous a-t-on jamais appris à ne pas vous fier aux apparences, mon petit ?, Allons-y, nous allons rater Douce nuit, et c’est mon cantique préféré ! »

Mary n’osa pas la contrarier mais lui précisa qu’elle ne pourrait pas rester longtemps, étant attendue pour le réveillon. Camille se signa en entrant dans la nef et lui indiqua deux places devant un pilier, où elle s’installa sans attendre.

L’orgue invitait les fidèles à la méditation pendant que la chorale prenait place dans le chœur. Mary sentit l’émotion la gagner lorsque les premières notes de « Douce nuit » retentirent. Elle avait toujours aimé ce cantique que sa mère lui jouait en s’accompagnant au piano à chaque veillée de Noël. Elle revit son sourire et ses yeux clairs qui la couvaient. Lorsque la soliste entonna la première phrase, elle sentit l’émotion l’étreindre. Elle baissa la tête, une grosse larme coulant sur sa joue, et sentit la frêle main de Camille se poser sur son bras. Elle se pencha vers elle et lui murmura :

« Laissez couler l’émotion mon enfant, laissez partir les regrets. Le passé c’est bon pour les gens de mon âge. Au vôtre, il n’y a que l’avenir qui compte. »

Mary hocha la tête et tenta de ravaler ses larmes. Elle était trop émotive. Elle fixa le regard clair de Camille, la remercia d’une signe de tête et se redressa sur son siège.

Elle se laissa porter par les chants qui ravivaient en elle les souvenirs de ceux entendus dans son enfance et quand le chef de chœur entonna le « Minuit Chrétien », la même émotion l’étreignit. Il n’était que dix-neuf heures mais la magie de la nuit de Noël semblait scintiller dans tous les yeux. Le prêtre demanda aux fidèles de se lever et de prier pour la souffrance des peuples en guerre, Mary se leva et aida Camille dont les jambes ankylosées tremblaient un peu. Il demanda à chacun de prendre la main de ses deux voisins pour former une chaîne humaine symbolique. Mary sentit contre sa paume la petite main ferme de Camille à sa gauche et la grande main solide de l’homme à la stature de déménageur à sa droite. Les voix s’élevèrent vers les voûtes, dans une prière lancinante dont elle ne connaissait pas les phrases, mais elle se sentit portée par cette assemblée humaine, vers ce qu’elle avait de meilleur, et qu’elle avait soigneusement enfoui au plus profond de son âme.

La veillée de Noël avait pris fin, Camille reprit sa place pour attendre le début de la messe de minuit. Mary, qui était attendue chez son père et sa belle-mère, pour le réveillon, prit congé de Camille. Celle-ci la regarda d’un air ironique et lui dit en guise de salut :

« Ma petite, ne trouvez-vous pas que ça fait du bien de se laisser remuer ainsi de temps en temps ? Touiller bien au fond de ses souvenirs et laisser remonter les émotions, comme des grosses bulles qui éclatent à la surface de l’âme. C’est mieux que bien des séances de psychanalyse à la mode ! »

« Vous avez raison, Camille, répondit Mary. On se sent plus légère après… »

« C’est aussi ce que j’aime dans Noël, répliqua la vieille dame, que chacun fasse revivre les émotions de son enfance, et retrouve l’espoir qu’il avait à cet âge-là. C’est sûrement une partie de ce que les gens nomment la «magie de Noël».

« Je crois, comme vous, que cette magie est bien cachée dans le cœur des hommes. » répondit Mary

« Seuls ceux qui cherchent, trouveront, ma petite. C’est bien connu. Mais dépêchez-vous de rentrer, vous allez être en retard à votre soirée. Je vais finir la nuit ici, et si vous revenez de temps en temps dans le quartier, nos pas se croiseront peut-être de nouveau. Ce qui me ferait diablement plaisir ! ajoute-t-elle malicieusement, en regardant vers les voûtes comme si à l’évocation du prince des ténèbres, les vitraux allaient s’effondrer sur elles. Partez vite avant que je finisse par vous raconter toute ma vie. Et ouvrez bien les yeux, cette nuit tout peut arriver… »

Elle ponctua sa dernière phrase par un clin d’œil, et Mary faillit éclater de rire. Elle l’embrassa et lui assura qu’elle reviendrait la voir. La vieille dame hocha la tête et lui fit un signe de la main pour lui indiquer la sortie. Mary se dépêcha de sortir alors que les premières notes de la messe solennelle de Noël retentissaient.

***

Dehors de légers flocons tourbillonnaient dans l’air glacé de la nuit. La température avait beaucoup baissé pendant qu’elle était à l’intérieur. Elle descendit les marches de l’église en courant sans remarquer la couche de givre qui avait recouvert les dalles.

Elle n’eut même pas le temps de regretter sa précipitation, mais quand elle se retrouva assise en bas des marches, il lui fallut quelques secondes pour comprendre ce qui venait de se passer. Un inconnu était penché au-dessus d’elle, lui conseillant de ne pas bouger. Il l’aida à se relever. Une fois debout, elle fit quelques pas hésitants, soulagée de ne pas avoir de fracture. Un coup de poignard lui traversa le crâne, la faisant se plier en deux, ce qui inquiéta l’homme.

«Votre tête a heurté le sol assez violemment il me semble. Comment vous sentez-vous ? »

«Parfaitement bien, répondit Mary, je n’ai rien, ne vous inquiétez pas pour moi. J’ai l’habitude de me débrouiller. Je vous remercie de votre aide. Je vais y aller… »

«Il me semble pourtant… » Commença l’homme

Mary leva la main en guise de remerciements mais, au moment où elle se retournait pour remonter le boulevard, elle fut prise d’un grand vertige, et n’eut que le temps de s’accrocher à un réverbère pour garder son équilibre. Elle se sentit tomber de nouveau et ferma les yeux pour calmer la sensation de tangage qui l’envahissait. L’homme se précipita vers elle, très inquiet pour la soutenir de nouveau. Mary tenta de se redresser, ne voulant pas accepter l’aide d’un inconnu. Il lui fallut plusieurs minutes pour y parvenir et calmer sa sensation de marée montante qui vibrait à l’intérieur de son crâne. Elle s’entendit murmurer d’une voix lointaine :

«Oh non, pas ce soir, elle va encore penser que je l’ai fait exprès ! »

«De qui parlez-vous, demanda l’homme, voulez-vous que je vous raccompagne chez vous ? »

«Non, je ne veux pas vous déranger, enfin ! Je dois me rendre chez mon père et ma belle-mère ce soir pour le réveillon, c’est à une vingtaine de kilomètres seulement. Voilà plus de cinq ans que j’ai évité leur soirée de Noël, et ce soir, je ne peux pas me dérober une fois de plus. Elle ne me le pardonnerait pas ! »

Elle considéra le visage de l’homme, qui semblait sincèrement préoccupé de ce qui lui arrivait. Décidément, c’était une soirée très particulière, les gens étaient différents ce soir, plus humains, moins pressés. C’était sans doute cela aussi la « magie de Noël » de Camille. A l’évocation du sourire de la vieille dame, Mary sourit.

L’homme la dévisagea puis lui sourit en retour en disant :

«Je préfère vous voir sourire, que vous tenir la tête en grimaçant. Vous comptez y aller en voiture ? Cela ne me semble pas très prudent de conduire après un tel choc sur la tête. »

«Je n’ai plus mal du tout, s’empressa de préciser Mary. Ma voiture est garée un peu plus loin. Je roulerai doucement. Et puis, je suis infirmière, alors je sais bien ce que je fais… »

L’homme éclata de rire :

«Depuis quand le fait d’être infirmière, vous rendrait-il invulnérable ? Ma petite dame, je crois que votre coup sur la tête est plus grave qu’il n’y paraît. »

Son rire était tonitruant. Mary sourit aussi, tant son rire était communicatif.

Il est très beau quand il rit, se dit-elle, et ces petites paillettes qui brillent dans ses yeux bruns… un vrai regard de fête ! J’aime bien ce genre de regard… Mais tu t’égares, ma fille ; ça doit être ce coup sur la tête, finalement !

Elle se reprit en dit :

« Vous avez raison, je déraisonne. J’accepte que vous m’accompagniez jusqu’à ma voiture, si cela ne vous dérange pas trop. Si je marche droit, j’aurais le droit de conduire ? »

« D’accord, répondit l’homme. Marché conclu. On m’attend aussi, à une soirée de réveillon, chez une lointaine cousine que je n’ai pas vue depuis dix ans, et comme pour vous, c’est un peu une corvée, alors si je suis en retard, ça n’est pas grave. Avançons, je vous accompagne. »

Mary se sentit soulagée de rester en sa compagnie quelques minutes de plus, il la rassurait même si c’était la première fois qu’elle le voyait. En chemin, il se présenta. Il se prénommait Philippe, et elle découvrit en quelques minutes qu’ils avaient de nombreux goûts communs.

Arriver à sa voiture la contraria beaucoup, et ils se séparèrent un peu gauchement, ne trouvant aucun prétexte pour prolonger cette rencontre, et échapper à leurs obligations réciproques. Quand il s’éloigna sur le trottoir qui commençait à blanchir, il lui lança :

« Soyez prudente sur la route. Ce soir, ça n’a pas l’air d’être votre jour de chance ! »

Elle sourit en lui répondant :

«Qui sait ? La magie de Noël me protégera, je crois qu’elle a mis de côté quelques surprises pour moi, votre rencontre en a été une ! »

«Quelqu’un a dit que les rencontres importantes finissent toujours par se faire. Et quoi de mieux qu’un jour de Noël pour croire en la magie..» lui cria-t-il en s’éloignant sous la valse des flocons.

Mary regarda sa silhouette disparaître dans la brume, se sentant brutalement nostalgique, et se dit :.

« J’y crois, moi … »

 

–> A suivre <–

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9 réflexions sur “Une image…une histoire: Conte de Noël (3/4)

  1. Très belle écriture qui laisse passer l’émotion très naturellement !

    Aimé par 1 personne

  2. Est-ce bien prudent, une infirmière au volant après le treizième coup de minuit sur la tête ?

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  3. J’attends avec impatience la suite… :-))) j’aime vraiment beaucoup .

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  4. This is such beautiful and excellent way to present a history!

    Aimé par 1 personne

  5. Chris, je lis cette histoire seulement aujourd’hui, et j’adoooooooore ! vite, je lis la suite !

    Aimé par 1 personne

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