Une image… une histoire : Lierre (2/4)

iphone oct 174

Voilà bien longtemps que Lucia n’avait fait un cauchemar aussi pénible. Elle se serait bien passée d’un réveil de ce genre.

L’air était lourd, chargé de poussière. Elle se leva pour ouvrir la fenêtre et reprendre son souffle dans l’air frais du petit matin, quand elle entendit derrière elle la porte du placard claquer formidablement. Frissonnant, elle se retourna brusquement s’attendant à voir un intrus puisqu’il n’y avait aucun souffle d’air dans la pièce pour fermer cette porte. Elle sourit d’elle-même en essayant de se raisonner. Si elle voulait dormir tranquille dans cette maison, elle allait devoir l’apprivoiser. Il suffirait d’en explorer tous les recoins, d’en extirper toutes les toiles d’araignée, et elle pourrait dormir en paix. Elle commencerait par ce placard, dès ce matin !

Elle referma la fenêtre surveillant du coin de l’œil la porte du placard, qui ne broncha pas.

« Évidemment ! dit-elle à haute voix. Qu’aurait-il pu se passer ? »

A peine avait-elle fini de prononcer cette phrase, que la porte s’ouvrit de quelques millimètres. N’écoutant que son absence de courage, Lucia traversa la pièce en courant et se retrouva dans la cuisine, tremblante, sans avoir eu le temps de reprendre son souffle. Elle tremblait si fort, essayant en vain de rassembler ses idées, que le coup de sonnette du facteur la fit sursauter de plus belle. Elle poussa un cri si aigu qu’il l’entendit depuis la rue, il remonta l’allée en courant et se mit à tambouriner à la porte.

Elle lui ouvrit en rougissant, n’ayant pas envie de se lancer dans des explications compliquées. Comment raconter à un inconnu ce qui l’avait effrayée en terme rationnels. Il valait mieux esquiver.  Reprenant son calme, elle lui sourit et le salua posément.

Il avait l’air dubitatif et demanda:

« Tout va bien ici ? »

« Bien sûr, répondit-il, sans doute un peu vite, pourquoi ? »

« Je vous ai entendue hurler, il me semble … » répliqua-t-il avec le même sourire qu’elle.

Elle hocha la tête, autant être sincère, après tout qu’avait-elle à cacher. Le regardant droit dans les yeux, elle répondit avec aplomb :

« Si je vous disais que j’ai eu peur sans savoir pourquoi, vous penseriez que je suis folle. Donc, j’ai failli tomber dans l’escalier lorsque je vous ai entendu sonner et c’est pourquoi vous m’avez entendue hurler, comme vous dites ! »

Il fit la moue, et répondit simplement:

« Hum, hum, mauvais timing ! Vous avez hurlé avant que je sonne, ma petite dame ! Trouvez autre chose… »

Elle commençait à le trouver très insolent, pour un facteur, et très intuitif aussi pour un homme !

Elle resta silencieuse, ne sachant plus quoi inventer.Il se contentait de la regarder fixement, attendant une explication. Finalement, c’était peut-être la providence qui lui envoyait ce garçon. Elle se décida à jouer cartes sur table :

« En fait, c’est la première semaine que je vis dans cette maison, et je crois que cette vieille dame a décidé de me tester avant de m’accepter dans ses murs.  » En prononçant ces paroles, elle leva les yeux vers la façade couverte de lierre comme si elle l’implorait. Ce regard ne passa pas inaperçu, et l’homme répondit:

« Vous n’êtes pas la première à qui elle fait le coup, vous savez. Les précédents occupants ont fini par jeter l’éponge, mais je crois que vous êtes différente et qu’elle finira par vous accepter. » Il ponctua sa conclusion par un rire communicatif.

Cet homme savait plus de choses qu’il en avait l’air. Lucia, intriguée par sa dernière phrase décida d’en apprendre un peu plus et l’invita à entrer, prendre un café. Il accepta et quand ils furent installés dans la cuisine, Lucia lui raconta son réveil mouvementé.

Il hocha la tête, comme si ce récit ne lui était pas inconnu, et répondit :

« Vous savez, je crois que les maisons s’imprègnent des joies et souffrances des humains qui y ont vécu. Certains évènements sont plus forts que d’autres, et les murs les gardent en mémoire. Une aussi grande maison a dû voir défiler des tas de générations. Il faudrait retrouver leur histoire et vous auriez probablement un début de réponse à vos impressions bizarres. Ne croyez-vous pas ? »

Lucia le regarda, de plus en plus intriguée et demanda:

« Qui êtes-vous, jeune homme ? »

Il sourit:

« Le facteur, comme vous voyez », répondit-il en désignant son uniforme.

« Mais encore ? » continua Lucia

Après une minute de réflexion, il finit par avouer:

« Je suis étudiant en histoire, et c’est ma passion. Je suis facteur parce qu’il faut bien manger ! Mais, ce qui vous arrive m’intrigue beaucoup, le couple qui vivait ici m’avait raconté aussi quelques unes de leurs inquiétudes. J’avoue que j’aimerais  trouver la cause de tout cela, s’il y en a une ! »

Lucia soupira, avait-elle le choix de toute manière. Si elle voulait continuer à vivre ici, il faudrait qu’elle accepte les bizarreries du lieu. Après tout qu’avait-elle à perdre ?

Elle tendit la main au jeune homme et dit:

« D’accord, j’accepte votre aide. Quoi que nous découvrions, ça vaudra toujours mieux que d’attendre que les murs de la maison m’engloutissent sans savoir pourquoi ! »

Il eut un grand sourire et répliqua:  » Il vaut mieux affronter ses peurs et savoir pourquoi l’on meurt, je suis d’accord avec vous ! »

Lucia se sentit soulagée, sans bien savoir pourquoi, alors que les ennuis ne faisaient que commencer.

–> A suivre <–

 

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16 réflexions sur “Une image… une histoire : Lierre (2/4)

  1. Cela fait très « Malpertuis »…de Jean Ray…J’ai bien aimé le « très intuitif pour un homme… » Bonne journée, Chris

    Aimé par 1 personne

    • Metci Patrick 🙂 les femmes pensent que la plupart des hommes n’ecoutent pas assez leur intuition…
      Ceci etait un clin d’oeil 🙂
      Beau dimanche à vous mon ami !

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      • Ayant eu la même réaction à ce clin d’oeil (sur la branche à l’oiseau bleu)

        à la suite de ce retour de l’auteure
        j’ai relu le passage
        et j’y ai trouvé un plaisir nouveau
        (j’avais été merveilleusement bluffé !*)

        ______________
        de grâce n’y touchez pas !

        Aimé par 1 personne

      • Merci beaucoup de cet échange ici et « sur la branche de l’oiseau bleu », et pour votre sourire 🙂
        J’ecris d’une seule traite, ne change que très rarement en mot et relis très peu (d’où les fautes d’orthographe… Parfois nombreuses, avec toutes mes excuses aux puristes !)
        Merci beaucoup d’avoir relevé ce clin d’oeil gentiment provocateur 😀

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  2. Vanbrabant Monique

    Génial ……… J’attends la suite avec impatience. Merci de me faire rêver 🙂 . Je partage comme d’habitude. Bonne journée Marie-Christine .

    Aimé par 1 personne

  3. Normalement, le facteur sonne toujours deux fois…

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  4. Vieilles maisons, old idéas et tous les Amen sont un enchantement..
    Pourquoi les Amen? Écoutons notre ami/humain.. Léonard Cohen ce song est un petit bijou
    ☺️

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  5. bjr chére mchristine, je me délécte de cette belle histoire avec grd plaisir et oui moi aussi je crois en la « présence » « d’entités » (ames ou autre!) chacun les appelle comme bon leur semble et moi aussi lorsque je rends visite svt à mon cher « papa » en Ardéche, je ressens « des présences » je dois dire que selon les jours et notre propre « état » , c’est quelque fois angoissant ou alors plaisant selon ……….merveilleuse histoire en tout cas et Lucia tellement attachante …………..personnellement dans ma mémoire « cette vieille demeure avec ce lierre » me renvoit l ‘image + que positive d’une maison ancienne à la campagne , celle de mon oncle ou toute la famille se retrouvait pour des aprés midis de partage l ‘été ……des ballades champétres ……… des rires ……toutes ces choses finalement si simples ….si vraies ……. qui ont la couleur du bonheur en personne ……..et qui ce jour (malheureusement a fui …….) parceque les années passent ……la mort est venue fauchée des personnes ……nos enfants ont grandi …….et certain »e »s sont parti »e »s « ailleurs  » (dont moi du reste ou je suis venue m ‘installer il y à 5ans maintenant sur NICE) et tu vois à chaque fois , je retourne me promener vers « cette maison là » , ma petite madeleine de Proust , ma boite de Pandore ou rejaillit ces moments merveilleux en famille ……cette odeur des prés si particuliére aprés la pluie , ces chataigniers Ardéchois , ces gens si chers à mon coeur …………..finalement en regardant « dans le rétro » doucement je me dis « c’était hier ……et tout a passé si vite mon dieu ????? » ……… bref comme quoi les « vieilles pierres « pour bcp retiennent oh combien de secrets qu’ils soient heureux ou moins ………merci pour « ce voyage » ……..Marie Christine …douce journée à toi g bsx kristine (et pardon d’écorcher notre chére langue de Moliére par « mes abréviations » mais infirmiére oblige …………………lol ………) bisous ma belle j ‘attends la suite avec impatience merci infiniment ………………………….

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    • Un grand merci Kristine pour ton temoignage, on aimerait que les maisons ne gardent en memoire que les souvenirs heureux…
      Notre memoire qui est souvent plus sélective ne garde que ceux-là, tu as raison, la vie qui passe se nourrit des petites choses laissant un goût de miel au bord de nos lèvres.

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  6. Et une tres belle photo pour attendre la suite

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