Une image…une histoire: L’île des possibles (partie 2)

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Photo d’un auteur inconnu

Ils traversèrent la lande, le soleil déclinait derrière les arbres. Lily se sentait étonnamment sereine auprès de cet homme qu’elle ne connaissait pas.
Était-ce la magie insulaire, où celle de l’instant ? Elle ne voulait pas analyser, elle voulait juste savourer. Elle se prit à sourire au vent qui lui caressait le visage, au vol des échassiers qui partaient à la pêche, au bruissement des dernières feuilles des saules, aux nuages qui s’amoncelaient, elle qui avait toujours eu peur des tempêtes.

Elle jeta un coup d’œil aux épaules massives de son compagnon marchant devant elle sur le sentier des douaniers. Il avançait à grandes enjambées et se retournait régulièrement pour surveiller sa progression. Elle tentait de suivre et s’essoufflait, faisant trois pas quand il en faisait un. Ils arrivèrent près d’une maisonnette en ruines dont un arbre avait colonisé le toit. Lily commençait à s’inquiéter, mais l’homme lui indiqua de continuer son chemin.  La nuit allait bientôt tomber.

Lily s’arrêta un instant pour reprendre son souffle et se laisser envahir par le silence du crépuscule. Elle avait la sensation que rien ne pourrait plus lui arriver si elle restait là.
L’homme qui avait poursuivi sa route, se retourna soudain et lui cria:

« Dépêchez-vous, bientôt vous ne verrez plus le bout de vos orteils, ici le seul éclairage est la lumière des étoiles ! »

Elle sortit brutalement de son rêve, et se hâta de le rejoindre. Ils contournèrent un bosquet, la longère était là, telle qu’elle l’avait imaginée. Elle aimait ces maisons basses, accroupies sur la lande comme si elles voulaient échapper à la colère du vent, avec leur deux cheminées en guise de pignons. Les pierres grises et blanches habillées de vigne vierge lui donnaient l’air d’une cantatrice de la belle-époque drapée dans son boa de plumes. Elle se garda bien de dire quoi que ce soit sur ses impressions ou cet homme la prendrait probablement pour une folle. Voilà si longtemps qu’elle gardait ses impressions pour elle pour éviter les moqueries, que c’était devenu une seconde nature. Elle se contenta de détailler le tableau qu’elle avait devant les yeux et de sourire en silence. Son compagnon respecta son silence quelques minutes puis l’invita à entrer d’un ample geste du bras. Elle s’arracha à sa contemplation et le suivit.

A l’intérieur, l’atmosphère était telle qu’elle l’avait imaginée, chaude et accueillante. L’odeur du feu de bois emplissait tout l’espace. Par les fenêtres étroites entraient les derniers rayons du couchant. Il s’approcha du feu et le ranima, puis lui indiqua un siège proche de l’âtre.

« Installez-vous près du feu. Vous aurez bientôt oublié le vent de la lande. Je vais faire un peu de café, vous en avez besoin ! »

Sur ces paroles, il quitta la pièce et la laissa seule un instant.

Elle regardait les flammes s’élever dans l’âtre dispensant leur chaleur aux pierres. Elle préféra s’éloigner un peu, commençant à avoir trop chaud.  Elle fit le tour de le pièce, presque  étonnée qu’elle soit meublée avec goût, le décor lui semblant très différent du caractère de l’homme qui y vivait. Elle remarqua un bureau dans un recoin du salon, où un manuscrit était ouvert, couvert de corrections au feutre rouge. Elle s’était imaginée que son hôte était marin au long cours, et voilà qu’il semblait travailler dans l’édition. Sur une desserte, trônaient plusieurs portraits où elle reconnut son visage plus jeune, souriant au milieu d’un groupe d’amis. Plusieurs photographies le représentaient en compagnie d’un homme élégant au visage sympathique et au regard clair.

A cet instant, il apparut portant un plateau chargé de mugs fumant, de deux verres et d’une bouteille. Un fumet de café italien envahit la pièce. Lily s’approcha et lui fit de la place sur la table basse. L’homme lui tendit son café et s’installa près du feu. Bravant sa timidité, Lily entama la conversation:

« Je vous remercie de m’accueillir ici et de ce café qui me réchauffe le cœur.  Je suis confuse d’envahir ainsi votre maison, vous semblez très occupé, je ne voudrais pas vous importuner… »

« Arrêtez de vous excuser, répliqua-t-il. Et buvez votre café, vous en avez besoin. Votre teint ferait peur aux trolls de la lande ! »

Le ton bourru qu’il employait ne cadrait pas avec le sourire qui plissait de coin de ses yeux. Lily éclata de rire.

« J’aurais bien plus peur d’eux qu’ils n’auraient peur de moi, dit-elle. Je n’ai jamais été très courageuse, vous savez ! »

« Effectivement ! répliqua-t-il. Vous n’avez même pas le courage d’affronter vos démons. J’ai vu ça tout à l’heure !  »

Lily baissa la tête, une moue dépitée au bord des lèvres. Elle n’avait pas besoin qu’il lui rappelle ce qui s’était passé aussi sèchement. Piquée au vif, elle releva la tête et le regardant bien en face, lui dit:

« Vous ne savez rien de moi, et je ne vous accorde pas le droit de me juger. Je vous remercie pour ce café, et je ne vais pas vous déranger plus longtemps. »

En disant ces mots, elle posa sa tasse sur le plateau, et se dirigea vers la porte. Il l’atteignit avant elle et lui dit:

« Cessez de faire l’enfant et retournez vous asseoir. Vous n’avez aucune chance de retrouver seule le chemin du village. Je vous accompagnerai en voiture quand vous aurez repris vos esprits, si tant est que vous en ayez jamais eu ! »

Elle ne trouva rien à répondre, de plus en plus choquée par ce ton de maître d’école qu’il employait avec elle. Elle savait bien qu’il avait raison et qu’elle se perdrait sur la lande si elle partait seule. Inutile d’insister, elle décida de faire ce qu’il lui disait et de s’enfermer dans un silence désapprobateur. Elle lui jeta un coup d’œil en s’asseyant en face de lui, prodigieusement agacée par son sourire.

« Je ne vous donnerai pas l’occasion de le savoir », répliqua-t-elle le plus froidement qu’elle put.

« Nous verrons » répondit-il. « La soirée ne fait que commencer ».

Ils se jaugèrent du regard.

Lily soupira en se disant qu’elle s’était encore mise dans une situation impossible. La soirée risquait d’être longue…

 

A suivre —>

4 réflexions sur “Une image…une histoire: L’île des possibles (partie 2)

  1. Je reviens te chercher – Duo Gilbert Bécaud et Garou

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  2. Merci pour cette chanson souvenir !

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