Photo du jour: Encore verts.

M. Christine Grimard

Photo M. Christine Grimard

Quelques jours encore pour faire danser ma lumière.

Quelques jours encore de parfums encore verts.

Il fait encore chaud, le soleil glisse sur mes nervures.

Il fait encore tiède, ma robe brille dans le vent.

Combien de jours garderai-je ma couleur fraîche ?

Combien de jours pour que la rouille m’envahisse ?

Il fait beau sur mon automne.

Il fait doux sur mes soirs.

Quelques heures encore pour rêver.

Quelques minutes encore pour espérer.

Il fera nuit sur ma vie envolée.

Il fera froid sur mes jours hivernés.

Une Image…une histoire: Lettres (3/3)

Photo d'un auteur inconnu

 

 

Les semaines passèrent et Léa oublia cette histoire de boîte aux lettres, prise par les formalités de son installation. Elle s’adaptait à sa nouvelle vie sans trop de difficultés mais la solitude commençait à lui peser, même si elle s’était inscrite à des cycles de conférences, avait pris un abonnement au théâtre local, à la bibliothèque et à la salle de sport à la mode. Il était évident qu’elle tentait de construire un barrage à l’ennui, bien qu’elle eût toujours aimé apprendre et bouger, elle sentait bien que ce qu’elle préférait c’était partager ses découvertes et ses plaisirs avec quelqu’un de proche, et maintenant qu’elle avait choisi de vivre seule, les échanges étaient devenus rares.

Elle avait beau avoir rempli ses journées d’activités diverses, les soirées étaient souvent longues et mornes. Un soir, assise devant son écran de télévision où défilaient des images sans intérêt, elle laissa son esprit s’évader. Elle aimait bien cela, se sentir légère comme un papillon et imaginer qu’elle s’envolait par-dessus les toits de son quartier. Elle ferma les yeux et se vit flotter d’un immeuble à l’autre, suivant mentalement le dédale des rues. Elle aimait bien cette ville finalement, aux allures anciennes et à la tranquillité désuète.

Elle pensa aux gens qu’elle avait rencontrés depuis son arrivée, ce qui la renvoya à cette histoire de Boîte aux lettres.

Après tout, se dit-elle, pourquoi ne pas essayer ?

Elle ne sut jamais si c’était par défi, par curiosité ou par ennui qu’elle se lança dans cette histoire. Ce soir-là, elle ne se doutait pas que ce qui en résulterait, modifierait à jamais sa vision simpliste de la vie.

Elle réfléchissait à toutes les erreurs qu’elles avait faites dans sa vie, aux relations désastreuses qu’elle avait partagées, et à ce qu’elle aurait dû faire pour s’améliorer. Elle décida de s’inventer une nouvelle vie avec un nouvel amour, et d’échanger avec lui une correspondance fictive, via cette boîte aux lettres mystérieuse. Elle savait bien qu’elle n’aurait jamais de réponse puisque son correspondant n’existait pas, mais cela l’aiderait à réfléchir, et elle se réjouissait à l’avance de ce défi.

Ce qui était un jeu devint vite une nécessité. Chaque soir, elle écrivait une partie de ses missives, en forme de journal. Elle avait baptisé son correspondant Tom, puisque la boîte était anglophone, et lui racontait ses joies, ses attentes et ses déceptions. Elle se faisait douce ou coquine, en fonction de son humeur ou de ses envies, et se disait qu’elle n’avait jamais écrit autant de phrases pour ces précédents petits amis, aussi réels fussent-ils. Tom lui devint peu à peu indispensable. Chaque matin, elle glissait sa lettre dans la boîte bleue, comme on jette une bouteille à la mer.

Au bout de quelques semaines de ce manège, elle réalisa qu’elle s’enfermait progressivement dans un monde onirique. Cette histoire ne la mènerait nulle part. Aussi elle décida d’y mettre fin, et écrivit une lettre de rupture, aussi douce qu’elle put le faire, et par jeu ou par remord, elle donna rendez-vous à Tom au « Café des amis », le samedi suivant, pour « ne pas que l’on se quitte comme ça.. ».

Elle postait sa dernière lettre avec l’impression qu’elle tournait cette page avec regrets, quand elle vit Max s’approcher d’elle. Il l’aborda avec un sourire:

« Je vous ai vu poster du courrier dans cette boîte désaffectée tous les jours depuis presque un mois. Vous savez que personne ne lira ces lettres ? demanda-t-il.

« Bien sûr, dit-elle, on m’a raconté plusieurs choses sur cette boîte, mais l’essentiel est que personne ne sait pourquoi elle est là, ni à quoi elle peut servir. Alors, je m’en sers comme exutoire, et cela m’a fait du bien. mais rassurez-vous je postais aujourd’hui la dernière. »

« Je comprends, répondit Max. Enfin, il paraît que pour certaines personnes, cette boîte a eu des effets inattendus … enfin ce que j’en dis ! » ajouta-t-il en s’éloignant.

Léa le regarda en souriant, décidément les superstitions avaient la vie dure en province !

Le samedi suivant, elle se réveilla avec une sorte d’impatience, sans savoir vraiment pourquoi. Puis elle se souvint de la conclusion de sa lettre, ce qui l’amusa d’elle-même. Elle était restée une vraie midinette. Voilà qu’elle songeait à ce rendez-vous qu’elle avait inventé comme s’il allait avoir lieu. Elle n’en revenait pas d’être toujours aussi bête à son âge. Elle ne ferait jamais aucun progrès. Il fallait qu’elle fasse le deuil de cette histoire pour aller plus loin, et pas plus tard qu’aujourd’hui. Elle allait se rendre à ce rendez-vous, pour bien comprendre la différence entre réalité et rêve.

Elle entra dans le bar des amis, dix minutes avant l’heure de son rendez-vous imaginaire, et s’installa à la même table que la dernière fois qu’elle y était venue. Aussitôt, Justine, la jeune serveuse s’approcha d’elle, ravie de la revoir, pour prendre sa commande. Elles échangèrent quelques mots amicaux, Justine lui glissa à voix basse qu’elle avait des « tas de choses » à lui raconter si elle avait un peu de temps plus tard .. Léa sourit, mais n’osa lui répondre qu’elle aurait voulu avoir aussi beaucoup de choses à lui raconter.

Elle laissa infuser son thé, en faisant la moue. Il faudrait qu’elle se secoue, songea-t-elle. Se laisser ainsi envahir par la nostalgie de ce qui aurait pu exister si elle avait laissé un peu de magie entrer dans sa vie au lieu de ce matérialisme quotidien,  était vain. Il fallait qu’elle se contente de ce qu’elle avait et qu’elle regarde vers l’avenir. Elle finirait de boire son thé, et quand elle sortirait de ce bar, elle tournerait la page sur ses regrets. Le bar se remplissait peu à peu. C’était l’heure de l’apéritif, et toutes les tables étaient occupées. Le joyeux brouhaha qui en résultait montait peu à peu.

Elle remarqua à peine la porte qui s’ouvrait. De nombreuses têtes se tournèrent, dévisageant l’étranger qui était entré, et Léa suivit leurs regards. L’homme sans âge, avança dans la pièce, cherchant du regard une table libre. Il n’y en avait aucune. Il allait renoncer et sortir, lorsqu’il avisa la place libre en face de Léa. Ils échangèrent un regard, alors il s’approcha et demanda:

« Bonjour, accepteriez-vous que je m’installe à votre table, il n’y a plus aucune place libre ? »

Léa détailla son allure un instant, prête à lui dire qu’elle avait fini et qu’elle lui laissait sa table, mais sans savoir pourquoi, elle se ravisa et répondit :

« Avec plaisir, veuillez vous assoir, je m’appelle Léa. Enchantée de vous connaître. »

Elle rougit soudain de son audace, et se recula sur sa chaise en baissant les yeux.

L’homme lui tendit la main, et avec un grand sourire, il répondit:

« Merci beaucoup ! Je suis enchanté aussi, merci de votre accueil. Je m’appelle Tom … »

 

Une image… une histoire: Lettres (2/3)

boite lettres

 

La jeune femme s’arrêta au coin de la rue pour reprendre son souffle, arrangea sa coiffure, puis se dirigea vers le café de la place voisine baptisé le « Bar des amis » .

Léa hésita à la suivre, elle n’était jamais entrée seule dans un bar auparavant, puis se décida. L’atmosphère était conviviale, les gens s’interpelaient, riaient, jouaient aux cartes, ou refaisaient le monde accoudés au comptoir. Léa se dit que ce bar portait bien son nom ! Elle balaya la salle des yeux, sans voir la jeune femme. Elle semblait avoir disparu. Elle avisa une table libre près de la fenêtre et s’y installa. La patronne derrière le bar cria en direction de l’arrière-salle:  » Justine, pressons, tu fais attendre les clients ! »

Léa observait les clients du bar. Les conversations allaient bon train, se nourrissant des évènements récents, teintées d’un humour grinçant. Elle se sentit à l’aise dans cet endroit rempli d’inconnus et en oublia presque la raison de sa présence. Elle essayait de suivre la partie de belote qui se déroulait à la table voisine, et la conversation des joueurs qui était digne des films de Pagnol, quand une jeune serveuse arriva de l’arrière-salle. Elle ajustait son tablier noir et regardait sa patronne d’un air coupable. Celle-ci prit un air sévère, et lui désigna de la tête, les tables en attente, dont la sienne. La jeune Justine prit un plateau, et s’empressa d’aller débarrasser les tables désertées par les clients précédents, puis s’approcha de la table de Léa pour prendre sa commande.

Léa reconnut la jeune femme qui avait jeté rageusement une lettre dans la Boîte postale bleue. Elle n’osa pas l’interroger d’emblée et passa sa commande, puis observa ses allées et venues. Lorsque la jeune serveuse lui apporta son chocolat chaud, Léa se décida à lui poser la question qui lui brûlait les lèvres.

 » Je vous ai remarquée, lorsque vous avez posté votre lettre tout à l’heure, et je me demandais pourquoi vous sembliez tellement bouleversée. »

La jeune femme la fixa, d’un air incrédule, sans rien répondre. Léa se ravisa, soudain gênée de son audace.

« Pardonnez-moi, je ne voulais pas être indiscrète..  »

« Non, ne vous excusez pas, répondit Justine. Votre phrase m’a surprise, c’est tout. Je … Je préfère ne pas parler de cette boîte aux lettres. Il y a des oreilles indiscrètes ici, ajouta-t-elle, en tournant la tête vers les joueurs de carte.  Si cela vous intéresse, je finis mon service dans une heure, et je vous expliquerai. »

Léa la remercia, et paya sa consommation, puis elle prit son temps pour déguster son chocolat. Les tables se vidaient peu à peu, et lorsque l’heure fut écoulée, elle se leva et sortit pour attendre Justine à l’extérieur du bar.

Quelques minutes plus tard, la jeune Justine sortit du café. Elle avait retrouvé ses habits « civils » et se dirigea vers Léa sans hésiter, ce qui l’étonna beaucoup. Elle entama la conversation comme si elles se connaissaient depuis longtemps, alors qu’elles étaient de parfaites inconnues.

« Je suis contente de pouvoir parler de cette histoire, commença la jeune femme. C’est une histoire de fous, et j’aimerais que vous me disiez ce que vous en pensez. Mais ne restons pas là, ma patronne nous observe derrière les carreaux. »

Léa jeta un coup d’œil rapide vers le bar, et remarqua que la patronne les observait du coin de l’œil en rangeant ses tables. Les deux jeunes femmes s’éloignèrent rapidement, et prirent la rue de la fameuse boîte aux lettres d’amour. Justine s’arrêta devant elle, et se retournant vers Léa, s’écria:

« Vous voyez, cette boîte est un attrape-nigaud ! »

Elle pointait un doigt accusateur vers l’inscription en anglais qui barrait la porte bleue.

« Pourquoi, dites-vous cela ? » interrogea Léa.

« Parce que c’est vrai ! s’indigna Justine. Une de mes clientes fidèles qui est très âgée, vient souvent au bar pour prendre son café du matin. Elle habite cette rue depuis son enfance, et comme cette boîte aux lettres m’intriguait, je lui ai demandé si elle savait depuis quand elle était là. Elle me répondit qu’elle avait toujours vu cette boîte sur le mur, sans en connaître la provenance, mais que la rumeur disait que les véritables lettres d’Amour déposées ici, trouveraient toujours leur destinataire, et que l’Amour s’il était véritable en serait récompensé. »

Léa ne put s’empêcher de sourire en entendant le récit de la jeune femme, ce qui contraria Justine;

« Oui, encore une qui se moque de moi ! » dit-elle dépitée.

« Mais non, s’empressa je répondre Léa, je ne me moque pas de vous, mais cette histoire me fait sourire ! Avouez qu’elle est difficile à croire ! »

« Oui, je le reconnais, répondit Justine. Ce genre d’histoire à dormir debout, m’a toujours fascinée, et je voulais tellement y croire, que j’ai essayé … »

« Essayé.. de poster une lettre d’Amour dans la boîte ? « demanda Léa. « Celle que je vous ai vu y déposer tout à l’heure ? »

« Non, pas celle-ci répondit Justine. J’avais mis une lettre pour mon petit ami, dans la boîte, voici un mois, où je décrivais toute la belle vie qu’on aurait ensemble. Et puis, hier il m’a plaqué. Alors tout à l’heure, j’y ai jeté une autre lettre .. une lettre d’injures celle-ci ! Bien fait, pour celui qui la lira, et qui n’est pas capable d’exaucer les amoureuses malheureuses en mon genre ! »

Elle était rouge de colère et tapait du pied, comme une enfant dépitée d’avoir perdu son plus beau jouet. Léa la regardait avec l’envie soudaine de la consoler et d’en savoir un peu plus sur cette histoire. Elle lui proposa de venir prendre un thé chez elle, pour qu’elle se remette de ses émotions et qu’elles en discutent un peu plus. La jeune femme hésita un peu, puis se décida à la suivre. Quelques minutes plus tard, elles étaient installées dans son salon devant un thé fumant.

Justine, se détendit et lui déballa toute l’histoire. Léa avait l’impression de parler à la petite sœur qu’elle n’avait jamais eue. Elle lui raconta sa relation dans les détails, et plus la soirée avançait, plus Léa était atterrée pour elle. Peu à peu , Justine en décrivant l’attitude de ce fameux petit-ami, comprit d’elle-même à quel point son égoïsme forcené l’aurait menée rapidement à une vie d’enfer . Elle conclut piteusement:

« J’ai l’impression que je l’ai échappée belle, ne croyez-vous pas ? » demanda-t-elle à Léa.

« Oui , en effet, vous serez plus heureuse sans ce minable dans votre vie » répondit Léa. « Je crois que cette boîte est plus intuitive que vous le pensiez, elle semble détecter les amours véritables, et trier le bon grain de l’ivraie, si vous voyez ce que je veux dire .. »

La jeune Justine acquiesça et éclata de rire en disant:  » Oui , je crois que finalement, cette boîte est vraiment magique, comme le disais ma vieille cliente. Il faudra que je lui en parle ! »

Sur ces belles paroles, elle prit congé de Léa, et en la raccompagnant, celle-ci se prit à rêver de tester elle-même le pouvoir magique de la boîte bleue.

Enfin, elle n’avait jamais cru à ce genre de fadaises. Elle verrait bien …

 

A suivre …

Une Image…une histoire : Lettres (1/3)

boite lettres

En arrivant dans ce nouveau quartier, Léa ne connaissait personne, mais elle était bien décidée à se faire de nouveaux amis. Elle marchait sur les traces de sa mère qui été née dans cette ville, et sans savoir très bien pourquoi, elle avait choisi de vivre dans le quartier où elle avait passé sa petite enfance. Les choses avaient du bien changer, mais  sa mère ayant disparu depuis peu, c’était un moyen de se sentir un peu plus proche d’elle. Sa mère parlait rarement de son enfance, mais cette ville était tranquille, et elle avait besoin de tranquillité plus que de tout le reste, désormais. Elle l’avait accompagnée dans ses derniers mois, et avait besoin de s’en remettre.

Sa vie était un naufrage. Pourtant tout avait si bien commencé, des études brillantes, un métier en vue, des responsabilités successives qui l’avait conduite à un surmenage permanent. Elle vivait dans la capitale, ne ratait aucun spectacle à la mode, était invitée dans toutes les soirées branchées. Professionnellement elle louvoyait de services en services au gré des influences, suivant le vent des amitiés à la mode. Plusieurs mariages, tous décevants. De nombreuses amitiés empreintes de superficialité. Peu de partages. Peu de plaisirs.

Lorsque la santé de sa mère s’était dégradée, elle avait tout laissé tomber, sa carrière, ses pseudo-amis, son conjoint du moment, ses projets de grossesse, ses espoirs de promotions. Elle ne regrettait rien. Sa vie était si vide de sens que la laisser derrière elle n’avait pas été bien difficile. Pour sa mère, les choses n’avaient pas traîné, et elle aurait regretté à jamais de pas lui avoir consacré un peu de son temps pour accompagner ses derniers instants.

En y réfléchissant, c’était sans doute la meilleure décision qu’elle n’avait jamais prise.

Les premiers jours, elle fit le tour de son quartier, se familiarisant avec les habitudes de ses habitants. Elle avait toujours eu le contact facile, et en discutant avec les commerçants, elle repéra vite les endroits stratégiques pour avoir une vie agréable dans cette petite ville. Elle s’intégra facilement, s’inscrivit à plusieurs des activités proposées ce qui lui permit de se faire rapidement de nouvelles connaissances.

Sa nouvelle vie lui plaisait, même si elle était bien solitaire. Après tout c’est ce qu’elle souhaitait !

Un matin, se promenant dans un nouveau quartier, elle remarqua une boîte aux lettres de forme inhabituelle, bleue et rouillée. L’objet semblait désaffecté. Il pouvait provenir d’un autre pays ou sortir d’un autre âge. Elle le détailla attentivement, fit fonctionner la languette qui s’ouvrait en grinçant, examina la pancarte indiquant « Love Letters ». Elle n’avait encore jamais vu un objet pareil. Un homme ayant remarqué son manège, s’approcha d’elle et lui dit:

« Vous vous demandez, à quoi sert cette boite  ? »

Elle hésita à lui répondre, mais il semblait sympathique, et elle se décida à entamer la conversation. Il semblait se poser les mêmes questions qu’elle et ne put lui expliquer la provenance de cet objet. Il lui raconta qu’il surveillait souvent la rue pour voir si quelqu’un venait relever la boîte, mais qu’il n’avait jamais vu le moindre préposé venir récupérer les lettres déposées ici. Pourtant, il affirma que des personnes déposaient souvent des lettres dans cette boîte.

« Je me demande à quoi ça sert, puisque personne ne relèvera jamais ce courrier », ajouta-t-il d’un air pensif. « Je crois que cette boîte a été installée ici, comme décoration, ou par un illuminé, et tous ces gens lui confient leur missive en pure perte ! »

« Vous avez probablement raison » acquiesça Léa. « Je reviendrai examiner cette boîte mystérieuse aussi, et si je vois quelque chose d’intéressant, je vous le dirai si je vous croise de nouveau par ici. » Ajouta-t-elle avec un sourire.

« J’habite ici. » répondit l’homme, en désignant l’immeuble qui faisait l’angle de la rue. « Au rez de chaussée, précisa-t-il, vous n’aurez qu’à frapper au carreau si vous voulez, je vous répondrai ! Mon prénom est Max. » dit-il en s’éloignant.

« D’accord, répondit Léa. Je n’y manquerai pas. A bientôt alors ! »

Il répondit d’un geste de la main, en s’éloignant rapidement, et entra dans l’immeuble qu’il avait montré à Léa. Elle le regarda s’engouffrer dans le hall, et reporta son attention sur la mystérieuse boîte. A cet instant, une jeune femme en larmes, s’approcha et y jeta une lettre d’un geste rageur, puis repartit aussitôt presque en courant.

Léa, très intriguée, décida de suivre cette mystérieuse jeune femme, et lui emboita le pas.

A suivre…

Photo du jour: La vie en couleurs.

« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » Charles Baudelaire

Se réveiller aux premières lueurs de l’aube.

Décider que la journée sera belle.

Déplier ses ailes.

Secouer ses plumes.

Effacer les dernières craintes de la nuit.

*

S’envoler vers la lumière

Planer sur un souffle de vent

Voguer dans les nuages

Glisser sur les courants

Se laisser porter par le plaisir.

*

Repérer une étendue de couleurs

Plonger  vers une marée de pétales

Se laisser tomber dans un océan de parfums

Atterrir sur un nuage orangé

Se laisser bercer par la brise ouatée.

*

Teinter ses ailes de soleil

S’enivrer de lumière

Se gaver de parfums

Nager dans les toutes  nuances du miel

Déguster sa vie vermeille.

Confessions Intimes 2: Jack

JACK TIGRE

 

Le soleil se lève sur ma tanière.

Encore un jour, où la vie coulera simplement et sans surprise, comme hier, et comme demain.

Je verrai monter le soleil dans le ciel jusqu’au zénith, et je m’en protègerai sous la ramure. Je n’ai jamais aimé la chaleur écrasante, même si elle est moins forte ici que dans la jungle.

Je mangerai à ma faim, en temps et en heure, des quartiers de porc légèrement faisandés comme je les aime. Ils savent que je préfère le Sanglier, mais ils ne m’en offrent que rarement. Ils pourraient me laisser le chasser moi-même. Je ne sais pas pourquoi ils ne comprennent pas cela. C’est évident que cela me ferai beaucoup de bien de chasser un peu de temps en temps. Cela me rappellerait le bon temps.

Le bon vieux temps …

Celui où, je repérais ma proie au petit matin, lorsqu’il cherchait des racines dans les plantations humaines. Je le débusquais, et je l’attirais dans la plaine, en faisant des cercles autour de lui, de plus en plus étroits. Et quand il sentait mon odeur, sous le vent, il détalait. Je n’avais plus qu’à laisser faire ma pointe de vitesse …

Quel plaisir ! En plus, le stress donnait à la viande, un petit goût de paradis …

Enfin, ce que je dis là, et probablement assez monstrueux, en y réfléchissant. Mais il est bien difficile d’aller contre son instinct. Même quand on a été « civilisé » depuis aussi longtemps que moi.

En fait, je ne me souviens même plus de l’année où je suis arrivé ici.

Nous étions deux, mon frère et moi. Jeunes et farouches. Timides, comme il se doit. Maigres et apeurés. Nous venions d’échapper à ces braconniers qui écument la jungle, à la recherche de nos semblables. Il paraît que notre viande et nos os font des remèdes formidables contre toutes sortes de maladies humaines… Moi, je pensais que leur viande serait savoureuse et bénéfique pour toutes mes envies félines, mais maman m’avait interdit de m’approcher d’eux. Avec le recul, je pense qu’elle avait raison, puisqu’ils ont fini par nous avoir …

Je préfère ne plus y penser !

Les hommes qui m’ont conduit ici, ont dit que c’était pour mon bien. Mon espèce est en voie d’extinction, semble-t-il. Ils nous ont offert le gîte et le couvert, en échange de notre liberté. Il n’y avait plus qu’à laisser couler les jours, accepter de ne plus courir, ou si peu, manger ce qui se présentait, ne pas se révolter contre ces hommes-là. Il faut dire qu’ils étaient plus gentils que les autres. Surtout cette jeune vétérinaire qui prenait soin de nous au début, venant vérifier si tout allait bien pour nous tous les matins. La seule chose que je n’aimais pas, c’est quand elle voulait examiner mes dents.

A-t-on déjà vu un tigre ouvrir la gueule, pour qu’une proie vienne regarder ses dents ? Quand une proie voit les dents d’un tigre, c’est qu’elle est déjà en route pour l’autre monde !

Il ne faut pas que je m’énerve. Ils disent que je suis très doux. Il faut que je garde cette bonne réputation. C’est le gage de ma tranquillité future. Après tout, je suis bien ici. J’ai tout ce qu’il me faut …

Sauf …

C’est de leur faute aussi ! Ils l’ont écrit sur cette pancarte que je vois du matin au soir devant ma tanière :

Tigre de Malaisie (Panthera Tigris Jacksoni)

Prénom : Jack

Habitat sur 66 211 km2 du Nord de la Malaisie au Sud de la Thaïlande

Famille des félidés

Taille : 2.50 m de long   Poids moyen 120 kilos                                           

Régime habituel : sambars, muntjacs, sangliers , saros, ours malais, éléphanteaux

Symbole de courage et de force, le tigre est l’animal national de la Malaisie.

 

Je ne sais pas lire, évidemment, mais à force d’entendre les visiteurs lire cette pancarte à leurs enfants, je la connais par cœur. Je suis un symbole de courage et de force, c’est plutôt flatteur. Quant au « régime habituel », je préfère ne plus y penser …

Si j’étais courageux et fort comme ma réputation le dit, j’aurais pris mon élan et j’aurais sauté par-dessus ce fossé qui me sépare des visiteurs. Pas pour goûter à leur chair, qui est loin de sentir aussi bon que celle des sangliers, non. Mais pour retrouver le chemin de ma liberté. Au lieu de cela, je me laisse vivre, nourrir, soigner, sans me révolter. Le confort vous ramollit n’importe qui.

Il faut dire qu’ils m’ont sauvé la vie, ça je l’ai bien compris.

Il faut dire qu’ils m’ont confié une mission. Très importante. Ils y tiennent beaucoup. Celle de repeupler la terre de mon espèce. Il semble que je suis « en voie de disparition ». Ils m’ont déjà présenté une dizaine de jeunes et jolies tigresses, venues du monde entier, et j’aurais été le dernier des idiots de refuser. On n’est pas des bêtes, tout de même.

Il faut dire que depuis quelques temps, j’ai trouvé un autre intérêt à rester ici. C’est un secret que je peux bien vous confier. Cela me fait du bien d’en parler. Il y a quelques jours, dès l’ouverture du Parc, j’ai vu surgir une drôle de créature armée d’un appareil photo plus gros qu’elle. Elle photographiait tout ce qui était dans son champ de vision, puis elle s’est focalisée sur ma tanière. Son objectif était énorme et je me suis demandé de quoi je devais avoir l’air en très gros plan. Je suis une des vedettes du parc et son attitude était plutôt habituelle pour moi. Cependant, jour après jour, elle est revenue pour me mitrailler sous toutes les coutures et elle en a oublié tous mes congénères. Cet intérêt extraordinaire a fini par m’intriguer, et pour lui faire plaisir je lui ai offert un de mes regards les plus doux et les plus enjôleurs.

Elle a pris son cliché puis l’a regardé dans son écran, puis a relevé la tête tout doucement et m’a regardé fixement au fond des yeux, comme si elle me reconnaissait soudain. C’était un de ces regards qu’on n’oublie pas, un regard bleu, tendre, un peu flou. C’était un de ces regards qui vous change la vie, comme si tout ce que vous aviez vécu auparavant, n’avait jamais existé.         C’était un regard si beau, si puissant pour une créature si petite, si fragile, si douce aussi. C’était le plus beau regard qu’il m’avait été donné de voir jusqu’ici.

Il a été si long le chemin jusqu’à ce regard.

Je crois que finalement, je vais rester…

 

 

 

 

 

 

Photo du jour: Girouette

Photo M.Christine Grimard

 

C’est la tempête.

Chouette

On va faire la fête

Tourner et faire des pirouettes

Pousser la chansonnette

Dans notre guinguette

Admirez donc nos silhouettes

Sur le toit de la maisonnette

Qui dansent leur valse-musette

Pour tenter d’éloigner les mouettes,

Saperlipopette !

 

Une image…une histoire: Dernier Éclat

Ayant envie de se changer les idées, elle sortit son chien, ce matin-là.
Elle prit le chemin qui rejoignait le bois en passant sous la ligne à haute-tension. Le chien connaissait la route et suivait une trace imaginaire, la truffe collée aux gravillons du sentier.
Elle se demandait si elle aurait la force de le suivre s’il lui prenait envie de prendre un lapin en chasse. Ses jambes commençaient à lui jouer des tours,

Elle vivait dans une grande maison lumineuse et calme comme elle, à l’écart du village.
Il y a trente ans, lorsqu’elle avait choisi ce terrain isolé, les seuls êtres vivants qu’elle croisait, étaient des moutons qui ne prenaient même pas la peine de relever le museau de leur pâture à son passage.
Elle avait décidé de vivre ici, à quelques lieues de la ville, pour retrouver le silence lorsque la vie lui laissait un moment de répit. Cette maison était son refuge, sa grotte. La vie l’avait habitée, les enfants avaient joué devant le porche, les jours avaient défilé, le temps avait couru entre rires et larmes.
Peu à peu, les champs de blés avaient laissé la place aux lotissements. Le village avait pris de l’ampleur, idéalement situé « entre ville et campagne » selon les publicités des promoteurs. Elle avait vu arriver des nouvelles familles, de nouveaux amis, avant qu’ils repartent vers d’autres cieux.
Elle mesurait la course du temps, au défilement des voisins. La ville avançait peu à peu, enserrant de ses tentacules la campagne environnante, les petites maisons cédaient la place aux immeubles.
Sa vie, elle ne l’avait pas vu passer. Elle l’avait bien remplie, avait vu passer des générations d’enfants dans sa classe, avait vu changé les habitudes et les modes, avait essuyé la craie sur les tableaux et les larmes sur les joues d’enfant. Elle en avait vu défiler des réformes autant que des ministres, tout en gardant le sourire et son cap au milieu des tempêtes et des expérimentations en tout genre.

Quand la journée avait été difficile, elle s’asseyait au fond de son jardin, pour savourer son thé en regardant le vent danser dans les branches. Mais la course des nuages ne l’avait pas attendue. Les arbres qu’elle avait installés, et qui n’étaient que des brindilles, lui cachaient maintenant le ciel.

Quand ils avaient implanté la ligne à haute-tension, en suivant le tracé de la départementale voisine, elle était impatiente que ses arbres arrivent à lui cacher ces horribles monstres métalliques. Avec le temps, elle ne voyait plus qu’un seul pylône. Il était même devenu un de ses repères. En ouvrant ses persiennes le matin, elle regardait les reflets de la lumière sur les galettes de verre isolants les conducteurs. En fonction de leur couleur, elle savait s’il ferait beau ou non.
Elle suivait ce chemin chaque semaine, et s’était habituée au ronronnement des fils, et à la chanson du vent dans les mailles des pylônes.

Le mois dernier, ils avaient reçu une circulaire informant tous les villageois que des travaux allaient perturber leur quotidien pendant quelques semaines, il avait été décidé que la ligne à haute-tension serait enterrée et que la circulation sur la départementale en serait modifiée. Les pylônes disparaîtraient de leur environnement par la suite.

Ce matin-là, elle s’arrêta sous « son » pylône et le détailla comme si elle le voyait pour la première fois. Finalement, elle le trouvait beau, tout habillé de ses dentelles métalliques, ses galettes illuminées par le soleil levant brillaient comme des joyaux. Elle se souvint soudain que quand elle était enfant elle nommait ces constructions métalliques  » les dames de fer » trouvant qu’elles avaient la même forme que les mannequins des vitrines.
La nostalgie l’envahit soudain. Sa vie courait. La vie changeait sans que rien ne l’arrête. Bientôt, ce pylône aurait disparu, puis son chien ne serait plus là, puis elle partirait vers d’autres chemins…

Ce n’est que quand on perd les choses, que l’on comprend à quel point elles nous étaient précieuses.

Elle sortit le petit appareil photo qui était toujours au fond de sa poche, et saisit l’image qui brillait devant ses yeux, tous brouillés de larmes.
Elle se demanda si la photo serait nette, et regarda l’écran, puis repartit en souriant dans la brume matinale, sur les traces de son chien.
Le souvenir de cet instant teinté de lumière rose resterait gravé dans sa mémoire, même si le cliché était flou.
La journée qui s’annonçait serait belle…

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Texte et photo M.Christine Grimard