Une image…une histoire: Ecolière

devoirs

Du plus loin qu’elle s’en souvienne, La rentrée des classes était pour elle une joie, la promesse de nouveaux plaisirs.

Elle était enfant unique, et les vacances lui semblaient toujours trop longues, bien qu’elle n’ose pas le dire tant cette opinion semblait incongrue à ses amies. Elle avait toujours été « bonne élève » mais c’était naturel. Ce qu’elle préférait dans la vie, c’était lire et  apprendre.

Apprendre chaque année un peu plus de ce que le monde cachait, était le plus grand de ses plaisirs. Les livres étaient autant de trésors à découvrir, et quand elle ouvrait la couverture, elle avait l’impression de débarquer sur un rivage inconnu. Elle posait les yeux sur la première page, et tous les oiseaux des îles venaient se poser dans ses cheveux. Elle aimait l’odeur des pages, et le bruit du papier que l’on caresse. Elle imaginait autant d’images que de pages, et complétait souvent les chapitres par un petit dessin au fusain des héros rencontrés.  Un livre, c’était une fée de la nuit qui venait lui raconter une histoire avant de s’endormir.

Elle avait dévoré tous les ouvrages « autorisés » de la bibliothèque familiale, mais à l’école, elle savait qu’elle en aurait de quoi satisfaire sa curiosité.La bibliothèque de prêt de l’école était une mine de petits trésors, et pour pouvoir tous les lire, elle s’était retrouvée « bibliothécaire adjointe »sans qu’aucun de ses camarade ne proteste.

Plus tard, lorsque l’adolescence l’inonda de son flots d’interrogations, elle pensa que cette boulimie de mots était une maladie honteuse, ses camarades n’ayant pas la même passion. Elle n’en parlait jamais, se contentant de lire dès qu’elle avait un instant de libre. Lorsqu’elle découvrait un nouvel auteur, elle lisait tous ses ouvrages à la suite, et la frustration de la dernière page, était une souffrance dont elle ne parvint jamais à se défaire tout à fait. Tout ceci était son jardin secret. le grenier dans lequel elle se réfugiait quand la vie était trop lourde.

La moitié de sa vie passa ainsi à remplir son esprit, à apprendre, à découvrir. Elle remplissait un tonneau sans fond. Elle n’aurait jamais assez de temps pour tout connaître, jamais assez de nuits pour tout lire. Elle devint libraire, ce qui nourrît bien ses dangereux travers. Souvent, elle dormait dans sa boutique, ne prenant pas la peine de rentrer dans une maison vide, préférant dormir avec ses précieux ouvrages.

Elle s’essaya à l’écriture, ce qui lui valut un joli succès d’estime. Elle expliquait à qui voulait l’entendre, que les mots qu’elle avait engrangé par milliers demandaient à ressortir, et qu’elle ne pouvait s’arrêter d’écrire, comme elle ne pouvait s’arrêter de lire, enfant. Plusieurs de ses ouvrages obtinrent un beau succès, elle adorait partager avec ses lecteurs l’amour des mots au cours de lectures qu’elle organisait dans sa boutique. Mais ce qu’elle préférait, c’était l’instant où elle baissait le rideau de fer, et où elle se retrouvait en tête à tête avec ses auteurs disparus.

On la retrouva ainsi, un matin, endormie à jamais dans son grand fauteuil, une pile d’ouvrages sur la petite table d’à côté. Ses mains reposaient sur un ouvrage, ouvert à moitié, posé sur son cœur, un sourire flottant encore sur les lèvres.

 

 

 

 

6 réflexions sur “Une image…une histoire: Ecolière

  1. Elle s’était envolée là-haut en compagnie du Petit Prince…Appelé en urgence,Hercule Poirot descendit du rayon « policier et énigmes » et déclara: « c’est Chris »
    J’adore..

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    • Oh merci beaucoup Bernard pour cette visite et l’évocation d’Agatha Christie qui est en effet un des auteurs que j’ai lu en entier…
      Cette écolière tient un peu de moi (sur les bords) mais n’étant pas libraire comme elle, nos destins de sont un peu éloignés dans la spirale du temps. Merci encore pour ta lecture ici !

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  2. Vivre dans une librairie devient de plus en plus rare : heureusement, on peut toujours imaginer ce que cela pourrait avoir été…

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  3. Je me demande quel était son dernier livre… Mourir ainsi, avec un sourire sur les lèvres, je veux la même mort 😉

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    • Je me demandais si quelqu’un poserait la question :-).
      Peut-être « Pour qui sonne le glas » ou « Le meilleur des mondes » ou « J’irai cracher sur vos tombes » …
      Il y en a tant !
      Moi je pencherais plutôt pour « Si c’est un homme de Primo Levi »
      et partir sur un dernier sourire, je le souhaiterais aussi 🙂
      « N’oubliez pas que cela fut,
      Non, ne l’oubliez pas :
      Gravez ces mots dans votre cœur.
      Pensez-y chez vous, dans la rue,
      En vous couchant, en vous levant ;
      Répétez-les à vos enfants. »
      Un grand merci pour votre passage ici, et cet échange !

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