Une image… une histoire: L’étape.

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Il se réveilla en sursaut au matin du 15 août ne sachant plus où il se trouvait….

Il était couvert de rosée, le soleil déjà haut dans le ciel commençait à le réchauffer. Il tremblait sans savoir si c’était de peur ou de froid.

Il regarda autour de lui, encore étourdi. L’air était léger, le silence était lourd. Il n’avait pas l’habitude d’un tel silence. Il se dit qu’il n’avait jamais entendu un silence aussi profond auparavant, ou avant d’être vivant peut-être…

Comment était-il arrivé là, au pied de cet arbre majestueux ?

Il ne voulait pas faire d’effort pour se rappeler, pas tout de suite. Il voulait savourer, la danse du soleil entre les branches, la caresse du vent dans ses cheveux, la douceur de l’air, et le silence. Le silence …

Voilà tellement longtemps qu’il avait besoin de silence !

Le bruit ne cessait jamais autour de lui. Il n’en pouvait plus de ce vacarme du matin au soir, de cette ronde infernale des bruits : celui du réveil puis du métro, de l’ascenseur, du téléphone, des collègues de bureau, de la circulation, des gens qui se pressent, des cris dans la nuit.

Il écoutait avec délectation : ici, aucun bruit. Vraiment aucun.

En cherchant bien, il y avait comme un petit coup, répétitif, très faible, mais très régulier, comme un léger roulement de tambour, là-bas dans le lointain. On aurait dit un tintement de clochette. Peut-être était-ce un battement d’ailes, ou la cloche d’un village éloigné, ou encore plus loin, le reflux des vagues sur les rochers.

Il referma les yeux pour essayer de mieux situer le bruit, mais plus il essayait de l’entendre, plus son intensité diminuait.

Alors il abandonna le bruit, pour se concentrer sur l’image.

Qu’il était bien ici sous l’abri des branches, que cet arbre était beau ! Les branches dorées brillaient de mille feux sous les rayons du levant, on aurait dit des diamants. Quand il était petit, il croyait que des lutins habitaient dans les branches des arbres, et un jour, en se promenant avec son père, il les avait vus. Mais quand il l’avait dit à son frère, il s’était moqué de lui et l’avait raconté à toute l’école. Pendant toute une année, on l’appelait « le lutin ». Il n’avait pas oublié ce souvenir amer. Son frère se moquait toujours de lui, alors peu à peu, il était rentré dans le rang, il avait cessé de croire en ces « balivernes » comme son père disait toujours. Il avait vieilli, comme tout le monde…

Ce matin, il se sentait bien ici. Très bien, même, mieux qu’il ne s’était jamais senti auparavant. Il allait rester un peu. Il n’avait pas envie de bouger. Il allait attendre que le soleil monte un peu plus haut dans le ciel, et quand il aurait bien chaud jusqu’au bout des orteils, il reprendrait la route. Il avait eu raison de faire une étape ici.

Il ne savait pas très bien où cette route le mènerait, puisqu’il ne se souvenait plus du tout, pourquoi il était ici. Enfin, il allait bien se rappeler quand il serait vraiment bien réveillé. Mais il se donnait encore quelques minutes de repos, juste pour savourer l’instant de paix et de silence de ce réveil… sans réveil. Pour une fois !

 

Mais voilà qu’il entend des pas, sa tranquillité n’aura pas duré longtemps ! Une personne arrive. Elle marche sur le chemin, on entend ses pas crisser sur le gravier. Quel dommage ! Il avait bien la paix. Il va falloir entamer la conversation.

Il entend de nouveau ce tintement de clochettes qui se rapproche, sans doute porté par le vent qui vient de l’ouest. Il se retourne vers la personne qui s’approche de son arbre. Il va devoir se lever, même s’il n’en n’a pas envie.

Mais il la reconnaît. Oui, c’est bien elle. Peut-être que le contre-jour lui joue des tours. Mais non, il aurait reconnu cette démarche entre toutes.

  • Maman, c’est maman !

Il l’appelle mais elle ne répond pas. Elle continue de s’approcher de lui, lentement, et se contente de lui sourire.

  • Maman, je suis là ! Parle-moi.
  • Mon fils, il faut que tu rentres. Tu ne peux pas rester ici plus longtemps. Lève-toi, et reprends ce chemin.  Allez, dépêche-toi.  J’attends ici.

 

  • Inutile de continuer … On l’a perdu ! Dit l’interne découragé par les longues minutes de réanimation sans résultat.

Le monitoring était devenu muet depuis plusieurs minutes. L’interne éteignit le défibrillateur et débrancha le respirateur.

  • Quelle tristesse. Un homme si jeune et si robuste. Je vais aller prévenir sa famille….
  • Non, regarde ! Il revient.  Il respire. Regarde !

Les deux médecins s’approchèrent du monitoring qui avait repris son bruit de clochette régulière, quoi qu’un peu rapide. Ils se tournèrent vers l’homme, incrédules. La respiration avait repris, spontanément, un peu saccadée. Il poussa un long soupir et bougea légèrement les doigts.

C’était le matin du 15 août.

Il allait faire une belle journée, le soleil venait de se lever, mais l’air était déjà doux. C’était une journée pour faire un tour à la campagne.

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4 réflexions sur “Une image… une histoire: L’étape.

  1. On est parfois fébriles, dans les hôpitaux…

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