Photo du jour: Homme ou Loup

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L’Homme est un loup pour l’homme, c’est bien connu…

Ceci est très injurieux pour le loup.

Comparé à ce que fait l’homme de sa vie, de son monde, de ses semblables, le loup est un agneau!

J’essaye toujours de voir le beau côté des choses, la beauté des nuages, ou l’utilité de la pluie, même si le manque de luminosité pèse parfois lourd sur mon humeur.

Cependant, ces jours-ci j’avoue que j’ai beaucoup de difficultés à pardonner à mon espèce, sa cruauté, sa bêtise, sa violence et son abjection !

Ce que l’on devient me révolte !

La vie est si précieuse, si difficile à protéger, si dure à mettre au monde, si belle à préserver.

Comment peut-on faire fi de la vie de nos semblables ?

Comment peut-on perdre le respect de la vie des autres ?

Comment peut-on brader la vie de nos frères, sous n’importe quel prétexte, que ce soit la religion, la Politique, la Nation, la Couleur de peau, la culture, les habitudes de vie ?

AUCUN PRÉTEXTE n’est acceptable pour voler sa vie à notre frère humain.

Les hommes se sont inventé des lois, des dieux, des religions, des dictats, plus nombreux les uns que les autres. La plupart du temps, pour se gâcher la vie, et le reste du temps pour gâcher celle des autres.

Dieu existe probablement, toutes les merveilles qui nous entourent, étant difficilement le fruit du hasard. Et s’il nous a laissé la liberté d’exister, il doit le regretter amèrement certains jours. Nous sommes capables du pire, et ces derniers jours, nous le montrent, d’un bout à l’autre du globe.

Réveillons-nous !

Cette terre est notre maison.

Ces hommes sont nos frères.

Il est déjà difficile de survivre à notre condition humaine, pourquoi ne sommes-nous pas solidaires, pour le temps si court où nous sommes vivants ?

Pourquoi ne sommes-nous pas capables de nous aimer ?

Je suis mère, et je connais le prix de la vie, il est inscrit dans ma chair en lettres de feu. C’est probablement pour cela que je ne peux pas admettre que l’on attente à la vie en général.

Il nous reste si peu de temps, ne le gâchons pas dans des querelles vaines et dérisoires. Il est si agréable de se rapprocher de celui qui est différent. C’est si enrichissant.

Pourquoi ne pas essayer, TOUT DE SUITE ?

Antoine de Saint-Exupéry dans Citadelle nous le disait déjà, il y a bien longtemps: «  … Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. ”

 

 

Une image…une histoire : Cabines de bain

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« Regarde maman, regarde !
Elles sont encore là !
Mais elles ont changé de couleurs, cette année. Elles sont bleues et jaunes ! »
Petit Louis saute sur ses pieds, il ne peut plus rester en place. Le voyage a été si long. Cinq minutes après la sortie de Paris, il demandait déjà si on voyait la mer !
Il a fallu cinq longues heures pour apercevoir enfin les dunes, puis la mer, qui se dévoile seulement à ceux qui savent la désirer. Il a fallu grimper jusqu’au sommet de la dune pour voir l’horizon flamboyer, et entendre enfin les rouleaux s’écraser sur le sable.
Mais les cabines, elles, petit Louis les avait devinées dès qu’il était descendu de la voiture. Elles bordaient le mur de la plage, sagement alignées depuis plusieurs décennies. Elles avaient accueilli les mêmes familles sur cinq générations.
Grand-mère racontait qu’elles étaient peintes en rose et bleue, et maman se souvenait que l’année de ses dix ans, on les avait repeintes en vert et orange. C’était la mode psychédélique ! Mais quelques années plus tard, une pétition avait circulé dans la ville pour obliger le maire à leur rendre des couleurs plus classiques. Elles avaient alors sagement revêtu des couleurs de marinière bretonne, à rayures bleues outremer et blanches.
Petit Louis était très fier: voilà que pour ses dix ans à lui, on les avait repeintes ! Elles étaient encore plus belles: jaunes comme le soleil, blanches comme les mouettes et bleues comme l’océan.
Il courut vers celle de sa famille, la cinquième en partant de la gauche. Il ouvrit la porte qui protesta en grinçant.
– Doucement, mon Louis, dit maman. Ménage-la un peu, cette vieille porte. Elle a bientôt cent ans. Un peu de respect !
Mais Louis ne l’entendit pas. Il avait retrouvé son cerf-volant au fond de la cabane, et s’élançait déjà vers la dune pour l’essayer dans le vent du matin.
Maman le regarda avec tendresse, il était si pâle. La plage allait lui redonner des couleurs.
Elle entra à son tour dans la cabine, et fut assaillie par l’odeur marine qui s’en dégageait, mélange de fragrance de varech et de bois flotté. Cette odeur lui était si familière qu’elle se sentit immédiatement chez elle. Il suffisait de se retourner pour voir arriver ses cousins, leur bouée à la main, qui remontaient en tremblant de froid, depuis l’estran lointain aux grandes marées d’équinoxe…
Elle ferma les yeux, et retint les larmes qui s’en échappaient. Les fantômes de son enfance couraient maintenant dans d’autres cieux. Sa mère et sa tante avaient installé leurs transats sur d’autres plages.

Peu importe, ces vacances étaient celles de l’enfance de son fils. Elle allait l’aider à se fabriquer des souvenirs heureux dans lesquels il pourrait puiser sa force vitale durant toute sa vie.
Elle peignit un sourire lumineux d’été sur ses lèvres et s’élança à la suite de son fils, en direction de la dune :
– Louis, attends-moi ! Je sais où le vent porte le mieux. J’arrive ..

Les Filles de la Lune (Partie 18)

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Durant les premiers mois de la vie de sa fille, Luna se consacra entièrement à elle. C’était une magnifique enfant, et l’harmonie entre elles était évidente. Pierre se sentait un peu à l’écart de ce groupe de femmes. Les hommes se tenant loin de l’univers maternel et féminin en général, il ne s’approchait pas du bébé, mais il admirait de loin l’image de sa femme et de sa fille, rivées l’une à l’autre, lorsqu’il rentrait des champs.

Tristan et Bertrand restèrent encore quelques semaines au village, puis aux premiers jours du printemps, le village vit arriver un petit groupe d’hommes qui venaient de la ville, à la recherche des deux compagnons. Leurs habits témoignaient de leur riche condition, et les villageois furent impressionnés par leur belle allure, alors qu’ils avaient fini par considérer que les deux hommes étaient leurs égaux. Pierre réalisa qu’il ne savait pas grand-chose de ses hôtes avant ce jour. Le groupe d’arrivants fut hébergé quelques jours, et tous devaient repartir pour la ville rapidement, avant la saison chaude.

Le dernier soir, Tristan s’approcha de Pierre qui prenait le frais devant sa maison. Il le remercia de son hospitalité, très ému de devoir le quitter ainsi.

Pierre aussi regretterait Tristan, qu’il considérait un peu comme le frère qu’il n’avait jamais eu, après ces quelques mois passés en sa compagnie. Tristan promit qu’il reviendrait pour les visiter de nouveau mais chacun d’eux savait que c’était peu probable. Tristan expliqua pour la première fois depuis son arrivée qu’il était le fils du Prévôt des marchands de Lyon, et que les hommes au service de son père parcouraient souvent toute la région. Il souhaitait les accompagner lorsqu’ils feraient leur tournée dans la province et espérait pouvoir revoir Pierre et Luna.

Lorsque la nuit tomba, Luna sortit de la maison et rejoignit les deux hommes sous le porche. Restant en retrait pour ne pas les interrompre, elle les observait, sentant que son époux était peiné par le départ de son ami. Le silence retomba, chacun restant sur ses sentiments de tristesse, sans vouloir montrer sa faiblesse en en parlant.

La lune sortit des nuages, éclairant le visage de Luna, et les deux hommes sursautèrent en l’apercevant. Elle les regarda et dit :

–         Il ne faut pas être tristes, les rencontres ne se font jamais au hasard, et les amitiés ne s’effacent pas aussi longtemps que les cœurs en gardent le souvenir. Nous ne vous oublierons pas Tristan, et vous ne nous oublierez pas. Et qui sait, la vie nous réunira peut-être encore.

–         Je ne sais pas, répondit Tristan, mais ce que je sais, c’est que mon esprit ne pourra chasser de sa mémoire, les jours passés ici, et toutes les minutes intenses qu’il y a vécues. Ce soir, je vous dis Adieu, et merci à jamais, pour ma vie retrouvée, et pour tout ce que vous m’avez appris, durant ces mois. Que la vie vous soit propice, mes amis.

–         Nous vous regretterons, répondit Pierre. Mais je crois, qu’en retrouvant votre ville, vous penserez bientôt que votre vie, chez nous, était bien difficile, et vos souvenirs de ces jours rudes s’effaceront bien vite.

–         Je ne crois pas, répliqua Tristan d’une voix émue, en regardant le visage blême de Luna, je ne pourrais pas oublier ce lieu extraordinaire et cette femme extraordinaire qui est la vôtre.

Luna baissa les yeux et ajouta :

–         J’aimerais que ce qui s’est passé ici vous soit un bon souvenir, et que ce que vous avez pu voir, ne sorte pas de votre esprit. Il en va de notre tranquillité.

L’enfant se mit à pleurer dans la maison, comme si elle avait entendu les derniers mots de sa mère, et s’en inquiétait. Luna salua Tristan d’un sourire et le laissa prendre congé de son époux, en se retirant dans la maison.

Lorsqu’il rejoignit Luna, après le départ de Tristan, Pierre tenta de la rassurer :

–         Il m’a promis de garder le secret à propos de ce qu’il avait vu chez nous. Soit tranquille, il ne voudrait pas nuire à notre famille, et je crois en son amitié. Et puis, la ville est si loin, que personne ne connait notre existence.

Luna hocha la tête sans répondre. Instinctivement, elle porta la main à la statuette qui ballotait sur sa poitrine, et se sentit rassurée par la chaude pulsion qu’elle sentit. Les pensées qui se bousculaient dans sa tête se firent plus douces. Il ne fallait pas anticiper. Chaque chose en son temps. Chaque jour, après l’autre, elle accomplirait sa tâche. Et la déesse veillerait sur elle et ceux qu’elle aimait.

Le lendemain matin, à l’aube, l’équipage des hommes de la ville se mit en route. Tristan, en passant devant la maison de ses amis, chercha à les apercevoir, en vain. En sortant du village, il prit le chemin qui longeait la forêt. Arrivé en haut de la colline, il arrêta sa monture, et se retourna vers le village. A l’orée du bois, une louve blanche qui lui parut gigantesque était assise, observant les cavaliers. Elle le fixait de ses yeux jaunes et ne bougea pas jusqu’à ce qu’il se décide à partir. Il la surveilla du coin de l’œil jusqu’à ce que le village et la forêt disparaissent de sa vision.

Décidément, il n’oublierait pas ce village et ces mystères.

A suivre …

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Les Filles de la Lune (Partie 17)

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Trois semaines s’écoulèrent où la vie suivit son cours, sans nouvel incident.

Pierre ne s’éloignait pas de la maison, et surveillait l’état de Luna, sans en avoir l’air. Celle-ci semblait être devenue plus raisonnable, se ménageant des temps de repos, où elle s’allongeait, le chien à ses pieds surveillant ses moindres mouvements. La lune avait entamé son nouveau cycle, et dans quelques jours elle serait pleine. Luna comptait les jours, un peu inquiète, mais n’en laissait rien paraître, pour ménager Pierre.

La mère de Luna passait une grande partie de ses journées avec sa fille, l’aidant pour ses tâches quotidiennes et surveillant la préparation des décoctions.

La réserve de bois était presque vide, aussi Pierre demanda à Tristan et Bertrand de l’accompagner dans la forêt pour faire une coupe, plus rapidement, et ne pas laisser son épouse trop longtemps. Tristan était heureux de pouvoir se rendre utile, pour la première fois depuis son accident. Les trois hommes travaillèrent vite, et avaient rempli leur charriot de bûches en quelques heures. Ils reprenaient le chemin du village en longeant l’orée du bois, lorsqu’un hurlement déchira l’air. Le cheval se cabra, déséquilibrant la cargaison, et Pierre le maitrisa difficilement.

Les trois hommes tournèrent la tête vers la forêt, et restèrent pétrifiés. Pierre étendit la main devant lui, en signe d’apaisement pour signifier à ses deux compagnons de ne pas bouger. Une louve blanche se tenait assise au pied d’un grand chêne, les fixant de son regard flamboyant. A ses côtés, un louveteau était immobile, dans la même position que sa mère. Les trois hommes n’osaient plus parler, Pierre serra le licol de son cheval pour qu’il se calme. Un silence pesant enveloppait la scène.

 

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La louve se détourna des trois hommes et fixa le chemin du village, où Luna venait d’apparaître. Pierre retint un cri, observant son épouse, sans oser intervenir. Elle prit le chemin de la forêt, montant péniblement la côte en direction de la louve blanche. L’animal, comme s’il comprenait sa fatigue, se leva et courut à sa rencontre, suivit de son louveteau. Pierre voulut s’élancer vers eux, mais ses deux compagnons le retinrent par la manche.

–         Non, dit Tristan, ne bougez-pas !

–         Elle est en danger, répondit Pierre. Lâchez-moi !

–         Je ne crois pas, dit Bertrand, regardez les, on dirait qu’elles se parlent.

Pierre s’immobilisa, regardant Luna, qui s’était arrêtée à quelques mètres de la Louve. Elles s’observaient sans bouger, enfin l’animal franchit l’espace qui les séparait à petits pas, puis s’allongea devant Luna en signe de respect. Le jeune louveteau s’approcha à son tour et imita sa mère. Luna s’agenouilla devant eux, et posa une main sur chacune de leur tête. La scène semblait figée, et le silence était retombé sur la plaine. Les hommes attendaient, respirant à peine, figés devant cette image extraordinaire.

Enfin la louve se redressa sur ses pattes dominant brusquement Luna, imité par son petit. Puis les deux animaux posèrent leurs museaux sur le ventre de la femme, durant quelques secondes qui parurent interminables à Pierre.

Luna prononça quelques mots dans une langue que Pierre ne connaissait pas, comme une mélopée venue du fond des âges, comme une chanson sortie de ses entrailles. La louve écoutait les mots couler dans le soir, les yeux fermés. Quand Luna se tut, la Louve renversa la tête en arrière, museau pointé vers le ciel et l’on entendit un long hurlement s’élever vers le ciel, déchirant le silence.

Luna se releva péniblement, se tenant le ventre, et Pierre la vit grimacer en se retenant de courir vers elle pour l’aider. Ses deux compagnons hésitaient aussi.

Mais il ne fallut que quelques secondes pour qu’elle retrouve son équilibre et qu’elle se redresse fièrement, les mains ouvertes en direction de la forêt. C’est le signal qu’attendaient les animaux, qui s’élancèrent vers l’orée du bois. Arrivés près des premiers arbres, la Louve blanche s’arrêta, se retourna vers Luna, la fixant de ses yeux de feu, et hurlant de nouveau, s’engouffra dans les fourrés. Le louveteau sembla hésiter, et imitant sa mère, poussa un vagissement comique puis la suivit en trottinant.

Luna sourit tendrement à cette dernière image, puis repris le chemin du village, aussi vite que lui permettait son fardeau.

Pierre courut vers elle, à la fois soulagé du départ des loups, et inquiet de ce que devaient penser ses deux compagnons.

–         Luna, cria-t-il en arrivant vers elle. Attends-moi !

–         Pierre, répondit-elle dans un sourire. Je ne pourrais pas t’échapper ce soir, de toute manière. Qu’y a-t-il ? Tu sembles nerveux !

–         Que faisais-tu à l’instant ? Pourquoi la Louve est-elle sortie du bois ?

–         Je lui demandais de m’aider pour l’épreuve qui m’attend, répondit Luna en le fixant.

Elle ne savait pas ce que pensait vraiment Pierre de ses dons particuliers, puisqu’il n’avait jamais voulu aborder le sujet jusqu’ici. Mais elle savait qu’il l’aimait, et était prêt à accepter toutes ses différences. Ce qu’elle lut dans ses yeux la réconforta.

–         Ne te préoccupe pas plus longtemps, de tout ceci, mon Pierre. Ce soir, je serai délivrée et ta fille sera là. Tu auras deux femmes à aimer.

–         Je voudrais en être aussi sûr que toi, répondit Pierre d’une voix hésitante.

–         Il est temps, maintenant, coupa Luna, en serrant les dents. Aide-moi à rentrer au plus vite.

Pierre remarqua soudain, ses traits tirés et sa pâleur. Il l’a souleva dans ses bras, comme un fétu de paille, et l’emporta, marchant à grand pas, ne sentant plus sa fatigue, ni le poids de sa femme. Ses deux amis lui emboitèrent le pas en jetant au couple des regards inquiets.

La mère de Luna les attendait sur le seuil de leur maison, sachant déjà ce qui se préparait. Pierre franchit la porte sans reprendre son souffle et déposa son épouse sur leur couche. Il déposa un baiser sur ses lèvres, puis devant le regard hostile de sa belle-mère, il sortit en fermant la porte.

Il rejoignait ses compagnons et ensemble ils rangèrent leur coupe de bois, ce qui lui permit de s’occuper les bras, alors que son esprit se tordait d’angoisse. Il tendait l’oreille mais aucun son ne filtrait à l’extérieur de la maison. Lorsque les hommes rentrèrent à la nuit tombée, leur dîner était prêt au coin de l’âtre, et ils s’installèrent pour manger en silence.

Personne n’osait parler, tant l’atmosphère était lourde. Après de longues minutes, Tristan se décida à rompre le silence :

–         Votre épouse est un être exceptionnel. Elle n’aura aucun mal à mettre au monde votre enfant, avec la force qui est la sienne et tous ses sortilèges. Ne vous rongez pas les sangs, ainsi mon ami !

–         Ne dites pas une chose pareille, répliqua Pierre, agacé. Luna n’utilise aucun sortilège, elle suit simplement son instinct de vie, et elle met ses dons au service de la communauté. Mais ce soir, elle est seule, avec sa souffrance et j’ai peur, pour la première fois depuis que je la connais.

–         Je crois que rien ne pourrait l’abattre, renchérit Bertrand. Vous avez vu ce que cette Louve a fait tout à l’heure ? On aurait dit qu’elle lui parlait !

–         Je crois que c’était bien le cas, répondit Pierre en baissant la voix. Même si ces chose-là me dépassent ! Je vous conjure de ne parler de cela à personne lorsque vous quitterez notre village. Les esprits obscurs condamnent si vite ce qu’ils ne comprennent pas, je crains pour la vie de ma femme, si des bruits venaient à courir sur ses dons.

–         Nous avons bénéficié de ses dons, et nous ne pourrions les condamner, dit Tristan, une main posée sur le cœur.

Pierre s’approcha de lui, et lui donna l’accolade.

A cet instant, un cri déchirant traversa la pièce.

Pierre se retourna brusquement vers la porte de leur chambre, et fit un pas dans cette direction, mais un second cri l’arrêta, plus faible celui-ci.

C’était le vagissement d’un nouveau-né, une voix aigüe et douce à la fois. La plus belle voix qu’il n’avait jamais entendue.

Au même moment, au cœur de la forêt, on entendit la Louve hurler sa mélopée, en harmonie avec le cri de l’enfant, comme un salut venu du fond des âges.

 

A suivre ….

luillet 2014 210

 

Une image… Une histoire: Sur la route…

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Ils sont partis.
Ils ont entassé une multitude de choses dans la voiture, à la place où ils me faisaient monter d’habitude.
Ils m’ont fait asseoir derrière le conducteur. C’était la première fois.
J’étais fier d’être là.
Alors j’ai redressé la tête. Je me tenais bien droit. Je voyais défiler le paysage de plus en plus vite.
J’étais fier.

En fait, Je n’ai jamais aimé cela, et ça me donnait la nausée cette voiture qui avance au hasard. Alors, une fois de plus, je ne pus m’empêcher de trembler, ce qui énerva le maître.
Il a crié sur elle :
« Dis à ton chien de se calmer, on ne va pas faire 800 km avec cette chaudière à pattes qui tremble et qui bave ! »
Et la dispute a commencé, encore une fois.

C’était à cause de moi, alors je me suis couché sur la banquette, le museau entre les pattes, les oreilles sur les yeux, pour ne plus rien voir, pour ne plus rien entendre.

Un peu plus loin, ils se sont arrêtés pour prendre un peu l’air. C’est ce qu’il a dit, je crois.
Il m’a poussé dehors, rudement.
Je savais que je l’avais énervé, alors j’ai sauté de la voiture pour qu’il soit content de moi.
Elle n’est pas descendue. Elle me regardait puis elle a baissé la tête. Ses yeux étaient tristes.
Il a dit: « Allez le chien, on va faire un tour ! »

J’étais content de pouvoir courir un peu. Un lièvre est parti devant moi, et le l’ai suivi. Je l’ai presque rattrapé, mais je manquais un peu d’entraînement. Depuis que je vis avec eux, je ne suis plus sorti de la cour.

Je ne voulais pas les faire attendre, surtout lui, alors je suis revenu en vitesse vers la voiture. Mais elle n’était plus là, en arrivant au bord de la route, je la vis qui était déjà loin, là-bas vers le sud.
Ils n’avaient pas vu que je n’étais pas remonté dans la voiture, et quand ils allaient s’en apercevoir, ils allaient faire demi-tour. Il fallait que je les attende.
Mais la voiture s’éloigna de plus en plus.
Puis elle disparut tout à fait.

Alors je suis parti derrière eux. J’ai suivi cette route jusqu’au bout.
Jusqu’à la mer.
Elle continue sous l’eau, cette route.
Ils en avaient parlé je crois de cette île où ils iraient en prenant cette route qui disparaissait sous la mer. Ils disaient qu’il faudrait attendre l’heure où la mer se retirait pour passer.
Maintenant, j’ai les pattes mouillées.
C’est malin !
J’aurais du attendre l’heure…
Mais de quelle heure s’agit-il ?

Peu importe !
Il faut que je continue, si je ne peux plus courir, je nagerai.
Il ne faut pas qu’ils s’inquiètent.
Ils ont déjà tant de soucis.
Ils vont croire que je les ai abandonnés.
Il faut que je me dépêche de les retrouver.
J’ai peur qu’il soient perdus sans moi.
J’ai peur qu’il leur arrive quelque chose si je ne suis plus là pour veiller sur eux.
Allez !
Courage !
Il faut que je me dépêche !