Les Filles de la Lune ( Partie 20)

luillet 2014 656

 

Lisa grandissait, prenant une part de plus en plus grande dans le travail de sa mère. Luna lui apprit toutes ses recettes et l’enfant semblait très douée pour les préparer.

La réputation de guérisseuse de Luna s’était étendue à toute la province, et les gens faisaient souvent une longue route pour venir lui demander de l’aide. Une grange avait été spécialement aménagée pour héberger les plus malades. Elle prodiguait ses soins sans relâche, même si en prenant de l’âge, peu à peu, elle s’épuisait. Lorsque Lisa eut vingt ans, elle la remplaça durant plusieurs jours, où Luna fut très affaiblie.

Pierre, qui vieillissait aussi, aurait voulu qu’elle s’arrête, mais elle lui expliqua que c’était impossible, aussi longtemps qu’on aurait besoin d’elle.  Elle ne refusait jamais d’accorder son aide à tous ceux qui lui demandaient, mais surtout pour les femmes en couche, elle ne comptait pas sa peine, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Elle avait mis au monde la plupart des enfants de la vallée depuis vingt ans.

Cependant, elle eut bientôt d’autres difficultés à surmonter. Elle se heurtait à l’hostilité grandissante de ses voisins que la venue d’étrangers au village dérangeait. Quand l’épidémie de peste courut la province, une réunion fut organisée dans le village, pour discuter de la manière de s’en protéger. Luna donna des conseils de bon sens à la communauté mais elle savait qu’elle ne pouvait pas grand-chose contre ce fléau, s’il arrivait dans le village. Des voix d’élevèrent de toute part, demandant que l’on ferme les portes et que l’on refuse l’accès aux étrangers venus de la ville. Le curé surenchérit, en regardant fixement Luna, prédisant à l’assemblée une période de grand malheur, si des personnes continuaient à défier la puissance de Dieu, par des pratiques magiques et diaboliques.

Elle sentait que ses forces déclinaient, et qu’elle n’aurait pas longtemps la force de lutter contre l’obscurantisme et la superstition. Alors, elle accepta de fermer son asile, pour le temps de l’épidémie, et tenta de rassurer les villageois en affirmant qu’elle n’utilisait pas de magie. Elle ajouta que chacun ici le savait bien, ayant déjà bénéficié de ses services. Elle se tenait droite devant eux, la tête haute, et les balayait tous du regard, mais elle savait qu’elle perdrait cette bataille. Un à un, ils baissèrent la tête, n’ayant rien à lui reprocher, mais elle savait bien qu’au fond, ils avaient peur d’elle et de sa puissance qu’ils ne comprenaient pas.

Elle craignait que cette peur ne se transforme bientôt en une violente hostilité déclarée, qui forcerait sa famille à quitter le village. Elle céda, et accepta les conditions posées par la communauté. Mais elle n’oublierait pas le visage fermé du curé, qui lui jeta un regard de haine, lorsqu’elle traversa la grange, après avoir déclaré qu’elle arrêterait son office pour le bien de tous.

Cette nuit-là, elle fit un rêve prémonitoire, comme à chaque instant décisif de sa vie. Au réveil, elle n’en parla à personne, surtout pas à Pierre. Mais celui-ci sut immédiatement que quelque chose avait changé, en croisant son regard, ce matin-là.

Il eut beau la questionner, elle ne dit rien de son rêve mais se serra contre lui en disant simplement :

  • Pour le temps qu’il nous reste, ne perdons pas un instant du bonheur d’être ensemble. Je vais arrêter ma tâche pendant quelques temps et rester avec vous, profiter de votre amour et transmettre à Lisa tout ce qu’elle devra savoir.
  • Pourquoi ce revirement ? demanda Pierre qui n’était pas dupe.
  • Je réalise que la vie est courte, et que je me suis plus préoccupée des autres que de vous. J’ai envie de me consacrer à ma famille pour le temps qui me reste. Qu’en penses-tu ?
  • Me diras-tu ce qui t’a fait prendre cette décision ? insista Pierre.
  • As-tu noté l’hostilité qui monte dans le village, envers mes pratiques ? dis Luna.
  • Sans doute, mais ce n’est pas nouveau et jusqu’ici ceci ne t’avait jamais arrêtée ! Il y a une autre raison. Tu ne peux me cacher certaines choses, tu sais. Je te connais trop bien. Mais je respecte ton silence. J’espère simplement que le jour venu, si tu en as besoin, tu accepteras mon aide.

Luna qui avait toujours été si forte, sentit les larmes monter. Elle détourna le visage pour que Pierre ne les remarque pas, mais la statuette se mit à scintiller de rouge, comme chaque fois qu’elle avait une intense émotion.

Pierre la prit dans sa main, et insista :

  • Je serai là, avec toi !
  • Je le sais , répondit Luna d’une voix brisée par l’émotion, relayée au loin par le hurlement de la Louve.

Sans un mot, ils restèrent l’un contre l’autre, les yeux dans les yeux, jusqu’à ce que le cri de l’animal s’éteigne dans la nuit.
A suivre …

luillet 2014 615

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2 réflexions sur “Les Filles de la Lune ( Partie 20)

  1. Lu avec retard … par un heureux hasard
    (vais remonter ce conte qui m’avait échappé)

    Aimé par 1 personne

  2. Oh merci beaucoup Luc de me rappeler cette histoire ainsi, mais c’est très long, il faudrait prendre une semaine 🙂 !

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