Les Filles de la Lune (Partie 16)

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Il trouva Luna prostrée sur une chaise. Elle avait détaché la statuette de son cou et la tenait contre son ventre proéminent. La douleur se lisait sur son visage et elle ne leva même pas la tête lorsque Pierre entra dans la pièce. Elle serrait les dents pour ne pas crier. Il se précipita vers elle et la prit dans ses bras.

–         Luna, que t’arrive-t-il ?

–         Je crois que les douleurs ont commencé, dit-elle. Mais il est trop tôt. Je vais demander à la déesse d’arrêter le travail, il ne faut pas que l’enfant naisse avant que la Lune soit pleine. Il faudrait qu’elle lui laisse encore un peu de temps pour qu’elle se fasse belle avant son arrivée. Ajoute-t-elle en souriant pour tenter de détendre l’atmosphère.

–         Luna, que dois-je faire ?

–         Attendre et me faire confiance, répondit-elle dans un souffle.

Il l’accompagna jusqu’à leur couche où elle s’étendit, posant la statuette en évidence sur le sommet de son ventre arrondi. L’enfant s’étira, faisant saillir ses pieds en avant. Luna pâlit encore plus, en serrant la statuette plus fort.

Pierre regardait la scène, de plus en plus inquiet, lorsqu’un rayon de lune se posa sur le visage de sa femme. Celle-ci s’apaisa brusquement, les traits détendus, souriante, lorsque la statuette s’illumina de l’intérieur, semblant brûler d’un feu écarlate. La lumière scintillait, pulsant au rythme d’un cœur. Luna poussa un soupir de soulagement et son ventre s’affaissa légèrement. Tout avait duré quelques secondes, puis la lune disparut derrière les nuages, et la statuette s’éteignit. Luna souriait et se tournant vers Pierre, lui dit :

–         C’est fini, ta fille attendra son heure, maintenant.

–         Comment peux-tu le savoir, répondit Pierre encore inquiet, et qui te dit qu’il s’agit d’une fille ?

Luna se taisait, se contentant de le regarder avec une infinie compassion. Soutenant son regard, il soupira à son tour et en se dirigeant vers la porte, lança :

–         Évidemment ! Je me demande pourquoi je pose des questions !

Il retrouva les deux compagnons dans la grande salle, qui l’interrogèrent du regard.

–         Nous allons prendre le repas, seuls ce soir, mon épouse a besoin d’une nuit de repos. Demain, elle aura retrouvé toute son énergie, je pense.

–         Je pense qu’il faudra plus qu’une nuit de repos, pour qu’elle aille mieux, répondit Tristan, dubitatif. Et je ne crois pas que sa potion bleue puisse la remettre sur pied aussi vite.

–         Ses potions vous ont pourtant fait recouvrer l’usage de vos mains, il me semble, répliqua Pierre.

–         Ne vous méprenez pas, Pierre, j’ai vu de quoi était capable votre épouse au cours de ces derniers jours, et je fais confiance dans son talent, mais je pense que son état est plus grave que vous le croyez…

–         Je comprends, répondit Pierre, et vous remercie de votre sollicitude à son égard. Moi-même, je suis en souci pour elle, mais j’ai confiance en Dieu qui la protégera, elle et notre enfant.

–         Il me semble que Dieu n’a pas grand-chose à voir dans tout cela, répliqua Bertrand. Je ne crois pas blasphémer en disant que la force extraordinaire de votre femme provient d’une autre puissance, mais je me garderai bien d’aller plus loin sur ce chemin…

–         J’aimerais que l’on ne pousse pas plus loin cette discussion mes amis, coupa Pierre, et que vous ne parliez pas de ces choses-là autour de vous, en regagnant la ville. Les ragots ne nous apporteraient que des ennuis.

En prononçant ces paroles, Pierre eut un mauvais pressentiment, qu’il tenta de chasser de son esprit. Il revit le visage fermé du curé, lorsqu’il regardait Luna soigner Tristan, et réprima son angoisse. Il scruta le visage des deux compagnons, mais ceux-ci ne mesuraient pas son trouble.

–         Ne vous inquiétez pas pour votre épouse, répondit Bertrand. Nous lui sommes très reconnaissants pour ce qu’elle a fait pour Tristan, et nous ne ferons jamais rien qui puisse lui nuire. N’est-ce pas ? demanda-t-il en se tournant vers son compagnon.

Pierre regarda les deux hommes tour à tour, et se sentit un peu rassuré. Ils avaient l’air sincère. Ils ne diraient rien.

La crise semblait passée et il pouvait faire taire son inquiétude pour ce soir.

 

Oui, mais pour combien de temps ?

 

A suivre …

 

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