Les Filles de la Lune (Partie 13)

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La nuit suivante, avec l’aide précieuse de Pierre, les deux femmes confectionnèrent assez de potions et d’onguents pour couvrir les besoins du village durant toute une année.

Ce qui se passait dans cette maisonnette semblait mystérieux à bon nombre de villageois, qui considéraient la magie ancienne, comme un héritage sombre et qu’il convenait de cacher. Cependant, ils avaient une grande confiance dans les talents d’herboriste de la mère de Luna, et nombreux étaient ceux qui faisaient appel à ses services pour se débarrasser de leurs maux.

Le fait que Luna soit différente, était perçu de deux manières opposées par la communauté du village. La plupart des gens lui vouaient un respect craintif, et plutôt bienveillant, et le fait qu’elle fasse partie du village, les rassurait. Ils savaient qu’ils pourraient compter sur elle en cas de coups du sort. Quelques-uns se méfiaient d’elle et de sa « magie », et ils l’apparentaient aux pratiques du diable, opinions relayées par l’église locale, qui voyait d’un mauvais œil, tout ce qui pourrait empiéter sur son autorité morale. Les rites anciens, venus de la nuit des temps, étaient décriés, et considérés comme hérétiques. La Déesse nature et ses coutumes celtes étaient à proscrire, ou à dissimuler les nuits de pleine lune, et les femmes qui en avaient gardé le souvenir étaient sorcières ou diablesses.

Pierre connaissait Luna depuis toujours, et admirait sa bonté et sa beauté. Il était prêt à l’aider et à la défendre jusqu’à son dernier souffle. Mais au fond de lui, il avait peur pour elle. Il pressentait le danger qu’il y avait à en savoir trop, surtout pour une femme. Il ne savait que trop bien comment une réputation se fait ou se défait, comment les rumeurs peuvent courir plus vite que le vent, et qu’il en faut bien peu pour qu’une foule se retourne contre celui qui est différent. Cela avait coûté la vie à son père. Il n’oublierait jamais cette nuit d’orage où les flammes avaient brûlé la moitié du village, emportant la vie de son père qui voulait aider leur voisin à sauver sa famille, et les reproches à peine déguisés qui avaient suivi et fini par emporter sa mère dans son chagrin.

Il ne voulait plus penser au passé, il l’avait laissé derrière lui, et ne voulait que penser à l’avenir qu’il voulait vivre avec Luna, et à leurs jours de soleil. Il l’aimerait et la protègerait, il ne voulait rien de plus et rien de moins. Dans le secret de son cœur, il demanda à la déesse de l’aider à garder sa fille loin du péril, et il ajouta une prière à la Vierge peinte en bleu qui les regardait à l’abri d’une niche ovale, au-dessus du porche de la chapelle. Un peu d’aide supplémentaire ne pourrait pas nuire.

Quelques jours plus tard, il demanda à la mère de Luna, si elle l’acceptait comme gendre. Celle-ci se contenta de lui sourire et de le serrer contre elle, en disant :

« La vie n’aurait pu me donner un fils meilleur que toi, j’aurais voulu que tes parents soient là aujourd’hui pour partager notre joie. »

 

Leur union fut célébrée au coucher du soleil, dans l’église du village, puis les mains unies, ils prirent le chemin de la forêt et prononcèrent leurs promesses sous la lune montante. Pierre n’oublierait jamais leur regard échangé dans sa lumière scintillante et le hurlement de la louve, qui les accompagna, venant du haut de la colline.

Lorsqu’ils revinrent au village, leur destin commun était scellé.

 

A suivre….

 

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