Une image.., une histoire: Prison.

L’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le sujet de la prison intérieure, m’a inspiré ce texte, difficile. Si difficile que je n’arriverai probablement pas à le transmettre.

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Tableau de Magritte

J’ouvre les yeux, le soleil est levé.
Quel jour sommes-nous ?
Par la fenêtre, la lumière est déjà forte. Ça doit être l’été.
Il faudrait que je sorte prendre un peu l’air. J’aimerais bien prendre l’air, ils sont si beaux ces nuages, là-bas au dessus des arbres.
Je ne reconnais pas ces arbres.
Je ne reconnais pas ce ciel.
Je ne reconnais pas cette fenêtre.

Où suis-je, ce matin ?
Quel jour sommes-nous ?
Pourquoi suis-je bloqué dans ce fauteuil ?
Mes jambes refusent de me porter, je ne comprends pas ce qui m’arrive. J’essaie d’appeler cette fille qui passe derrière la fenêtre, mais ma bouche reste muette.
Une femme que je ne connais pas, passe dans le couloir. Elle tourne la tête vers moi, mais ses yeux sont vides. Comment appelle-t-on ça déjà, un corps mort qui déambule en silence ? Ah oui, un fantôme !
Cette femme doit être un fantôme.

Pourquoi suis-je ici ?
Un autre fantôme vient s’asseoir près de moi, il baisse la tête et chantonne tout bas. Je ne comprends pas les paroles de sa chanson.

Que m’arrive-t-il ?
Pourquoi suis-je ici ?
Mais quel jour sommes-nous enfin ?
J’avais des choses importantes à faire !
Elles ne se feront pas sans moi, il faut que j’y aille !
Où ça déjà ?
Pourquoi mes jambes ne m’obéissent-elles plus ?
Mais où sont-ils donc ?
Pourquoi m’ont-il laissé là ?

Qu’ai-je fait pour qu’on m’abandonne ici ?
Tout seul ! Je suis tout seul !
Je ne me souviens pas d’être arrivé ici, ni quand, ni pourquoi.
Il faut que je parte, on m’attend.
Il faut que je demande comment je peux rentrer chez moi.
Il y a un jeune homme, là-bas qui va pouvoir me renseigner. Il parle avec une belle femme, bien réelle celle-ci. Il me semble que je l’ai déjà vue. Ils s’approchent de moi, me regardent en continuant à discuter, en allemand je crois. Je ne comprends pas tout mais un mot revient tout le temps.
Je n’entends plus très bien.
La femme me parle, gentiment, elle me sourit, approche son visage tout près du mien et me prend la main.
Je regarde sa main, ses doigts sont fins, des mains de pianiste…
Son regard me cherche, ses yeux sont bleus avec des paillettes tout contre la pupille. Ce regard est triste même si elle me sourit. Il me transperce jusqu’à l’âme. Je le connais ce regard.
Je le connais.
Je lève ma main et tente de toucher sa joue, sans qu’elle ne se recule. J’aime bien la douceur de sa joue.
Je connais cette peau. Je connais son regard. Je connais ce parfum.
J’ai mal à la tête.
Je baisse les yeux, la force de ce regard me transperce le cœur.
Ce regard ….

Elle me parle, mais que dit-elle ?
J’écoute attentivement, ce n’est plus de l’allemand. Sa voix est douce.
Elle me parle, il faut que je comprenne, je sais que c’est important.
C’est primordial .
Alors je me concentre.
Fort.
J’entends :
« Papa, je suis là, regarde-moi.
Je t’aime, papa.
Ne t’inquiète pas. Ça va aller… »

Papa !
Oui c’est elle, c’est ma fille, ma bichette ! Elle est venue me chercher !
Je vais lui dire qu’elle m’emmène.
Il ne faut pas qu’elle me laisse au milieu de ces fantômes !

Un bruit m’attire,
C’est un chariot qui passe, secouant les verres qui teintent sur le plateau métallique. C’est une jolie musique.
Je tourne la tête.
Les nuages sont beaux dans le ciel, ils passent, libres et légers.
J’aimerais être là-haut.

Tiens, il y a une belle dame près de moi. J’aime bien les jolies filles, celle-ci a les yeux bleus et bons. J’aime bien les yeux bleus.
Je ferme les yeux.

J’ouvre les yeux, le soleil est levé.
Quel jour sommes-nous ?
Par la fenêtre, la lumière est déjà forte. Ça doit être l’été….

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8 réflexions sur “Une image.., une histoire: Prison.

  1. oh que si… il faut nous rejoindre… tout beau

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  2. C’est un très beau texte! j’aime beaucoup…

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  3. C’est un texte très fort Marie-Christine… très émouvant

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  4. c’est un texte très fort, émouvant et beau sur ce qui peut devenir pour une raison ou l’autre du « distanciement » (âge, maladie, dépression voire » transposition » d’une personne « disparue »)

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