Les Filles de la Lune (Partie 12)

 

Elle traverse le village, sous le regard des commères, assises sur la place. Elle n’en a cure. Elle s’approche d’elles, et leur demande de tresser des bottes avec les plantes qui s’amoncèlent sur le sol, pour qu’elles soient plus faciles à porter. Elles s’empressent de le faire, tout en la suivant des yeux lorsqu’elle se dirige vers la maison de Pierre. Les langues allaient courir plus vite que le vent, mais Luna ne s’en préoccupe pas. Qu’elles parlent …

Arrivée devant le porche de la maison de Pierre, elle hésite, cherchant à l’apercevoir derrière la fenêtre avant d’entrer. Mais elle ne le voit pas. D’un seul coup, son courage disparaît. Si seulement il était venu au-devant d’elle, ses mains ne trembleraient pas ainsi !

Elle l’entend qui fend du bois à l’arrière de la maison. Elle prend une profonde inspiration et fait le tour du bâtiment, ce qui lui donne le temps de se reprendre. Elle l’aperçoit avant qu’il ne la voie. Elle admire sa force, pendant quelques secondes, son chien assis à ses côtés tourne la tête vers elle. Il suspend son geste, la hache au-dessus de la tête, et la regarde, surpris. Elle avance vers lui le fixant du regard, soudain plus légère. Le chien le devance en aboyant joyeusement. Pierre dépose la hache, et se tourne vers elle, un sourire aux lèvres, avec dans les yeux, une douceur infinie.

–         J’ai besoin de toi, dit-elle en préambule.

–         C’est une excellente nouvelle, répondit-il en découvrant ses dents.

Ce sourire éclatant fait perdre à Luna, ce qui lui restait d’assurance, et ses mains tremblent de plus belle. Pierre fit mine de ne pas s’en apercevoir, et prend ses deux mains dans les siennes. Leurs regards s’accrochent, et Luna perd la notion du temps. Seul compte ce regard sur elle, et la promesse qu’il porte.

–         Entrons, dit Pierre brusquement, en jetant un coup d’œil vers la place, où les commères font mine de ne pas les voir. J’ai soif avec ce travail en plein soleil, ajoute-t-il assez fort pour que tout le village puisse entendre.

–         Je te suis, dit Luna, en caressant le chien qui sautillait autour de ses jambes.

 

La fraicheur de la maisonnette fait frissonner Luna, à moins que ce soit l’émotion. Elle serre ses bras autour de son corps, ce qui n’échappe pas à Pierre. Il pose une main sur son épaule et demande:

–         Tu as froid ?

–         Non, répond un peu vite Luna.

Elle regrette aussi vite sa réponse, Pierre ayant retiré sa main, gêné.

–         Si, j’ai un peu froid, je crois, se reprend-t-elle en le regardant hésiter.

Il n’attendait que cet encouragement. Il prend sa pelisse, sur le dossier d’une chaise, et lui en enveloppe les épaules en l’entourant de ses bras. Luna se love contre lui, s’enivrant de son odeur. Elle sent son coeur exploser et contre elle, la statuette irradie une douce chaleur, comme si elle battait à l’unisson de leurs deux cœurs. Ils savourent ce premier instant, immobiles, osant à peine respirer, le temps s’étant retiré pour leur laisser goûter à leur éternité. Puis Pierre s’écarte doucement, en la tenant toujours par les épaules, les yeux rivés aux siens, il lui dit :

–         Je ne veux plus passer une seconde loin de toi. Ma vie n’a de sens que par toi, et ma force et ma douceur sont à toi. Prends-les, je te les donne, comme je te donne ma vie entière.

Il la regarde en rougissant, soudain effrayé d’avoir prononcé ces paroles qui dévoilaient son amour pour elle, réalisant qu’elle n’avait rien dit.

Luna prend une profonde inspiration et le regarde droit dans les yeux, pour atténuer l’impact des paroles qu’elle va prononcer. Elle est heureuse comme elle ne l’avait encore jamais été, mais il faut qu’elle aille au bout des choses avant de se laisser aller à son bonheur. Elle sent Pierre se raidir et lorsqu’il voulut continuer, elle lui coupe la parole en posant ses doigts fins sur sa bouche. Dans un souffle, elle lui dit :

–         Je serai la plus heureuse des femmes en vivant à tes côtés, mais il faut que tu saches que cette vie sera difficile, et que je ne serai pas l’épouse que tu serais en droit d’attendre. Ma vie sera vouée au service de la Déesse, je ne pourrai pas me consacrer uniquement à toi comme tu le voudrais. Je ne suis pas …

–         Que sais-tu de mes attentes ? l’interrompt Pierre.

–         Tu voudrais une femme dévouée et qui s’occupe de ton foyer, et moi…

–         Je n’ai jamais souhaité avoir une femme dévouée, à mon service. Où as-tu été chercher une idée pareille ?

–         C’est de que tout homme souhaite… répond Luna soudain hésitante.

–         Et bien, moi, je suis différent, je ne suis pas comme les autres. Je suis Pierre, l’homme qui t’aime, et qui veut partager avec toi, ta vie, tes joies et tes tâches. Je veux être à tes côtés les jours de soleil et les jours de pluie. Je veux t’accompagner lorsque tu devras quitter le village. Je veux t’aider lorsque le poids de nos enfants alourdira ton ventre. Je veux être là jusqu’à ce que tes paupières ou les miennes se ferment sur la nuit éternelle. J’ai toujours su que tu étais différente, et je l’ai accepté puisque nos destins sont liés. Ne le sais-tu pas ?

Il la regarde intensément, ses yeux gris flamboyant dans la lumière du couchant qui filtrait par l’étroite fenêtre. Luna s’accroche à ce regard, et y puise la force qui lui fallait. Elle en a tellement envie, depuis son premier souvenir. Elle n’attend que lui pour trouver l’énergie de s’élancer vers son destin. Elle ferme les yeux et serre la statuette dans sa paume, remerciant la déesse de lui avoir permis d’avoir une part de bonheur pour nourrir sa vie. Le cœur de rubis palpite contre la paume de sa main, à l’unisson de son propre cœur, ce qui l’apaise.

Lorsqu’elle ouvre les yeux, c’est pour croiser le regard amoureux de Pierre. Elle lui sourit de toute la force de son amour, et pose ses mains sur ses joues, accentuant sa réponse d’une caresse.

–         Oui, je le sais. Avec toi, j’accomplirai le travail que la déesse m’a donné, et nous aiderons ces hommes et ces femmes à vivre mieux. Tant que nous serons ensemble, j’aurai le courage d’avancer malgré les orages et les forces contraires.

–         Alors, viens, notre vie nous attend, belle comme le soleil, même si je sais que tu préfères l’ombre de la lune, conclut Pierre en la serrant dans ses bras.

A suivre —-

 

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4 réflexions sur “Les Filles de la Lune (Partie 12)

  1. des photos ? comme des peintures.
    Et cette histoire qui capte.
    A suivre…

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  2. ambiance, comme souvent, pleine de fraîcheur et d’idéal « courtois » ; belles illustrations colorées et apaisantes

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