Une image…une histoire : Message

Lucy s’éveilla ce matin là avec un goût de fiel dans la bouche. La nuit avait été courte, étouffante des premiers relans d’été, entrecoupée de rêves surréalistes qui étourdissaient son réveil.

Premier matin d’été, jour le plus long de l’année, qu’allait-elle en faire?

Ce qu’elle faisait de tous ses jours, de toutes ses saisons, de toutes ses années, en valait-il la peine ?

Allait-elle continuer cette routine écrasante?

Combien d’années encore?

Premier jour de l’été.

La ville se vidait déjà de ses habitants et les premiers touristes égarés et curieux, les remplaçaient.

Lucy resta un moment à les regarder s’interroger autour d’un plan de la ville, puis se décida à les aider. Après tout, qu’avait-elle de mieux à faire en allant acheter son pain. Personne ne l’attendait pour le petit-déjeuner…

Ils avaient un délicieux accent italien, qui la fit rêver au soleil de Toscane. Elle les renseigna sur leur destination et les regarda s’éloigner sur le boulevard, savourant la sonorité chantante de leur langue qu’elle ne comprenait pas.

C’est en les voyant s’engouffrer dans le métro, qu’elle ressentit cette absolue nécessité de les suivre. Son premier réflexe fut de se détourner et de repartir vers la boulangerie.

Mais, comme dans un rêve, elle suivit leurs traces. Elle se retrouva sur le quai, un peu surprise, et décida d’aller au bout de cette envie, pour une fois, pour un jour.

Rien de plus simple, le métro, la gare, un aller simple pour Trouville, et la voilà au bord de cette plage.

Un peu sonnée.

Étonnée d’elle-même.

Après tout, un dimanche de liberté, une escapade improvisée, elle en avait bien besoin. Pour une journée, elle allait profiter de la vie!

Demain, il serait toujours temps de reprendre ses chaînes.

Elle suivit l’estran, marchant sans penser, savourant la caresse du vent dans ses cheveux, la fraicheur des vagues qui léchaient ses orteils. Elle se laissait porter par le plaisir d’être là, s’imaginant suivre les sternes qui planaient vers l’ouest.

Que c’était bon d’avancer ainsi le nez en l’air, et de ne se préoccuper plus de rien…

Lorsqu’elle trébucha sur cet obstacle, elle crut qu’elle avait heurté un rocher. Elle se baissa pour frotter son orteil douloureux, lorsqu’elle vit que c’était le goulot d’une bouteille qui dépassait du sol. Il lui fallut plusieurs minutes pour l’arracher à sa prison de sable, en se battant avec le reflux des vagues.

Sa première réaction fut de pester sur les inconscients qui laissaient des bouteilles traîner sur une plage. Puis elle réalisa que cette bouteille vermoulue avait dû séjourner dans l’eau pendant plusieurs mois.

Elle regagna la dune pour reposer son pied douloureux, sa trouvaille à la main, avec l’idée de la déposer dans une poubelle, pour que personne ne se blesse à nouveau. En s’asseyant, elle remarqua une ombre à l’intérieur, et en la secouant, elle comprit qu’il s’agissait d’une feuille de papier.

Elle qui n’avait jamais chance au jeu, voilà que le hasard lui souriait.

Tomber sur cette bouteille enfouie au milieu des vagues, et qu’elle contienne un message, c’était un scénario incroyable.

Elle tourna et retourna la bouteille pour faire glisser le rouleau de papier vers le goulot, mais le bouchon était bien enfoncé, et sa curiosité insatisfaite devenait insupportable.

Elle essayait de ne pas laisser son imagination s’envoler, après tout il s’agissait sûrement d’une plaisanterie de gamins ou d’un nouveau moyen de publicité.

Après plusieurs minutes, n’y tenant plus, elle brisa le col de la bouteille avec un gros galet, libérant le message.

Elle le déplia, avec d’infinies précautions, craignant qu’il ne tombe en poussière, et déchiffra le message, en retenant son souffle.

Un sourire se dessina sur ses lèvres, elle leva les yeux vers le rivage, les couleurs de la mer étaient soudain devenues éclatantes. L’air plus léger, était parfumé de bruyères.

C’était le premier matin de son été.

C’était le premier matin de sa vie.

Elle regagna la gare, reprit le train pour sa réalité, mais ce sourire salé ne la quitterait plus, désormais.

Installée contre la vitre, elle sortit le rouleau de sa poche et le relut.

« Les rencontres importantes sont programmées avant que les âmes ne le sachent.
Voici la nôtre. » Fabrizio

Le numéro de téléphone qui suivait était presque effacé mais elle l’avait gravé dans sa mémoire.

Elle trouverait le courage de l’appeler.

Demain ….

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5 réflexions sur “Une image…une histoire : Message

  1. La Poste devrait se méfier de ce genre de concurrence.

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  2. Andrisson monique

    merci ce message caché dans une bouteille était sublime c’ est un bonheur sans nom de vous lire mille fois merci

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  3. une âme seule en quête d’absolu..

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