Les Filles de la Lune (Partie 11)

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Lorsque sa mère se retourne vers elle, Luna s’est détournée, lui cachant son visage. Elle sait qu’elle lit en elle comme dans un livre ouvert, et veut garder cette émotion nouvelle pour elle, comme un talisman.

Mais celle-ci insiste :

–         Il est particulièrement serviable et gentil ce jeune Pierre, ses parents étaient de belles personnes, je les aimais beaucoup, et leur mort l’a laissé bien seul. Nous pourrions accepter son aide, nous en aurions grand besoin, ne crois-tu pas, ma fille ?

–         Si tu le dis … répond Luna sans lever les yeux.

–         Oui, je le dis. La tâche qui sera la tienne, ne pourra s’accomplir pleinement sans aide de bonnes volontés. Tu sais aussi cela, et je ne serai pas là éternellement pour te donner la mienne. Il faudra bien que d’autres s’en chargent !

–         Maman, ne sois pas aussi inquiète. Tu sais que je ne me laisse pas décourager facilement.

–         Je sais, oui. Mais je ne parle pas seulement de ta mission, je parle aussi de ton bonheur. Je ne veux pas que tu oublies ta vie, en te préoccupant seulement de celle des autres.

En prononçant ces dernières paroles, sa voix se brise, et elle détourne la tête. Luna s’approche d’elle et la prend dans ses bras. Comme sa mère lui paraît fragile à cet instant-là ! Elle qui avait toujours été sa référence, son soutien, voilà qu’elle avait besoin de réconfort à son tour. Les deux femmes restent soudées l’une à l’autre un instant, le cœur de rubis du talisman palpite entre elles. La force de la magie s’insinue dans leurs veines et les apaise, comme la marée montante lisse l’Estran et le fait briller de mille diamants sous la lumière de l’été. Front contre front, elles partagent les mêmes visions, images de blés qui ondulent sous le vent, de fleurs que l’on cueille, de potions que l’on concocte, de mains qui se tendent, de cris qui s’apaisent, de pleurs qui se tarissent.

–         N’aie crainte, maman, je vivrai ma vie, tout en protégeant celle des autres, comme il est de mon devoir de le faire, mais je sais déjà que mon temps est compté. Il ne suffira pas pour accomplir la tâche que la déesse m’a confiée.

–         Le temps que tu auras, sera suffisant, si la Déesse en a décidé ainsi. Je veux que tu n’oublies pas ta vie. Tu m’entends ? Insista sa mère.

–         Oui … répondit Luna, un sourire au coin des lèvres. Il le faudra bien, si je veux que ma fille poursuive ce chemin après moi…

Elles s’étreignent en silence durant de longues minutes.

Le temps n’était qu’un gouffre sans fond, qui ne les engloutirait pas, puisque leur lignée avait été dessinée de la main de la Déesse. Ce qu’elles en feraient leur était encore inconnu, mais Luna n’avait plus peur.

Elles échangent un regard où sa mère peut lire toute la confiance que Luna ressent en cet instant, ce qui la rassure tout à fait. Avec un sourire, elle lui dit :

–         Ma fille, il faut que l’on s’occupe des plantes récoltées durant la journée par les femmes du village. Elles doivent être traitées dans la nuit du Solstice, pour garder leur pouvoir intact. Nous n’avons pas beaucoup de temps.

–         Nous aurons donc besoin de l’aide de Pierre. N’est-ce pas ? demanda Luna en baissant les yeux.

–         Oui, nous en aurons besoin, répondit sa mère, en lui soulevant le menton pour qu’elle la regarde en face. Je te laisse aller lui demander, et pendant ce temps, je prépare le feu.

–         J’y vais, on ne sera pas trop de deux pour porter tous les couffins qui restent, et l’eau nécessaire à la décoction, dit Luna en sortant de la chaumière.

Elle a retrouvé toute son énergie à la simple évocation du regard de Pierre. Même si la tâche est longue et ardue, même si elle doit en souffrir plus tard, elle sait déjà qu’elle aura la force nécessaire, si Pierre est à ses côtés.

 

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6 réflexions sur “Les Filles de la Lune (Partie 11)

  1. Les rosiers aiment les pierres : les pétales se reposent sur du solide.

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  2. Excellent read, I just passed this onto a colleague who was doing some research on that. And he actually bought me lunch since I found it for him smile Thus let me rephrase that: Thank you for lunch! « A thing is not necessarily true because a man dies for it. » by Oscar Fingall O’Flahertie Wills Wilde.

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