Les Filles de la Lune (Partie 9)

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Alors, elle avance, les mains jointes devant elle, priant la Déesse-mère de la protéger. Elle avance jusqu’à pouvoir toucher la dépouille du chêne et s’arrête devant la fente brulée qui le sépare par le milieu. Devant elle, de l’autre côté de l’arbre, le corps du serpent est étendu encore agité de quelques soubresauts, décapité. La tête aux yeux exorbités et aux crochets encore ensanglantés repose un peu plus loin, inerte. Luna se sent soulagée, mais elle cherche la louve des yeux, et ne la voit pas. Déçue et inquiète, elle décide de faire le tour de l’arbre, lorsque l’animal blanc se dresse brusquement devant elle, fière et silencieuse. Son beau cou neigeux, est constellé de sang. Mais ses yeux sont sereins, elle ne semble pas blessée.

Luna lève la main vers elle, et lui sourit, soulagée, en demandant faiblement :

–         Tout va bien ?

L’animal ne répond pas, évidemment, mais se dresse sur ses pattes arrières et saute sur le chêne, juste devant Luna. Elle lui paraît encore plus gigantesque ainsi, et pendant une seconde, elle se demande si elle va lui sauter dessus et l’achever. Mais la louve la regarde tranquillement et dans son regard, elle peut lire toute la douceur du monde. Luna la regarde et elle l’entend de nouveau lui parler, ou plutôt elle l’entend penser :

–         Tu es fille de la Lune. Tu vas recevoir aujourd’hui le  « Sang de la Lune ». Il te donnera puissance et force pour vaincre le néant, la souffrance et la mort. Sois en digne. Il te protègera aussi longtemps que tu le décideras. Fais-en bon usage, dans le respect de la Déesse-Terre, ta mère, et de la Lune, sa fille. Transmets-le à tes propres filles. Qu’elles soient dignes de la puissance et de la bonté de la déesse, et de la sagesse de leur mère. Qu’elles soient passeuses de vie et de lumière. Qu’elles soient filles du vent et de l’eau. Qu’elles soient Amour.

A l’écoute de ces mots, Luna est tombée genoux à terre. Elle relève la tête et admire la Louve, qui se penche jusqu’à disparaitre jusqu’au garrot, à l’intérieur du corps du chêne, et qui en ressort en tenant entre ses dents, un joyaux en forme de cœur, rouge, flamboyant, éblouissant, qui se reflète sur son pelage brillant, en tache de sang scintillante.

Elle s’approche de Luna et dépose le cœur rubis dans sa main gauche juste au bord de la forme en croissant de lune. Luna regarde le joyau, fascinée par son reflet magenta. La louve retourne vers le chêne et en extrait deux éclats de bois noircis par le feu. Elle les rapporte à Luna et lui dépose dans la main droite. En les regardant mieux, Luna comprend qu’ils sont parfaitement symétriques, formant les deux moitiés d’une statuette représentant un corps de femme stylisé. Au centre de la statuette est aménagé un espace en forme de cœur, parfaitement à la taille du cœur rubis.

Luna lève le rubis vers le ciel, et regarde une dernière fois la fine pierre taillée en faisant osciller ses facettes en face de la lumière. Elle sent sa force vitale s’écouler dans ses veines, sous la forme d’une chaleur intense. En un éclair, elle visualise toute une langue inconnue jusqu’ici, qu’elle comprend. Des centaines d’informations pénètrent son esprit, lui faisant entrevoir un monde immense et magnifique. Elle connait toutes les recettes de sa mère de sa grand-mère et de toutes les femmes guérisseuses qui les ont précédées. Elle sait comment soulager la souffrance, comme faire venir la vie, comment aider la mort. Elle sait comment admettre la faiblesse et accepter la puissance. Elle sait le monde. Elle sait la vie.

Alors, après un baiser déposé sur le « sang de la Lune », et un regard à la Louve, qui semble sourire, elle glisse le rubis à l’intérieur de sa cachette de bois et réunit les deux parties. Immédiatement, une lumière jaillit du bois et les deux parties n’en forment plus qu’une, dissimulant à jamais la cicatrice du bois et son précieux talisman. Luna caresse le bois lisse et blond désormais, et glisse la statuette contre son cœur, sous sa chemise de lin.

Elle se retourne vers la Louve, qui lui jette une dernière fois un long regard appuyé et confiant, avant de bondir par-dessus le chêne et de s’éloigner vers la forêt.

Puis elle pousse un long hurlement que Luna n’a plus besoin de traduire. Elle sait qu’elle a dit aux forces de la Terre et du Ciel.

–         Tout est accompli ….

 

Luna tourne le dos au chêne, et quitte la clairière. Arrivée sous les frondaisons, elle se retourne une dernière fois pour le saluer.

Le chêne est là de nouveau, intact, dans toute sa splendeur, comme si rien ne s’était passé, ses feuilles vertes découpées en dentelles vertes, s’ébrouant dans le vent du soir.

Alors Luna sourit et s’éloigne, son précieux talisman contre sa poitrine.

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