Train de nuit (Partie 6)

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Tout ce que je sentais maintenant, c’était cet étrange frisson qui glissait le long de mon cou….

J’avais du m’assoupir quelques instants, lorsque je me réveillais en sursaut. Elle était debout devant moi, penchée au dessus de mon visage, elle me regardait fixement, ses yeux gris magnifiques étincelaient malgré la froideur de son expression.

-Je crois que finalement, c’était vous, que j’attendais, me dit-elle laconiquement. Toutes ces années, toutes ces personnes qui sont venues partager ma cabine pendant quelques heures, et finalement, c’était avec vous que j’avais rendez-vous…

Je ne comprenais pas, et je la fixais, un peu effrayée. Quand elle me prit la main, une onde glacée me parcourut toute entière, me paralysant de terreur.

-Je n’en avais pas l’intention avant de vous connaître mieux, mais maintenant, vous êtes mon amie, la plus précieuse que je n’ai jamais eue. Je vous laisserai repartir par la porte, et non la fenêtre, comme je le fais habituellement, dit-elle en baissant les yeux. Mais je sais que vous vous souviendrez de moi le moment venu. Vous êtes l’amie que j’aurais voulu avoir. J’aimerais que le souvenir de ce que j’étais ne soit pas effacé à jamais… »

Elle me regardait intensément, et un sourire se dessina doucement sur ses lèvres, éclairant son visage d’une lumière nouvelle, une lumière que je n’avais jamais vue auparavant. Ses yeux se firent plus doux, et elle se redressa, comme si le poids de toutes ces années s’était effacé en un instant. Elle ajouta simplement :

« Merci d’être venue me libérer de mon enfer. Merci … »

Puis, elle se détourna de moi, et se retira dans le cabinet de toilette, derrière le rideau de soie.

 

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Je restais là, transie et paralysée par une peur indescriptible. Je regardais la fenêtre, qui était de nouveau sombre, en me demandant si j’étais éveillée ou encore dans un rêve. Je n’avais aucune idée de l’heure. Quelques minutes plus tard, l’employé des wagons-lits frappa à la porte du compartiment. Il entra précautionneusement, me demandant si j’avais appelé. Je lui répondis négativement, mais lui dit qu’il devait s’agir de ma compagne de voyage. A ces mots, il pâlit et me dit :

« Mais, Madame, vous êtes la seule passagère de ce compartiment !

-Mais, non enfin, lui répondis-je en désignant le rideau, regardez : elle est dans le cabinet de toilette. »

Il tira le rideau, en me regardant d’un air inquiet, et je fixais incrédule, le miroir qui me faisait face, où il n’y avait que nos deux reflets.

Ma compagne de voyage avait disparu, et la seule trace de son passage, était une fragrance de violette qui flottait dans la pièce.

« Alors vous l’avez vue vous aussi, dit-il en se retournant vers moi, les mâchoires crispées.

– Oui je l’ai vue, j’ai fait une partie du voyage en sa compagnie » répondis-je avec impatience. Je ne voulais pas qu’il m’interroge. Je voulais garder pour moi cette étrange rencontre, et je ne voulais pas que quelqu’un se mêle de ce qui était à moi seule.

Cependant, je l’interrogeais pour mieux comprendre ce qui avait pu arriver, même si je le savais très bien au fond de moi.

– « Enfin, allez-vous me dire ce que vous savez de cette jeune femme ? Tout le monde fait des mystères dans ce train, cela commence à m’exaspérer ! Qui est-elle ? lui dis-je d’un ton faussement étonné.

– Personne ne le sait, me dit-il, cependant, elle se manifeste dans cette cabine depuis des lustres, principalement auprès des femmes, et plusieurs d’entre elles ont quitté cette cabine en hurlant dans les années où on l’utilisait encore. Mais à la suite d’un suicide, une jeune femme s’étant défenestrée lors qu’un voyage, le jour de Noël, il y a 5 ans, on a condamné la cabine, et on ne l’a jamais plus attribuée depuis. Ce soir, on a fait une exception pour vous, en pensant que cette histoire était terminée, devant l’urgence de la situation » dit-il d’un air contrit.

Il me regarda, partagé entre la culpabilité et l’admiration, en fait, je compris brusquement, que personne avant moi n’avait résisté à une rencontre avec mon amie d’un soir.

La seule réponse était la fuite ou la mort.

A suivre

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