Train de nuit (Partie 1)

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Lorsque l’on me demanda de partir pour Vienne, je ne me doutais pas que ce voyage me laisserait un des souvenirs les plus extraordinaires de ma vie. Il s’agissait d’authentifier une lettre attribuée à un compositeur autrichien célèbre, sur la biographie duquel je travaillais depuis quelques mois, avant que le Musée de la ville ne s’en porte acquéreur.

Trente années se sont écoulées depuis cette histoire, et si je te la raconte, maintenant ma chère fille, c’est que je crains d’en oublier les détails, et que le récit de cette rencontre ne disparaisse à jamais avec moi.

En l’évoquant, je sens à nouveau cet étrange frisson glisser le long de mon cou.

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Nous étions quelques mois après la fin de la grande guerre, et de nombreux réfugiés parcouraient encore l’Europe à la recherche de leurs familles, ou d’un lieu plus accueillant pour refaire leur vie. Dans les trains, se côtoyait une multitude de personnes, éclectiques. Sur les visages, se lisaient toutes les émotions humaines, de la curiosité jusqu’à la détresse.

J’aimais voyager, et de par mon métier, j’étais amenée à le faire fréquemment, et parcourir l’Europe ainsi, me permettait de découvrir les lieux et des personnages tellement différents de ceux de mon quotidien, que je me réjouissais de partir de nouveau.

Cette ligne prestigieuse qui traversait l’Europe jusqu’à Istanbul, était l’une de mes préférées. Cependant, ce voyage se fit dans la précipitation, et lorsque j’arrivais à la gare, mon compartiment-couchette n’avait pas été réservé, comme ma compagnie l’avait prévu. L’employé semblait désolé de ce contretemps, et cherchait sur son registre comment résoudre ce problème. Il avait beau chercher, il ne restait aucun compartiment de libre, et je devais absolument être à Vienne avant le lendemain. Je commençais à désespérer quand un jeune stagiaire arriva, et lui suggéra de m’attribuer le compartiment numéro 13, en souriant malicieusement. A ces mots, l’employé blêmit et il me jeta un regard bref, apeuré, avant de froncer les sourcils et réprimandant son stagiaire.

Il lui murmura : «Mon jeune ami, vous savez bien que ce compartiment n’est jamais utilisé ! ».

Je le regardais fixement, et lui répondis en souriant que je n’étais pas superstitieuse et que j’acceptais son offre, le chiffre 13 ne m’ayant jamais effrayée jusqu’ici. Il baissa les yeux, et murmura entre ses dents :

« Cela pourrait bien changer d’ici peu ! »

Je fis mine de ne pas avoir entendu, et je lui demandais de m’indiquer où se trouvait ce compartiment. Il ordonna alors à son stagiaire, de m’accompagner en portant mon sac de voyage. Lorsque je passai devant lui, il me regarda au fond des yeux, en me lançant un :

« Puisque vous le souhaitez, bon voyage, Madame… » qui me laissa perplexe.

Je croyais jusqu’ici, qu’il n’y avait jamais de cabine ou de place portant le numéro 13 dans les trains et les avions, en raison de la superstition des voyageurs.

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Le jeune homme me précéda, silencieux, et après avoir bataillé avec la serrure, qui manifestement n’avait pas été utilisée depuis longtemps, il s’effaça pour me laisser entrer. La cabine était relativement spacieuse, avec deux couchettes superposées, et un mobilier ancien en marqueterie, qui me projeta au 19° siècle. J’appréciais ce style élégant et désuet, et il me sembla qu’un parfum de violettes flottait dans la pièce. Dans un coin, un cabinet de toilette était dissimulé derrière un rideau de soie. L’ensemble était magnifique, mais il y régnait une atmosphère lourde, pesante, qui dénotait dans ce décor coloré, évoquant la belle époque.

Mon jeune guide me dit que le dîner était servi à 20 heures, au wagon-restaurant, et il referma la porte derrière lui, me laissant découvrir seule, cette magnifique décoration art-déco.

Je parcourus des yeux la pièce, posant mon sac dans un coin, sans le défaire, puis je m’approchai de la fenêtre où le paysage commençait à défiler. Le train quitta la ville et bientôt la campagne alentour apparut, sous le soleil.

Pourtant, je me sentais inexplicablement triste, et un léger vertige me saisit.

Je savais que je ne pouvais pas tomber mais j’eus la sensation que les rails m’attiraient, et je reculai brutalement, et m’effondrai sur le siège derrière moi.

Une sensation de fatigue intense me pesait, je sentais que je devais sortir de cette pièce.

Dans un sursaut je me précipitai dans le couloir, où je pus de nouveau respirer sans cette sensation de chape de plomb sur les épaules. Il y régnait un froid glacial bien que nous soyons en juin, je frissonnai et m’éloignai rapidement de cette cabine, en jetant un coup d’œil derrière moi avec l’impression d’être suivie.

C’est alors que pour la première fois, je sentis cet étrange frisson glisser le long de mon cou.

A SUIVRE

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