Messages (Partie 2)

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Le lendemain, ma vie familiale reprit le dessus, et je n’eus pas le temps de m’occuper de cette histoire de téléphone, dans la matinée. Je n’en avais dit mot à personne, et je comptais bien le rendre au vieil homme, et ne plus en entendre parler.

Je repris la même route que la veille, en maudissant les bouchons qui allaient me faire perdre l’après-midi entière pour me rendre à l’autre bout de la ville. En fait, je n’osais plus prendre le métro, en me maudissant également de ma propre lâcheté. J’avais vérifié que le téléphone soit bien dans mon sac avant de partir, un peu dépitée qu’il ne se soit pas volatilisé tout seul. Je commençais à penser que celle histoire allait de me rendre folle.

Après une heure de route, j’arrivais enfin au parking du centre commercial, et lorsque je me garai, la sonnerie du téléphone retentit. Je regardai mon sac en espérant que cette cascade de notes s’arrête de couler, mais elle semblait interminable, alors je me décidai à le prendre. J’ouvris la coque précautionneusement, l’écran était éteint. J’en fus soulagée, mais c’était une erreur. Une seconde plus tard, comme la veille, une vidéo apparut brusquement. J’étais tétanisée, attendant la catastrophe en oubliant de respirer.

La scène se déroulait, dans une grande avenue, à un carrefour. Une vieille dame s’engageait sur un passage pour piétons, en tenant son chien en laisse. Il s’agissait un roquet hargneux qui tirait sur la laisse sans ménagement. Voyant passer un caniche sur le trottoir d’en face, il tira violemment, déséquilibrant sa maîtresse, qui n’eut pas le temps d’anticiper et qui tomba la tête la première sur le bitume. La figure en sang, elle essayait de se relever péniblement, sans y parvenir, et c’est alors qu’une voiture puissante tourna au coin de la rue, en démarrant en trombe, le feu tricolore étant passé au vert. Le conducteur n’eut pas le temps de réaliser que la malheureuse était encore à terre, et il la percuta de plein fouet. Immédiatement, l’écran s’éteignit, me laissant une nouvelle fois, paralysée d’effroi.

Je restai sur place quelques minutes, essayant de respirer lentement, pour sortir de cette impression de fin du monde

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Puis je rassemblai mes idées, j’étais là pour rendre ce téléphone maudit, et j’allais le faire avant qu’il ne me tue aussi ! Je partis en courant vers la boutique de téléphonie, comme si le diable était à mes trousses. J’entrais en cherchant du regard, la table du vieil homme, mais il n’y avait plus rien. C’était bien ma chance, la promotion devait être terminée. Je m’adressai alors à une vendeuse, et lui expliquait ma requête. Elle me regarda sans comprendre et alla chercher le responsable du magasin. Il me reconnut immédiatement puisqu’il m’avait vendu le téléphone de mon fils la veille, mais m’assura qu’il n’y avait jamais eu de promotion particulière attachée à cette vente. Et surtout il ajouta qu’il n’y avait jamais eu de table installée dans le coin que je lui indiquais.

J’essayai d’intégrer toutes ces informations négatives, lorsqu’il me demanda de lui montrer ce « fameux téléphone ». Je le sortis de mon sac et lui tendis. Il le regarda sous toutes les coutures, et m’affirma qu’il ne connaissait pas cette marque et qu’il n’avait encore jamais vu un modèle pareil. En me le rendant ; il ajouta :

« Regardez, vous avez reçu un message ! »

Je regardai l’écran où le message de la veille au soir apparaissait. Il était un peu différent, cependant. En dessous des ailes déployées, il y avait désormais deux lignes :

  • Première vie
  • En attente ….

Je fixai, cette seconde ligne, incrédule. Je comprenais très bien de quelle attente il s’agissait, mais je n’étais pas sûre de savoir, ce qu’«ON » attendait de moi, justement.

Je saluai les vendeurs en m’excusant de les avoir dérangés avec mes histoires de fous, et sortis dans la rue. Je ne savais pas ou me diriger et je marchais au hasard pendant plusieurs minutes. J’avais la sensation d’être l’instrument d’une force inconnue, ce qui était très désagréable, mais puisqu’il n’y a avait rien d’autre à faire, autant aller jusqu’au bout.

Je ne fus donc pas étonnée d’arriver le long de la grande avenue que j’avais vue sur la vidéo. La scène se mettait en place, et je repérai très vite la dame au chien hargneux. Elle s’apprêtait à traverser, aussi je pressai le pas et arrivai vers elle au moment où elle s’engagea sur la chaussée.

Je me plantai devant elle, et lui dit :

« Excusez-moi, madame, mais il me semble que votre lacet est défait »

Elle s’immobilisa, retenant son chien, qui me regardait avec un air peu amène. Je n’en menai pas large. Je m’accroupis devant elle, évitant de regarder le chien dans les yeux, et joignant le geste à la parole, je fis mine de refaire son lacet.

« Vous êtes très aimable, mademoiselle, me dit-elle, sans vous j’allais tomber ! »

A cet instant, la voiture démarra en trombe et passa à quelques mètres de nous, sans nous voir. La vielle dame sursauta et me prit à témoin :

« Vous avez vu ce fou, à quelle vitesse il démarre ! Si j’avais traversé, moi qui avance à la vitesse d’un escargot maintenant, il m’aurait sûrement écrasée. Vous vous rendez compte ! Heureusement que vous m’avez parlé, ma petite.

-Je vais vous aider à traverser avec votre chien, je crains qu’il ne vous fasse tomber, regardez comme il tire sur cette laisse, lui répondis-je.

-Vous avez raison, ma petite, ce chien est trop vif pour moi. Un jour, il me fera tomber, c’est toujours ce que ma fille me dit. Je lui emporte justement, elle habite en face. Elle a dit qu’elle s’en occuperait maintenant, parce qu’il n’obéit jamais, et cela devient dangereux.

A cet instant, le caniche passa sur le trottoir d’en face, et le roquet s’élança vers lui, mais c’est moi qui tenais la laisse et il ne put aller bien loin. En mesurant la traction exercée sur cette laisse, je compris que la dame n’avait aucune chance d’éviter cette chute programmée. Je remerciais la providence de m’avoir mis sur sa route.

Quelle que soit la providence en question …

Je préférais ne pas me pencher plus avant sur cette question pour le moment.

Je l’accompagnais jusqu’à la porte de sa fille et sonnais. La fille me répondit qu’elle descendait. J’attendis quelques minutes et quand elle arriva, je lui expliquai en deux mots, ce qui s’était passé dans la rue. Elle se tourna vers sa mère, et lui dit :

« Tu vois, j’avais bien dit que ce chien ne t’apporterait que des ennuis. Enfin, maintenant, c’est moi qui m’en occuperai !

Sa mère me regarda en souriant, et en me gratifiant d’un sourire, elle ajouta :

« Oui, c’est bien mieux comme ça. Tu as raison, comme toujours. Mais tu vois, heureusement, la providence m’a bien aidée, ce matin. Finalement, j’ai bien fait de mettre mes chaussures à lacets ce matin. »

En disant cela, elle me fit un clin d’œil complice, en soulevant un pied, ostensiblement. En me rendant compte, qu’elle portait des bottes sans lacets, je me sentis rougir jusqu’aux oreilles.

Je les saluai toutes les deux, et m’éloignai rapidement, pour cacher mon trouble. Arrivée au coin de la rue, je me retournai, sentant le regard de la vieille dame dans mon dos. Elle me regardait en souriant et me salua d’un petit signe de la main, que je lui rendis.

Je me dépêchais de regagner ma voiture, quand j’entendis la clochette du téléphone ailé, m’indiquer qu’un nouveau message était arrivé. Je poussais un soupir, et rassemblais mon courage pour l’ouvrir.

Sur le fond d’écran bleu nuageux, sous les deux ailes déployées, s’étalaient deux lignes :

-Première vie

-Deuxième vie

Je refermais la coque d’un geste sec, préférant ne pas voir qu’il restait encore cinq autres tirets, au-dessous de ces deux lignes.

Je rentrai chez moi, ce soir-là, avec le sentiment d’avoir accepté ce que l’on attendait de moi, sans savoir exactement ce que c’était. Après tout, c’était facile, il n’y avait qu’à suivre le mode d’emploi, on me mâchait le travail. Le plus difficile serait de faire accepter ce qui se passait à mes proches. Pour cela, je ne savais vraiment pas comment m’y prendre.

Après tout, je n’avais qu’à attendre que l’occasion se présente, ou que l’ « On » me guide aussi pour cela. Il était urgent d’attendre.

Ce soir-là, en m’endormant, je remerciais la providence de m’avoir soufflé les bonnes répliques au moment opportun, et je lui demandais de me donner quelques jours de répit pour digérer toute cette histoire.

Je préférai ne pas réfléchir plus avant à ce qui m’attendait dans les jours à venir.
A suivre

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