Journal interne ( Partie 1/3)

IMG_3073

Jour 1 :

Ce matin, l’air est plus léger. Ils m’ont dit que c’était le grand jour, mon tour est enfin arrivé.
Depuis le temps que je moisis ici, je vais pouvoir découvrir de nouveaux horizons. Ils m’ont dit de me rendre au bloc 27, une heure après le lever du soleil. Il ne faut pas que je rate le rendez-vous.

Finalement, je suis arrivé très en avance, et l’hôtesse à l’entrée, m’a indiqué où se trouvait la salle d’attente. Voilà plus d’une heure que je suis là, et rien ne se passe. Je commence à trouver le temps long.

Tiens ! Voilà une autre personne, qui s’assoit en face de moi. Elle me regarde, timidement, et ne bouge plus. Nous attendons, encore, et encore.

N’y tenant plus, je sors dans le couloir. Il est immense, tout blanc, tout en longueur et désespérément vide. Je n’ose aller plus loin de peur de me perdre, alors je retourne m’assoir. La personne me regarde, elle a d’immenses yeux gris. J’ai l’impression qu’elle voudrait me poser une question, puis elle baisse la tête et elle renonce.

Enfin, Il arrive.

Il nous regarde l’un et l’autre, nous dévisage, nous évalue. Puis il déclare :

« Matricules 20190 et 20191, je présume .. ?

Nous répondons avec un bel ensemble : « Présents »

-Très bien. Vous êtes ponctuels. Votre heure est venue, vous allez pouvoir prendre le vol du matin. On vous attend. Il faudra vous dépêcher, et avoir un peu de courage pour la descente. Mais par la suite, il n’y aura qu’à suivre le plan défini, faire confiance en votre nature, et tout ira bien.

Avez-vous des questions ?

-Non, répondîmes-nous d’une seule voix.

-Parfait, alors vous pouvez y aller. Vous suivez le couloir puis vous prenez la troisième porte à droite et vous trouverez l’ascenseur.

Il sortit, nous laissant seul de nouveau. La personne me regarda, semblant très inquiète, et dit :

« Heureusement que nous sommes ensemble. J’aurais eu peur de me perdre, seul !

-Restons ensemble, et tout ira bien ! N’ayez pas peur !

Il sembla rassuré, et m’emboita le pas. Les indications données étaient bonnes et une fois dans l’ascenseur, il n’était plus possible de se tromper.

La descente fut assez vertigineuse. J’en eus presque la nausée, et l’atterrissage encore plus sportif. J’eus la sensation de plonger brusquement dans une mer sans fond, et le choc fut si fort que je perdis connaissance. Au réveil, tout était sombre autour de moi. Je ne voyais plus l’autre personne. Peut-être avait-elle pris un autre chemin. Je m’en inquiéterai plus tard. Pour l’heure, il fallait que je trouve de quoi me nourrir.

Les évènements du jour m’avaient épuisé, et avant de trouver la moindre nourriture, je sombrais dans un sommeil sans rêve.

IMG_5413

Jour 31 :

Voilà déjà un mois que je suis là, la vie s’organise doucement. J’ai trouvé mes marques. La plupart du temps, la nourriture est abondante, et il ne fait pas froid. Certains jours, je m’ennuie un peu, et pour passer le temps, je dors. Mais, quand je réfléchis à ce qui s’est passé depuis que je suis là, il me semble que chaque jour a été l’occasion d’une nouvelle découverte.

La semaine dernière, par exemple, au réveil, il y avait de la musique. Je ne reconnus pas la mélodie, mais je n’ai aucune culture musicale. C’est le rythme qui m’a tout de suite accroché. Un rythme régulier lancinant, comme une cascade, qui me berçait délicieusement. Je ne comprenais pas d’où venait le son. Il semblait remplir tout l’espace. Je cherchais où était le percussionniste, en vain. A la tombée de la nuit, l’intensité diminua légèrement, et je perçus un second son, plus lointain, plus rapide, plus léger aussi, qui semblait essayer de suivre le premier, sans y parvenir.

Le lendemain, le bruit était encore là, mais je commençais à m’y habituer. Il me rassurait même. Peu à peu, la vie continua, rythmée par ces notes syncopées. Le rythme accélérait avec le jour et ralentissait la nuit, mais il était toujours là. Je compris qu’il devait nous être nécessaire. J’imaginais qu’un chef d’orchestre réglait le tempo, et qu’ainsi chacun de nous était obligé de le suivre.

Depuis lors, ma vie suivit son cours, en musique, nuit et jour.

IMG_1881

Jour 61 :

Je ne sais pas ce qui m’a conduit ici, et pourquoi je n’ai pas le droit de sortir de cette cellule. Mais je sens qu’il ne faut pas que je me révolte ou que je tente de fuir.

Une voix douce et amicale, me parle souvent dans la journée. Je sens qu’elle me protège et qu’elle ne me veut que du bien.

Quand je m’inquiète, elle chante pour me réconforter.

Quand je dors, elle se tait pour ne pas me déranger.

Dès que je me réveille, elle me parle, et cela m’apaise.

Je sens qu’elle m’aime, et que je pourrais l’aimer aussi, sans l’avoir jamais vue.

A suivre ….

1456091_10203019396831621_206866082_n

2 réflexions sur “Journal interne ( Partie 1/3)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.